La mobilisation contre la baisse des PEC est légitime. Je la rejoins sans hésitation. Passer de 10 000 à 4 000 contrats en une annonce (sur 6 mois au lieu de 10), sans concertation, alors que les budgets communaux venaient d'être votés ; c'est une brutalité (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)
Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, l'a dit avec des mots que je fais miens : "Derrière ces contrats il y a l'éducation, l'emploi, surtout, de femmes. Des femmes en situation de monoparentalité, quelquefois elles ont 50 ans et plus. Elles trouvent une raison de se lever le matin, d'aller travailler, d'avoir une fonction. Elles sont fières d'elles-mêmes, leurs enfants également. On est en train de détruire cela" (Linfo.re / Outremers360, 6 mai 2026)
Ces mots décrivent une réalité que je connais à Saint-Paul. Des agents formés, expérimentés, pleinement intégrés dans des équipes : dans les écoles, dans les services d'entretien, dans l'accueil administratif. Des personnes qui portent une partie de la continuité du service public. Les fragiliser brutalement, c'est fragiliser les habitants qui en bénéficient.
Mais dire cela ne suffit pas et c'est là que je veux aller plus loin que la mobilisation.
- Dix ans n’ont pas suffi à répondre à la question…c’est dire ! -
Il y a dix ans exactement, le 24 juin 2016, Paul Vergès, fondateur du PCR, figure historique de la gauche réunionnaise déposait au Sénat un amendement à la loi El Khomri. Son objectif est alors le suivant : sortir les contrats aidés de la distribution discrétionnaire des élus, pour les confier à une structure plurielle incluant Pôle Emploi, associations de chômeurs et comités de quartier.
Sa porte- parole, la sénatrice Laurence Cohen, le formulait ainsi : "Ces contrats ne sont pas une fin en soi. Ils constituent seulement un traitement social du chômage. Encore faut-il que leur attribution se déroule dans la transparence". (Sénat, séance du 24 juin 2016, amendement n°782)
L'amendement fut retiré et rien ne changea.
La question que Paul Vergès posait en 2016 était simple et précise : à qui appartient le droit de distribuer un emploi public financé par l'État : à un élu seul, ou à une structure collective et transparente ? Elle n'a jamais reçu de réponse.
Le PLR, dont est issu l'actuel exécutif régional, est l'héritier direct de cette tradition politique. Si cet héritage a une signification, il inclut cette exigence-là.
Je ne fais pas un procès, je pose une question : dix ans après Paul Vergès, où en sommes-nous ?
Des chercheurs de l'Université de La Réunion ont depuis documenté ce que Paul Vergès pressentait : à La Réunion, les contrats aidés répondent historiquement à une logique de régulation sociale davantage que d'insertion professionnelle effective. Ce n'est pas une accusation, c'est un constat systémique, valable pour toutes les collectivités, de droite comme de gauche (Deschamps & Provini, Revue internationale de politique comparée, 2023.)
Expedit Lock-Fat, secrétaire général de la CFDT Réunion, le confirme sur le terrain : le confirme sur le terrain : « Dans la réalité, les mairies, les collectivités ne jouent pas le jeu et ne recrutent pas les contrats PEC à l'issue de leur contrat. Dans l'idéal, il faut pérenniser les contrats. À la fin, c'est la population qui va en subir les conséquences. » (Imazpress, 5 avril 2025)
- Ce qui existe déjà et qui mérite d'être mis en lumière… -
Je veux être honnête et poser ici que tout le monde ne fait pas la même chose, chacun dans ses champs de compétence.
Le Département a construit, depuis 2020, un dispositif que je considère comme une référence : le R+, Allocation d'Insertion et de Retour à l'Emploi. Il a fait une part (pour partie…) et la Région ?
La logique portée par le Conseil Départemental mérite d'être nommée : accompagner la transition entre le contrat aidé et l'emploi stable, sécuriser financièrement le retour à l'activité, mesurer et publier les résultats.
Plus de 10000 personnes accompagnées depuis son lancement (zinfos974-lmardi 17 juin 2025) ; avec près d'un bénéficiaire sur deux retrouvant un emploi ou poursuivant une formation qualifiante à l'issue du parcours, résultat confirmé indépendamment par le portail européen des fonds structurels FSE (departement974.fr, évaluation COPIL octobre 2022 ; imazpress.com, octobre 2022 ; europe-en-france.gouv.fr)
Ces chiffres sont publics et vous pouvez les retrouver.
En 2026, face à la coupe de l'État, le Département a sorti 12 millions d'euros de ses fonds propres pour maintenir 1700 contrats à 90 % (dont 500 pour les communes et 700 pour les associations). (Freedom.fr / Outremers360, mai 2026) Ce n'est pas de la posture mais de l'action.
- ...Et la Région ? -
La Région gère ses emplois verts, pour mémoire :700 contrats PEC en 2025, pour 2,7 millions d'euros, dans des chantiers environnementaux portés par des associations. Je ne conteste pas leur utilité mais je pose deux questions simples, auxquelles la Région seule peut répondre :
1- Quel est le taux de sortie vers l'emploi durable des bénéficiaires des emplois verts, à 6 mois et à 12 mois après la fin de leur contrat ? Ces données existent auprès des associations porteuses et de France Travail. Pourquoi ne sont-elles pas publiées ?
2- La Région qui a la compétence formation professionnelle, peut-elle construire un parcours de sortie vers l'emploi durable à l'issue des emplois verts : formations certifiantes, accompagnement renforcé, partenariats avec des employeurs privés ? Pas un R+ dispositif porté par le Département mais quelque chose qui transforme la fin de contrat en une porte vers la suite, plutôt qu'une impasse.
- Au fond, ce qui est important… -
Je ne suis pas contre les PEC mais je suis pour qu'ils servent vraiment ceux qu'ils prétendent servir.
Défendre les PEC sans se demander ce qu'ils produisent, c'est défendre le système et pas les personnes.
De la Droite, du Centre, je n'ai pas construit ma légitimité dans ce système. C'est précisément pourquoi je peux poser cette question sans arrière-pensée. Paul Vergès la posait depuis la gauche il y a dix ans.
Elle n'a pas reçu de réponse. Je la pose aujourd'hui depuis l'autre rive et peut-être que traverser le clivage lui donnera, enfin, une chance d'être entendue.
Annie Pignolet Dumont, conseillère municipale de Saint-Paul

A Pignolet à raison. les contacts PEC sont déviés de leur fonction première et cela restera un outil électoral tant qu’ils resteront dans la main des collectivités. En tout cas ici chez nous.
En plus, c’était un grand leader de la gauche qui l’avait constaté.