Ce jeudi 29 janvier, l’Observatoire des droits de l’enfant de l’UNICEF France publie sa première photographie consolidée des droits de l’enfant en France, fruit d’un travail inédit de collecte et d’analyse de données sur la situation des plus jeunes. Ce rapport met en lumière des lacunes structurelles graves dans la protection de l’enfance, souvent masquées par l’absence de statistiques fiables et comparables. Il souligne aussi des violences intrafamiliales, des enfants en grande précarité matérielle ou encore des droits fondamentaux insuffisamment garantis, notamment en matière de santé, de scolarisation, de sécurité et d’accès aux services essentiels (Photo : sly/www.imazpress.com)
À La Réunion, ces constats ne sont pas abstraits : ils résonnent avec une réalité sociale criante. Les rapports précédents de l’UNICEF avaient déjà montré que près de la moitié des enfants réunionnais vivent en situation de pauvreté, un taux bien supérieur à la moyenne hexagonale.
Cette pauvreté "endémique" fragilise l’accès aux droits les plus élémentaires : soins, éducation, sécurité alimentaire, logement digne. Elle se double d’un manque d’accès effectif aux dispositifs de protection de l’enfance, victimes eux-mêmes de sous-dimensionnement, de délais de prise en charge trop longs ou d’une coordination déficiente entre institutions locales et nationales.
La Réunion n’est pas un cas isolé : c’est le symptôme d’un fossé qui se creuse entre les territoires. Là où le rapport national appelle à des données fiables pour éclairer les politiques publiques, il nous rappelle aussi que l’absence de ces données dans les Outre-mer est une forme d’« invisibilisation » des enfants ultramarins et de leurs souffrances.
Nous, forces politiques, associatives et citoyennes d’Outre-mer, devons entendre cette alerte comme un appel à l’action :
- Faire de la protection de l’enfance une priorité politique et budgétaire, avec des moyens dédiés à La Réunion pour garantir des dispositifs de protection efficaces et rapides.
- Construire une stratégie territoriale de prévention des violences et de soutien aux familles, en mobilisant tous les acteurs locaux et en s’inspirant des propositions de l’Observatoire.
- Produire des données précises et exhaustives pour tous les enfants, quel que soit leur lieu de vie, afin de mesurer l’impact des politiques publiques et d’ajuster les interventions en temps réel.
Les enfants de La Réunion et des Outre-mer ne doivent pas être invisibles dans les statistiques, invisibles dans les décisions politiques. Ils ont le droit à une enfance protégée, pleine, digne et respectée, partout sur le territoire de la République. Agir maintenant, c’est investir dans l’avenir de nos sociétés.
Christophe Estève, co-référent Place Publique Outre-mer

Et dans les écoles ?
https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/01/ecoles-catholiques-lasalliennes-un-collectif-d-anciens-eleves-denonce-des-violences-physiques-et-sexuelles-prescrites_6665024_3224.html