Les résultats de la dernière enquête Pisa, dévoilés le mardi 8 septembre 2026, ont fait beaucoup de bruit. Ils pointent la baisse continue du niveau des élèves français. Un indicateur inquiétant qui se retrouve aussi à La Réunion où il existe déjà un retard structurel avec l'Hexagone en matière d'éducation (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
La publication de la dernière enquête Pisa crée des remous. Réalisée en 2025 auprès de 760.000 élèves de 91 pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette enquête internationale fait référence. Publiée tous les trois ans, elle évalue, notamment, le niveau de maîtrise scolaire en mathématiques, en sciences et en compréhension de l'écrit.
Et les résultats de la France sont en berne. Ils confirment le recul déjà observé en 2022. Selon l'OCDE, ces chiffres "comptent parmi les plus faibles jamais obtenus au test PISA en France dans l’ensemble des trois domaines d’évaluation, et sont nettement inférieurs à ceux obtenus dix ans auparavant, lors du PISA 2015".
Toutefoi, cette dégradation du niveau scolaire s'inscrit dans un contexte de baisse généralisée pour l'ensemble des pays en tête de classement. "Il n'y a pas un impact en France plus important qu'ailleurs" indique ainsi Karine Darlay, Directrice académique adjointe des services de l'éducation nationale (DAASEN) au rectorat de La Réunion.
La France se distingue par une chute dans les aptitudes des élèves les plus en difficulté. Selon l'enquête Pisa, depuis 2015, "la proportion d’élèves peu performants a augmenté de 12 points de pourcentage en mathématiques, de 11 points de pourcentage en compréhension de l’écrit et de 4 points de pourcentage en sciences".
- Un écart de niveau difficile à combler par rapport au reste du territoire national -
Sans surprise, La Réunion ne fait pas exception à la règle. Elle est également concernée par ce triste constat. En effet, si des relevés précis de l'enquête PISA ne peuvent être isolés pour l'académie, on peut noter que dix classes de l'île ont fait partie de l'échantillonnage national.
Toutefois, une spécificité réunionnaise existe. Celle d'un écart difficile à combler par rapport au reste du territoire national. "D'une manière globale, les résultats de La Réunion sont inférieurs à ceux de l'Hexagone. Mais nous sommes en progression constante."
Une réalité locale qui s'illustre, par exemple, par le bilan des derniers tests d'évaluation en Français à l'entrée en 6e. Sur l'île, la moyenne est de 246 points contre 256 points dans l'Hexagone. Dans le même ordre d'idée, La Réunion reste en deçà de la moyenne nationale sur le taux de réussite au brevet des collèges (DNB) de 2025 avec 83,4 % d'admis en 2025, contre 86,7 % dans tout le pays.
Une fois ce constat posé, le rectorat reste optimiste et cherche à améliorer la situation. "Depuis 40 ans, l'académie de La Réunion a réussi le défi de la massification et de la démocratisation. Maintenant, nous allons travailler encore sur une approche qualitative pour effectuer ce rattrapage."
- Un rattrapage des résultats scolaires au niveau de l'éducation prioritaire -
Rattrapage qui semble déjà en cours au niveau de l'éducation prioritaire puisque les élèves de l'île qui sont placés dans ce type d'établissement obtiennent parfois de meilleurs résultats que leurs homologues de l'Hexagone. En reprenant le même élément de comparaison, le dernier test de maîtrise du français lors de l'entrée en 6e, les élèves réunionnais en éducation prioritaire obtiennent 227 points contre 223 points dans l'Hexagone.
Un écart faible mais qui montre que des politiques volontaristes, et surtout les moyens qui vont avec, peuvent favoriser une amélioration de l'enseignement et de la transmission des savoirs. "On a dédoublé l'ensemble des classes en CP et en CE1 en éducation prioritaire. Je pense qu'on va en voir les effets positifs dans quelques années."
