Les résultats des évaluations internationales sur le niveau scolaire des élèves doivent nous interpeller. Depuis plusieurs années, on constate une fragilisation des apprentissages fondamentaux, notamment en français et en mathématiques (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Mais il serait trop facile de chercher un responsable unique à cette situation. Les difficultés de l’école sont multiples et elles ne peuvent pas être réglées par une seule mesure ou par une nouvelle réforme.
Il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face. De nombreux élèves arrivent au collège avec des difficultés importantes dans les apprentissages fondamentaux. Lire correctement, comprendre un texte, écrire, compter ou raisonner sont pourtant les bases indispensables pour poursuivre une scolarité dans de bonnes conditions.
Lorsque ces bases ne sont pas acquises, les difficultés s’accumulent et l’élève risque progressivement de perdre confiance en lui.
Mais depuis des décennies, l’Éducation nationale connaît également une succession importante de réformes, de changements de programmes et de ministres. Depuis 1958, pas moins de 40 personnes différentes ont été chargées du ministère de l’Éducation nationale.
Cette succession de responsables pose forcément une question : comment construire une politique éducative cohérente sur le long terme lorsque les orientations peuvent changer régulièrement ? L’éducation demande du temps. Les résultats d’une réforme ne peuvent pas toujours être mesurés en quelques mois ou quelques années.
Les enseignants, les élèves et les familles ont besoin de stabilité et de visibilité.
À force de changer les méthodes, les programmes, les priorités et les dispositifs, on peut aussi donner le sentiment que l’école est en permanence en train de se réformer sans forcément avoir le temps de mesurer ce qui fonctionne réellement.
Il faut également parler du nombre d’élèves par classe. Dans certaines classes, les enseignants doivent accompagner un nombre important d’enfants avec des niveaux très différents. Certains élèves ont besoin d’explications supplémentaires, d’autres sont déjà en avance, certains rencontrent des difficultés de comportement ou de concentration. Dans ces conditions, il devient difficile de consacrer suffisamment de temps à chacun.
Cette situation est encore plus particulière à La Réunion.
La question du bilinguisme mérite notamment d’être beaucoup mieux prise en compte. Beaucoup d’enfants grandissent dans un environnement où le réunionnais, notre langue, occupe une place importante avant d’être confrontés à une école où le français est la langue principale des apprentissages.
Le réunionnais n’est évidemment pas un problème : cette langue est une de nos richesses culturelles et une partie de l’identité réunionnaise. Mais il faut reconnaître que certains enfants peuvent rencontrer des difficultés lorsqu’ils doivent passer d’une langue à l’autre, particulièrement lorsque cette réalité n’est pas suffisamment prise en compte dans les pratiques pédagogiques.
Prendre en considération le bilinguisme à La Réunion ne signifie donc pas diminuer les exigences scolaires. C’est au contraire donner aux enfants de meilleures conditions pour maîtriser toutes les langues et notamment le français et notre langue vernaculaire tout en respectant leur environnement culturel et linguistique.
Le calendrier scolaire mérite également d’être questionné. Le rythme de l’année scolaire n’est pas toujours très adapté aux réalités de La Réunion. Les fortes chaleurs, certaines périodes particulièrement fatigantes pour les enfants et les conditions de travail dans certains établissements peuvent avoir des conséquences sur la concentration et les apprentissages.
Il faut aussi parler du bâti scolaire. Certaines écoles sont vieillissantes ou ne sont plus suffisamment adaptées aux conditions actuelles. Problèmes de chaleur, ventilation insuffisante, locaux trop petits ou peu adaptés : les conditions matérielles dans lesquelles les enfants apprennent ne sont pas un détail.
On ne peut pas demander à un enfant de rester concentré plusieurs heures dans une salle où les conditions sont difficiles. De la même manière, les enseignants ne peuvent pas donner le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils travaillent quotidiennement dans des conditions matérielles qui ne sont pas satisfaisantes.
