Tribune libre de Isabelle Latchimy

L'austérité pour tous... vraiment ?

  • Publié le 27 septembre 2026 à 13:21
  • Actualisé le 27 septembre 2026 à 13:26
Lecornu réaffirme ne pas être candidat à la présidentielle et esquisse un budget "réversible"

Depuis 1974, la France cherche à redresser ses comptes. Cinquante ans plus tard, le rendez-vous est toujours là. On parle de déficit, de dette, de milliards à trouver et, une nouvelle fois, d’efforts à demander.

En 1974, les comptes publics sont encore à l’équilibre.

Depuis 1975, les comptes publics français sont déficitaires.

Cinquante ans de gouvernements différents, de crises, de réformes et de plans d’économies.

Au fil de ces années, les Français ont connu la CSG, la CRDS, plusieurs réformes des retraites, des évolutions de l’assurance chômage et, régulièrement, de nouvelles mesures destinées à maîtriser les dépenses publiques.
Et pourtant, le problème budgétaire revient encore...

En 2025, le déficit public atteint 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du PIB, tandis que la dette publique atteint 3 460,5 milliards d’euros, soit 115,6 % du PIB.

Alors on entend à nouveau :
Il faut faire des économies.
Il faut faire des efforts.
Il faut accepter l’austérité.

Ces efforts, on les  connaît tous.

Le salaire qui tombe et les prélèvements qui suivent.
Le loyer.
Les courses.
L’électricité.
Le carburant.
Les assurances.
Les dépenses de santé.
Les familles qui calculent avant de remplir le caddie.
Les retraités qui surveillent leur budget.
Les jeunes qui voudraient simplement pouvoir se loger, travailler et commencer leur vie sans devoir tout remettre à plus tard.

Pour beaucoup, faire des économies n’est déjà plus une décision politique.
C’est une nécessité quotidienne.

Et si on regardait aussi, pendant ces mêmes cinquante années, l’autre côté du miroir ?

Simplement pour voir comment ont évolué les conditions d’exercice du pouvoir.
Et là, les chiffres deviennent intéressants.

Président de la République :
1977 → 144 400 € par an, soit l’équivalent en pouvoir d’achat de 2005.
2026 → 16 039 € bruts par mois, soit environ 192 468 € bruts par an.

Premier ministre :
1977 → 27 900 F, soit environ 4 253 € par mois.
2026 → 16 039 € bruts par mois.

Ministre :
1978 → 21 548 F, soit environ 3 285 € par mois.
2026 → 10 692 € bruts par mois.

Député :
1974 → 11 498,33 F, soit environ 1 754 € par mois.
2026 → 7 637,39 € bruts par mois.

Sénateur :
1978 → 17 210 F, soit environ 2 623 € par mois.
2026 → 7 637,39 € bruts par mois.

Pour les élus locaux, les montants dépendent notamment de la population et les règles ont profondément évolué.
Pour les conseillers régionaux et départementaux, comme pour les présidents de région et de département, les indemnités actuelles sont également fixées selon des barèmes liés notamment à la population.

Autrement dit, en cinquante ans, ce ne sont pas seulement les déficits et les prélèvements qui ont évolué.

Les règles, les responsabilités, les indemnités et les moyens liés à l’exercice des mandats ont eux aussi changé.
Et il y a également l’après-mandat.

Les anciens Présidents de la République bénéficient d’une dotation annuelle prévue par la loi.
En 2025, les montants effectivement versés aux deux anciens Présidents concernés étaient de 86 455,80 € et 86 362,92 € bruts par an.
Ils peuvent également bénéficier, selon les règles en vigueur, de moyens matériels et humains : collaborateurs, locaux, certains frais liés à leurs activités et dispositifs de protection.

Les anciens Premiers ministres disposent eux aussi de certains moyens prévus par les textes.

Regardons les chiffres.
Regardons les déficits.
Regardons la dette.
Regardons les prélèvements.
Regardons les réformes.

Mais regardons aussi les indemnités, les moyens, les protections et les conditions d’exercice des différents mandats.

Parce que lorsqu’on demande depuis cinquante ans à la population de faire des efforts pour redresser les comptes, il est légitime de regarder aussi comment ont évolué, pendant ces mêmes cinquante années, les conditions de ceux qui prennent les décisions.

Un milliard économisé dans un budget reste un chiffre.

Mais quelques dizaines d’euros de moins à la fin du mois, pour une famille, ce n’est pas seulement un chiffre.
C’est parfois un choix.
Un renoncement.
Une facture que l’on repousse.

À La Réunion, cette réalité prend encore une autre dimension.

À près de 9 000 kilomètres de l’Hexagone, avec le coût du transport, la dépendance aux importations et une vie quotidienne déjà chère, chaque hausse pèse différemment.

Alors peut-être que la vraie question n’est pas seulement de savoir s’il faut faire des efforts.
Elle est de regarder comment ces efforts sont répartis.

Cinquante ans de déficit.
Cinquante ans de réformes.
Cinquante ans d’efforts demandés.

Cinquante ans d’austérité, sous des formes différentes, pour une partie de la population.

Mais peut-on vraiment parler d’austérité sans regarder aussi ce qu’elle représente du côté de ceux qui exercent le pouvoir ?

Les indemnités.
Les moyens matériels.
Les collaborateurs.
Les avantages liés à certaines fonctions.
Et même certains dispositifs prévus après la fin des mandats.

Ce sont aussi des réalités qu’il faut regarder.

L’austérité ne se mesure pas seulement à ce que l’on demande à la population.
Elle se mesure aussi à ce que l’on est prêt à remettre en question au sommet.

Et quand, au sommet, certains bénéficient d’avantages qui continuent d’exister tandis qu’une partie de la population peine à vivre dignement, il y a un problème.

Un vrai problème de cohérence, de priorités et, surtout, de justice.

Isabelle Latchimy 

guest
0 Commentaires