Tribune libre de Christophe Estève

Mercosur : le révélateur d’une crise agricole existentielle

  • Publié le 19 janvier 2026 à 06:00
  • Actualisé le 19 janvier 2026 à 06:01
Christophe Estève , Place publique réunion

Suite à l’approbation du Conseil de l’Union européenne, l’accord commercial entre l’Union Européenne et le Mercosur (Amérique Latine) signé le 17 janvier, Place publique réitère son opposition claire à ce traité de libre-échange qui précarise nos agriculteurs (Photo : sly/www.imazpress.com)

L’impasse d’un modèle obsolète

L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur révèle une impasse : celle d’un modèle qui met en concurrence nos agriculteurs avec des produits venus de l’autre bout du monde, souvent aux normes plus faibles, tout en exigeant toujours plus d’eux en matière de qualité, d’environnement et de traçabilité.

Alors que la France s’est finalement prononcée contre celui-ci, l’opacité des négociations du Mercosur n’a fait qu’ajouter à la défiance. Comment croire en des accords conclus loin des territoires, sans débat démocratique, sans vision politique claire ? Derrière les promesses pour quelques filières exportatrices, c’est un déséquilibre global qui se dessine, sans garanties crédibles.

Mais le traité Mercosur n’est pas encore ratifié. Il doit encore être examiné par le Parlement européen et pourrait être contesté devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Place publique l’affirme : ce traité peut et doit être stoppé.

La colère agricole face à une crise profonde

La colère qui traverse aujourd’hui le monde agricole est profonde, ancrée dans des décennies de renoncements politiques et d’aveuglement économique. Réduire cette colère à un simple rejet du Mercosur serait une erreur.

C’est la colère de celles et ceux qui nourrissent la nation, mais qu’on a laissés seuls face à la jungle des marchés mondiaux, aux injonctions contradictoires et à un sentiment d’abandon devenu insupportable. L’Europe est à la croisée des chemins : continuer sur la voie d’une fuite en avant néolibérale qui sacrifie celles et ceux qui la font tenir; ou faire le choix d’une agriculture vivante, territoriale et qui rémunère justement les agriculteurs.

Les paysans ne refusent pas la transition écologique, ils refusent l’incohérence, l’absence de cap et la solitude face à des injonctions impossibles

Pour une Europe agricole forte, écologique et juste

La transition agroécologique ne peut réussir que si elle s’accompagne d’un cap politique fort, clair et assumé, ainsi que d’un soutien massif et juste. Face à la crise actuelle, Place Publique porte une ligne claire :

- S’opposer aux traités comme le Mercosur qui placent nos éleveurs dans une situation injuste et intenable, et imposer des mesures miroirs aux importations agricoles, contre le dumping social, sanitaire et environnemental.
- Refonder la PAC, pour soutenir l’emploi agricole, le revenu et la transition écologique, en rompant avec le modèle injuste des aides à l’hectare, et en plafonnant les aides pour les réorienter vers les petites fermes, les jeunes installés, et l’agroécologie.
- Garantir un revenu digne, via des prix planchers rémunérateurs et l’application stricte de la loi EGALIM élargie à tous les types de marché européen.
- Protéger le foncier agricole, faciliter l’installation et la transmission, et sécuriser l’avenir des exploitations.

Place Publique se tiendra aux côtés des agriculteurs, dans les institutions européennes comme dans le débat public, pour défendre une autre voie : une Europe agricole forte, écologique et souveraine.

Parce qu’il n’y aura pas d’Europe écologique sans ses paysans.
Parce qu’il n’y aura pas d’Europe souveraine sans une agriculture respectée, vivante et fière.

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