- Une école inclusive, mais avec quels moyens ? -
Un autre sujet ne doit surtout pas être oublié : celui des enfants en situation de handicap.
L’école inclusive est une avancée importante. Les enfants en situation de handicap doivent évidemment pouvoir être scolarisés et avoir leur place dans l’école. Mais inclure un enfant dans une classe ne doit pas simplement signifier qu’il est physiquement présent dans la salle.
Il faut que les moyens nécessaires soient réellement disponibles pour lui permettre d’apprendre, de progresser et de vivre sa scolarité dans de bonnes conditions.
Le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a fortement augmenté au cours des dernières années. À la rentrée 2025, ils étaient près de 550.000 en tout. Les AESH jouent dans ce domaine un rôle essentiel. Ils sont aujourd’hui plus de 140.000 à accompagner les élèves dans leur autonomie et leurs apprentissages.
Il faut rendre hommage à ces personnels qui sont indispensables au fonctionnement de l’école inclusive. Hélas, parfois mal considérés et aujourd'hui mal rémunérés. Il faut aussi entendre leurs difficultés et celles des enseignants.
Un AESH ne peut pas être considéré comme une solution miracle. Un seul accompagnant peut parfois intervenir auprès de plusieurs élèves, avec des besoins très différents. Les enseignants doivent eux aussi gérer l’ensemble de la classe tout en répondant aux besoins particuliers d’un ou plusieurs enfants.
L’inclusion ne peut donc fonctionner correctement que si elle est accompagnée de moyens humains, de formations adaptées, de locaux appropriés et d’un véritable accompagnement des équipes éducatives.
Il faut aussi penser aux familles. Pour les parents d’un enfant en situation de handicap, le parcours peut parfois devenir un véritable parcours du combattant : démarches administratives, recherche d’accompagnement, manque de places dans certaines structures spécialisées, difficultés de communication entre les différents intervenants.
L’école inclusive ne doit pas être seulement un principe inscrit dans les textes. Elle doit être une réalité vécue par les enfants, leurs parents, les enseignants et les AESH.
- Redonner du sens et de la stabilité à l’école -
Il faut enfin prendre en compte l’évolution de la vie des enfants. L’omniprésence des écrans et des réseaux sociaux peut avoir des conséquences sur la concentration, la lecture et la capacité à rester attentif. L’école ne peut évidemment pas régler seule cette question, mais elle doit pouvoir redonner toute sa place à la lecture, à l’écriture, au raisonnement et au temps long.
Il faut également intervenir plus tôt lorsque les difficultés apparaissent. Faire passer un enfant d’une classe à l’autre sans avoir réellement traité ses lacunes ne fait que déplacer le problème.
La baisse du niveau scolaire n’est donc pas seulement une question de programmes ou de méthodes pédagogiques. Elle est liée à un ensemble de facteurs : les conditions d’apprentissage, le nombre d’élèves par classe, les inégalités sociales, l’usage des écrans, les difficultés linguistiques, le handicap, les conditions matérielles et la stabilité des politiques éducatives.
À La Réunion, ces questions doivent être regardées avec nos propres réalités. Nous avons des difficultés particulières, mais nous avons aussi des atouts : une richesse culturelle, une identité forte et une population jeune.
Il faut donc arrêter de penser que les mêmes solutions peuvent être appliquées partout de la même manière.
L’école réunionnaise doit pouvoir tenir compte de son territoire, de sa population, de son histoire, de sa culture et de ses contraintes.
Il ne s’agit pas de chercher des coupables. Il s’agit surtout de retrouver une véritable ambition pour l’école et de donner aux enseignants les moyens de transmettre, tout en donnant aux enfants les conditions nécessaires pour apprendre.
Car derrière les statistiques, les classements PISA et les réformes successives, il y a surtout des enfants. Et leur réussite ne devrait pas dépendre de la réforme en cours, du ministre du moment ou du lieu où ils ont la chance, ou non, de pouvoir apprendre dans de bonnes conditions.
Yvette Duchemann
Ecologiste
