Tribune libre de la fédération réunionnaise du Parti Socialiste

Maloya, culture et justice culturelle

  • Publié le 22 mai 2026 à 15:55
  • Actualisé le 22 mai 2026 à 16:29
Ericka Bareigts

La polémique autour de la chanteuse du groupe Saodaj nous interpelle à plusieurs titres. D'abord, nous condamnons avec force le harcèlement et la violence des propos dirigés contre Marie Lanfroy. Quelle que soit la légitimité d'un débat culturel, rien ne justifie les attaques personnelles. Une artiste réunionnaise ne doit pas être exposée à la haine. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Derrière cette polémique, deux choses coexistent qu'il faut absolument distinguer.

D'un côté des questionnements légitimes et sérieux sur les inégalités d'un système culturel qui ne bénéficie pas à tous de la même façon — ces questions méritent une réponse politique claire.

De l'autre, des actes de harcèlement et de violence verbale qui n'ont aucune légitimité, quelle que soit la cause invoquée, et que nous condamnons sans équivoque. Valider les questions de fond ne signifie en aucun cas valider les comportements.

Ce sont deux choses radicalement différentes et nous refusons qu'on les confonde.

Le maloya a toujours été une musique vivante, en mouvement, capable d'absorber et de se réinventer. Des artistes réunionnais comme Lindigo l'ont démontré avec un maloya contemporain qui rayonne bien au-delà de nos frontières. C ette capacité d'évolution est une richesse, pas une trahison.

Et le fait que le maloya soit adopté, réinterprété, aimé par d'autres est en soi une victoire culturelle.

Mais ouverture ne signifie pas absence de règles ni de justice. Le vrai débat n'est pas de savoir qui a le droit de chanter le maloya. Le vrai débat c'est celui de la justice culturelle et économique : qui bénéficie des financements publics, qui accède aux scènes internationales, qui est soutenu à l'export — et dans quelles conditions de transparence.

Le maloya est patrimoine de l'UNESCO. Mais derrière ce titre, notre politique culturelle a laissé un vide béant : pas d'instance représentative des héritiers de cette musique, pas de recherche ethnomusicologique sérieuse à l'université, pas de données publiques sur les flux d'export et les financements.

C'est ce vide qui produit ces tensions à répétition. C'est ce vide qu'il faut combler.

Le Parti Socialiste, qui a porté la reconnaissance de l'abolition de l'esclavage et accompagné de nombreuses conquêtes culturelles, se doit d'entendre ceux qui se questionnent légitimement sur la place de chacun dans la valorisation de notre patrimoine culturel — tout en refusant fermement que ce questionnement serve de prétexte à la violence et au harcèlement.

- Nous appelons donc à trois choses concrètes - 

Financer une vraie recherche ethnomusicologique à l'Université de La Réunion.
Créer une instance représentative des héritiers du maloya, indépendante des pouvoirs politiques et des réseaux culturels établis.
Auditer de manière transparente les financements publics accordés à l'export de la musique réunionnaise.

La culture réunionnaise est vivante, plurielle et en mouvement. Protégeons-la — non pas en désignant des boucs émissaires, mais en construisant enfin les outils qu'elle mérite.

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