À l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 2027, Karine Lebon, députée de La Réunion, a déposé une série d’amendements visant à répondre aux difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontés les Réunionnais et, plus largement, les populations ultramarines. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
"Notre territoire est à la peine. Il y a des logements qui ne sortent pas de terre, une vie chère qui s’intensifie, des familles qui ne peuvent plus se retrouver, des personnes privées d'emploi et des associations qui manquent de moyens. Ce sont ces réalités que j'ai voulu remettre au cœur du débat budgétaire" explique Karine Lebon.
Faire du logement une priorité budgétaire
Le logement constitue le premier axe de ce travail parlementaire. En juin dernier, Karine Lebon présentait, avec son collègue François Jolivet, un rapport d'information sur l'évaluation de la politique du logement social dans les outre-mer. Les conclusions étaient alarmantes : une production insuffisante, des besoins de réhabilitation considérables et des financements publics qui ne suivent pas l'évolution de la demande.
Au 31 décembre 2025, plus de 103 000 demandes de logement social étaient en attente dans les départements et régions d'outre-mer.
Pour traduire les recommandations de ce rapport en mesures budgétaires, plusieurs amendements ont été déposés afin d'augmenter les crédits consacrés à la construction de logements sociaux, notamment les logements très sociaux destinés aux ménages les plus modestes.
D'autres propositions visent à financer la réhabilitation du parc existant, particulièrement exposé aux fortes chaleurs, aux cyclones et aux risques naturels, à renforcer les fonds régionaux d'aménagement foncier et urbain, à lutter contre l'habitat insalubre et à faciliter l'accession sociale à la propriété.
Karine Lebon propose également de renforcer les moyens consacrés à l'hébergement d'urgence, notamment pour les femmes victimes de violences, ainsi qu'aux pensions de famille, aux résidences sociales et aux dispositifs permettant l'accès à un logement durable.
"Nous ne pouvons pas continuer à afficher des objectifs de construction sans donner aux bailleurs sociaux et aux collectivités les moyens de les atteindre. À La Réunion, des familles attendent parfois des années un logement adapté à leurs besoins. Cette situation exige des investissements, pas des économies supplémentaires."
Karine Lebon demande également une meilleure transparence sur l'utilisation des crédits votés par le Parlement. En 2026, seuls 105,9 millions d'euros d'autorisations d'engagement avaient été notifiés aux territoires sur les 234,28 millions votés,. Des amendements proposent donc de renforcer les outils de suivi des financements, des chantiers et des logements effectivement livrés.
Permettre aux familles ultramarines de maintenir leurs liens malgré la distance
Autre priorité pour Karine Lebon : la continuité territoriale.
Pour les familles dont les parents sont séparés entre La Réunion et l'Hexagone, le prix des billets d'avion peut constituer un obstacle majeur au maintien des relations entre un enfant et ses deux parents.
Karine Lebon propose de consacrer 5 millions d'euros à la création d'une aide annuelle au déplacement, sous la forme d'un bon de continuité territoriale par enfant mineur.
Dans un premier temps, cette aide bénéficierait aux enfants résidant outre-mer dont l'autre parent vit dans l'Hexagone. La députée souhaite ensuite étendre ce droit aux enfants résidant dans l'Hexagone dont l'un des parents vit outre-mer, à l'occasion notamment du futur projet de loi relatif à la vie chère.
Cette aide aurait également vocation à bénéficier aux familles aux revenus intermédiaires, qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour financer ces déplacements.
Pour Karine Lebon : " Aucun enfant ne devrait être privé de voir son père ou sa mère parce qu'un billet d'avion coûte trop cher. La continuité territoriale doit aussi servir plus que tout à préserver les liens familiaux. "
Défendre l'emploi, la formation et les entrepreneurs réunionnais
Alors que La Réunion connaît un chômage structurellement élevé et que l’Etat veut voir définitivement supprimés les contrats aidés, plusieurs amendements visent à préserver les moyens de l'insertion par l'activité économique.
Karine Lebon propose notamment de rétablir les crédits de formation des salariés en insertion à leur niveau de 2023, soit 100 millions d'euros, et de renforcer de
196 millions d'euros les financements destinés aux structures d'insertion par l'activité économique, afin de permettre l'accompagnement de 23 000 personnes supplémentaires à l'échelle nationale.
Karine Lebon défend également un amendement visant à porter à 40 millions d'euros la dotation du Fonds de cohésion sociale. Ce fonds permet notamment aux personnes éloignées du système bancaire d'obtenir des garanties pour créer ou reprendre une entreprise. Elle explique en effet : « Réduire les moyens de l'insertion et de la formation alors que le chômage reste aussi élevé est un contresens. Nous devons au contraire soutenir les structures qui accompagnent les personnes vers l'emploi et les Réunionnais qui souhaitent entreprendre. »
Soutenir l'investissement et rendre la propriété plus accessible
Le travail d'amendement porte également sur les outils fiscaux indispensables au développement économique des territoires ultramarins.
Karine Lebon défend la prorogation jusqu'en 2034 des dispositifs d'aide fiscale à l'investissement, dont l'échéance actuelle est fixée à 2029.
Cette prolongation vise à sécuriser les projets de long terme dans des secteurs comme l'agriculture, le tourisme, l'industrie, les transports, les énergies renouvelables et le logement social.
Un autre amendement propose d'étendre le bénéfice du crédit d'impôt aux opérations réalisées en bail réel solidaire, afin de réduire le coût d'acquisition des logements pour les ménages modestes.
Un budget qui doit répondre aux réalités des territoires
Ces amendements sont le fruit d'un travail engagé depuis plusieurs mois, nourri par les auditions parlementaires, les échanges avec les bailleurs sociaux, les associations, les collectivités, les acteurs économiques et les professionnels de terrain.
Les politiques nationales doivent prendre en compte les réalités sociales, économiques, géographiques et climatiques des territoires ultramarins.
"Les outre-mer ne peuvent pas rester les variables d'ajustement des politiques budgétaires nationales. Nous connaissons les besoins, nous avons identifié les blocages et nous formulons des propositions pour y répondre. Il appartient désormais au Gouvernement et à la majorité parlementaire de prendre leurs responsabilités."
Karine Lebon défendra ces propositions au cours des débats budgétaires à l'Assemblée nationale, en commissions puis dans l’Hémicycle, avec la volonté de faire progresser les droits des Réunionnais et d'obtenir des moyens à la hauteur des besoins de leurs territoires.
Karine Lebon,
Députée de La Réunion