Autre initiative, le dispositif "Collège en progrès". Ce plan déployé depuis quelques mois dans quinze établissements ciblés vise à soutenir l'acquisition des savoirs fondamentaux en mathématiques et en français. L'idée ici est de soutenir les solutions proposées par ces établissements confrontés à des publics en difficulté socio-économique. Des solutions qui peuvent passer, par exemple, par la tenue d'ateliers théâtre ou d'autres projets éducatifs innovants.
En s'attelant prioritairement à réduire les inégalités issues d'un contexte social et familial défavorisé, le rectorat vise juste. Car elles constituent un frein avéré à la réussite scolaire. Un frein qui est particulièrement présent en France comme le relève l'enquête Pisa qui indique que "les élèves issus d’un milieu socio-économique favorisé devancent les élèves défavorisés de 100 points en sciences, un écart supérieur à celui observé en moyenne entre ces deux groupes dans les pays de l’OCDE (85 points)."
- Un retard scolaire accentué par la crise sanitaire -
Mais cet axe de travail ne pourra pas, à lui seul, dissiper l'ensemble des problématiques qui s'accumulent sur le système éducatif français. En se retournant sur les résultats de l'enquête Pisa, Antoine Laurenti, enseignant et co-secrétaire départemental de la FSU, estime que les collégiens réunionnais ont accumulé des lacunes depuis la crise sanitaire. "Le problème s'est posé à cause du Covid. Il y a eu des retards et des difficultés chez les élèves qui sont apparues à ce moment là. Et, par la suite, il n'y a pas eu de mesures de compensations adaptées pour y remédier. Rien n'a été mis en place."
Plus globalement, le représentant syndical pose un regard critique sur les orientations prises par le ministère de l'Education nationale pour relever le niveau scolaire. Il s'interroge en particulier sur le manque de moyens pour les enseignants. "C'est difficile pour les enseignants. On se retrouve avec des classes de 30 élèves. On multiplie les tâches qui n'ont rien à voir avec les cours. Et, au final, on nous enlève des moyens. L'éducation, ce n'est pas une dépense mais c'est de l'investissement pour le futur."
Un futur qu'Isabelle Poncharville, présidente de la Fédération des Parents d'Elèves de l'Enseignement Public (Peep), espère moins morose que la réalité dépeinte dans l'enquête Pisa. "Ces résultats nous ont inspiré une certaine crainte, en tant que parents. Mais nous faisons confiance à l'Education nationale pour redresser la barre même si les chiffres ne sont pas encourageants. Nous sommes inquiets pour l'avenir des enfants."
- Des téléphones portables qui ont un impact négatif sur l'attention des élèves -
Si la représentante des parents d'élèves prône une meilleure formation continue pour les enseignants et un suivi plus personnalisé de ces derniers, une autre difficulté, d'ordre sociétale, est pointée par Pisa. L'addiction aux écrans.
Ces écrans de téléphones portables viennent capter l'attention des élèves et parasiter leur concentration et leur écoute des enseignements. D'après l'enquête Pisa, les élèves français utilisent davantage leurs téléphones que ceux des autres pays sondés. Ainsi, " En 2025, 27 % des élèves en France étaient scolarisés dans des établissements appliquant une telle interdiction du téléphone portable (moyenne de l’OCDE : 49 %)". Or, l'enquête relève que les élèves distraits par leurs téléphones obtiennent 24 points de moins dans la catégorie "science".
Le rectorat est bien conscient de cet enjeu. Il mise sur l'interdiction du portable dans les collèges et les lycées, depuis la rentrée 2026, pour infléchir cette tendance. Sur un plan plus général, Karine Darlay croit fermement que la situation peut et va s'améliorer et elle dit ne "rien vouloir lâcher". Plus fataliste, Antoine Laurenti estime que, si rien ne change en profondeur dans le système éducatif, la "situation sera pire lors de la prochaine enquête". Pour savoir où penchera la balance, il faudra encore attendre trois ans avec les nouveaux résultats de Pisa.
fb/www.imazpress.com/[email protected]

