Tribune de Giraud Payet

Pourquoi nos centres-villes perdent leurs commerces et leurs artisans ?

  • Publié le 27 juin 2026 à 18:26
  • Actualisé le 27 juin 2026 à 18:33
Commerce fermé

Il suffit de traverser le centre de nombreuses villes pour constater une réalité inquiétante : des rideaux baissés, des vitrines vides et des panneaux "À louer" qui s'accumulent. Derrière chaque fermeture se cache une histoire humaine, celle d'un commerçant ou d'un artisan qui a consacré des années de travail à son activité. Mais ces disparitions ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le résultat de plusieurs évolutions économiques, sociales et politiques (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

La première raison est sans doute la baisse du pouvoir d'achat. Face à l'augmentation des dépenses contraintes – logement, énergie, carburant, assurances –, les ménages réduisent leurs achats dans les commerces de proximité. Les consommateurs recherchent les prix les plus bas, souvent proposés par les grandes surfaces ou les plateformes de vente en ligne.

À cette concurrence s'ajoute celle du commerce numérique. En quelques clics, il est désormais possible de commander presque n'importe quel produit, parfois livré le lendemain et souvent à un tarif inférieur. Les commerçants indépendants, qui ne disposent ni des mêmes volumes ni des mêmes moyens logistiques, peinent à suivre cette compétition.

Les charges constituent également un obstacle majeur. L'augmentation des loyers commerciaux, des coûts de l'énergie, des assurances et des matières premières réduit fortement les marges. Beaucoup d'artisans travaillent davantage qu'auparavant sans parvenir à dégager un revenu suffisant.

Les difficultés de circulation et de stationnement jouent aussi un rôle. Dans certaines communes, les restrictions d'accès, la diminution des places de parking ou des travaux prolongés découragent une partie de la clientèle. Si les politiques de transition écologique sont nécessaires, elles doivent être pensées en concertation avec les acteurs économiques afin de ne pas fragiliser davantage les commerces.

Le renouvellement des générations pose un autre problème. De nombreux artisans approchent de la retraite sans trouver de repreneur.

Les jeunes hésitent à se lancer dans des métiers exigeants, qui impliquent de longues journées de travail, des investissements importants et une rentabilité souvent incertaine.

Enfin, les crises successives – pandémie, inflation, hausse des taux d'intérêt, instabilité économique – ont laissé des traces profondes.

Beaucoup d'entreprises avaient déjà épuisé leurs réserves financières avant de devoir affronter une nouvelle hausse de leurs coûts.

Pourtant, les commerces et les artisans ne sont pas de simples acteurs économiques. Ils créent du lien social, participent à la sécurité des quartiers, forment des apprentis, soutiennent les associations locales et contribuent à l'identité de nos villes. Lorsqu'ils disparaissent, c'est une partie de la vie locale qui s'éteint.

Il est donc urgent de repenser les politiques de revitalisation des centres-villes. Cela passe par une fiscalité plus adaptée aux petites entreprises, des loyers commerciaux maîtrisés, un urbanisme favorisant l'accessibilité, des aides ciblées à la transmission des entreprises et une meilleure valorisation des métiers de l'artisanat. Les consommateurs ont également leur part de responsabilité : chaque achat effectué chez un commerçant de proximité est un investissement dans la vitalité de leur territoire.

Préserver nos commerces de centre-ville n'est pas une affaire de nostalgie. C'est un choix de société. Une ville sans commerçants, sans artisans et sans vie de quartier est une ville qui perd progressivement son âme. Soutenir le commerce de proximité, c'est défendre l'emploi, le savoir-faire et la convivialité qui font la richesse de nos communes.

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