Tribune libre de Annie Pignolet Dumont

PEC : dix ans après l'alerte de Paul Vergès, je pose la question que personne n'a encore posée…

  • Publié le 2 juin 2026 à 17:16
  • Actualisé le 2 juin 2026 à 17:25
Baisse contrats PEC

La mobilisation contre la baisse des PEC est légitime. Je la rejoins sans hésitation. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Passer de 10 000 à 4 000 contrats en une annonce, sans concertation, alors que les budgets communaux venaient d'être votés ; c'est une brutalité. Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, l'a dit avec des mots que je fais miens : "Derrière ces contrats il y a l'éducation, l'emploi, surtout, de femmes. Des femmes en situation de monoparentalité, quelquefois elles ont 50 ans et plus. Elles trouvent une raison de se lever le matin, d'aller travailler, d'avoir une fonction. Elles sont fières d'elles-mêmes, leurs enfants également. On est en train de détruire cela". Linfo.re / Outremers360, 6 mai 2026

Ces mots décrivent une réalité que je connais à Saint-Paul. Des agents formés, expérimentés, pleinement intégrés dans des équipes : dans les écoles, dans les services d'entretien, dans l'accueil administratif. Des personnes qui portent une partie de la continuité du service public. Les fragiliser brutalement, c'est fragiliser les habitants qui en bénéficient.

Mais dire cela ne suffit pas et c'est là que je veux aller plus loin que la mobilisation.

Dix ans n’ont pas suffi à répondre à la question…c’est dire !

Il y a dix ans exactement, le 24 juin 2016, Paul Vergès, fondateur du PCR, figure historique de la gauche réunionnaise déposait au Sénat un amendement à la loi El Khomri. Son objectif est alors le suivant : sortir les contrats aidés de la distribution discrétionnaire des élus, pour les confier à une structure plurielle incluant Pôle Emploi, associations de chômeurs et comités de quartier. Sa porte- parole, la sénatrice Laurence Cohen, le formulait ainsi : "Ces contrats ne sont pas une fin en soi. Ils constituent seulement un traitement social du chômage. Encore faut-il que leur attribution se déroule dans la transparence". (Sénat, séance du 24 juin 2016, amendement n°782)

L'amendement fut retiré et rien ne changea.

Le PLR, dont est issu l'actuel exécutif régional, est l'héritier direct de cette tradition politique. Si cet héritage a une signification, il inclut cette exigence-là.

Je ne fais pas un procès, je pose une question : dix ans après Paul Vergès, où en sommes-nous ?

Des chercheurs de l'Université de La Réunion ont depuis documenté ce que Paul Vergès pressentait : à La Réunion, les contrats aidés répondent historiquement à une logique de régulation sociale davantage que d'insertion professionnelle effective. Ce n'est pas une accusation, c'est un constat systémique, valable pour toutes les collectivités, de droite comme de gauche. (Deschamps & Provini, Revue internationale de politique comparée, 2023.)

La secrétaire générale de la CFDT Réunion le confirme sur le terrain : "Les collectivités ne jouent pas le jeu et ne recrutent pas les contrats PEC à l'issue de leur contrat." Ce qui existe déjà et qui mérite d'être mis en lumière… Je veux être honnête et poser ici que tout le monde ne fait pas la même chose.

Le Département a construit, depuis 2020, un dispositif que je considère comme une référence : le R+, Allocation d'Insertion et de Retour à l'Emploi. Il a fait une part (pour partie…) et la Région ? Ce n'est pas au Département de
créer un R+ pour la Région… Mais la logique portée par le Conseil Départemental mérite d'être nommée : accompagner la transition entre le contrat aidé et l'emploi stable, sécuriser financièrement le retour à l'activité, mesurer et publier les résultats.

Plus de 11 000 parcours financés, près de 50 % de sorties positives vers l'emploi. Ces chiffres sont publics et vous pouvez les retrouver.

En 2026, face à la coupe de l'État, le Département a sorti 12 millions d'euros de ses fonds propres pour maintenir 1 700 contrats à 90 % (dont 500 pour les communes et 700 pour les associations). Ce n'est pas de la posture mais de l’action.

...Et la Région ?

La Région gère ses emplois verts, pour mémoire : 253 contrats PEC en 2025, pour 2,7 millions d'euros, dans des chantiers environnementaux portés par des associations. Je ne conteste pas leur utilité mais je pose deux questions simples, auxquelles la Région seule peut répondre :

1- Quel est le taux de sortie vers l'emploi durable des bénéficiaires des emplois verts, à 6 mois et à 12 mois après la fin de leur contrat ? Ces données existent auprès des associations portantes et de France Travail. Pourquoi ne sont-elles pas publiées ?

2- La Région qui a la compétence formation professionnelle, peut-elle construire un parcours de sortie vers l'emploi durable à l'issue des emplois verts : formations certifiantes, accompagnement renforcé, partenariats avec des employeurs privés ?

Pas un R+ dispositif porté par le Département mais quelque chose qui transforme la fin de contrat en une porte vers la suite, plutôt qu'une impasse. Au fond, ce qui est important…

Je ne suis pas contre les PEC mais je suis pour qu'ils servent vraiment ceux qu'ils prétendent servir.

Ces femmes dont parle Ericka Bareigts, elles ont 50 ans et plus, elles élèvent seules leurs enfants, elles ont trouvé dans un PEC une raison de se lever le matin. Elles méritent mieux qu'un contrat reconduit d'année en année sans perspective. Elles méritent qu'on construise, avec elles, un chemin vers quelque chose de stable.

Défendre les PEC sans se demander ce qu'ils produisent, c'est défendre le système et pas les personnes.

Je viens de la droite et du centre. Je n'ai pas construit ma légitimité dans ce système. C'est précisément pourquoi je peux poser cette question sans arrière- pensée. Paul Vergès la posait depuis la gauche il y a dix ans. Elle n'a pas reçu de réponse. Je la pose aujourd'hui depuis l'autre rive. Peut-être que traverser le clivage lui donnera, enfin, une chance d'être entendue.

Annie Pignolet Dumont, conseillère municipale de Saint-Paul

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