Les agriculteurs sont une fois de plus les victimes silencieuses de l’impuissance politique. Le dossier du Mercosur en est une démonstration éclatante. La France, incapable de réunir une minorité de blocage, laisse avancer une procédure qu’elle affirme pourtant refuser. Pour le monde agricole, ce n’est pas une erreur technique : c’est une trahison politique. (Photo sly/www.imazpress.com)
La France, pays fondateur de l’Europe, un comble que sa voix ne soit plus entendue. Ce déclassement est incompréhensible et inacceptable. Comment un pays qui a construit le projet européen peut-il aujourd’hui se retrouver isolé, incapable de défendre ses propres lignes rouges, notamment quand il s’agit de son agriculture et de sa souveraineté alimentaire ?
Depuis des mois, les agriculteurs alertent. Nous parlons de concurrence déloyale, de normes sanitaires et environnementales inexistantes dans les pays du Mercosur, de charges toujours plus lourdes imposées aux producteurs français, pendant que l’on ouvre grand les frontières européennes. Ces alertes ne sont ni nouvelles ni marginales. Elles sont partagées par de nombreux pays. Pourtant, aucune alliance solide n’a été construite.
Dans l’Union européenne, la protection de l’agriculture ne se fait pas à coups de déclarations tardives. Elle se fait par le rapport de force, par l’anticipation et par la construction de coalitions. Or, sur ce dossier, les dirigeants français ont failli. Ils ont préféré la communication à l’action, laissant les agriculteurs payer le prix de cette absence de stratégie.
Nous assumons une agriculture exigeante, productive et responsable. Mais nous refusons qu’elle soit sacrifiée sur l’autel du libre-échange. Imposer toujours plus de normes aux producteurs français tout en laissant entrer des produits qui ne les respectent pas, ce n’est pas de l’écologie, ce n’est pas de l’Europe, c’est une concurrence déloyale organisée.
La France n’est pas faible. Ce sont ses dirigeants qui ont cessé de la faire respecter. Gouverner, ce n’est pas expliquer après coup pourquoi on a perdu. Gouverner, c’est défendre en amont ceux qui produisent, nourrissent et font vivre les territoires.
Le Mercosur doit servir d’avertissement. Le monde agricole n’acceptera plus d’être la variable d’ajustement de l’échec diplomatique français. Nous attendons des actes, pas des excuses. Et s’ils ne viennent pas, la mobilisation deviendra inévitable
Jean Michel Moutama, président de la CGPER

Excellent raisonnement
La trahison des champs
Une fois de plus, la terre française saigne en silence. Une fois de plus, ceux qui la nourrissent sont sacrifiés sur l'autel des compromis bureaucratiques. Le Mercosur n'est pas un simple dossier technique, c'est la lame qui égorge notre souveraineté alimentaire.
La France feint l'indignation mais plie le genou. Elle promet la protection mais offre la trahison. Incapable ? Non. Complice. Incapable de réunir une minorité de blocage ? L'expression même est un aveu de lâcheté politique. Ce n'est pas l'impuissance, c'est la capitulation déguisée.
Qu'on ne s'y trompe pas : chaque signature au bas de ce traité est une signature au bas de l'arrêt de mort de milliers de fermes. On échange nos paysages contre des promesses, nos saisons contre des clauses, notre héritage contre des dividendes.
Les agriculteurs ne sont pas des variables d'ajustement. Ils sont la chair de ce pays, les gardiens d'un pacte millénaire entre l'homme et la terre. Leur abandon n'est pas une erreur administrative, c'est un crime contre l'âme de la nation.
La trahison est d'autant plus amère qu'elle se pare des atours de l'inexorable. "Le train est en marche", nous dit-on. Quel cynisme ! On aurait pu être le barrage, nous ne sommes que les cailloux sur les rails, bientôt pulvérisés sous les roues d'un libre-échange sans conscience.
Que restera-t-il quand les derniers sillons auront été effacés ? Des déserts alimentaires, des campagnes-musées, et le goût amer des denrées venues de l'autre bout du monde, produites sans nos règles, sans nos valeurs, sans notre histoire.
Ce n'est pas seulement le monde agricole qu'on assassine. C'est la France qu'on déracine. Et chaque hectare perdu, chaque ferme disparue, est une page de nous-mêmes qu'on arrache.
La terre se souviendra de ceux qui l'ont trahie. Et l'histoire jugera sévèrement ces fossoyeurs en costume-cravate qui, du fond de leurs bureaux climatisés, ont signé la mort des champs.