Les institutions mondiales, européennes et françaises de santé construisent leurs politiques publiques autour d'une vision positive de la santé. L'OMS souligne notamment que "la santé sexuelle fait partie intégrante de la santé, du bien-être et de la qualité de vie dans leur ensemble. Elle requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d'avoir des expériences sexuelles agréables et sûres, sans contrainte, discrimination et violence".
Cette définition amène à s'interroger sur l'articulation entre genre, santé et sexualités, c'est-à-dire à penser ensemble les questions de sexualités, de précarité, d'inégalités, de discriminations et de violences, au prisme du genre.
Cela est d'autant plus prégnant à La Réunion, 3ème région la plus jeune de France où le tiers des 15- 29 ans sont des "NEETS" (jeunes sans emploi, ni scolarisé·es, ni en formation), où le recours à l'IVG chez les mineures et le taux de fécondité chez les moins de 25 ans y sont 2 à 3 fois plus élevés qu'en Hexagone. Concernant les violences au sein du couple également, notre département fait partie des 3 premiers les plus exposés aux faits de violences.
Au cours de près de 20 ans de pratique sur le terrain, notre association a pu mesurer combien les interrogations des personnes rencontrées étaient multiples, tout comme leurs parcours. Nombreux sont les facteurs qui influent sur leur santé sexuelle et reproductive : biologiques, économiques, culturels, psychologiques, sociaux, religieux...
Les femmes et les hommes, adultes comme jeunes, sont à la recherche de réponses sur la contraception et le désir ou non de grossesse, l'IVG, le VIH et les IST, la connaissance de leur corps, leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Lors des accueils et des interventions que nous menons, des femmes mineures et majeures décrivent les violences subies, souvent au sein de leur couple. Comportements de domination et d'assujettissement de l'autre, les violences sont un obstacle à la santé sexuelle dont il peut être difficile de parler. Pour une partie de la population, l'accès à l'information est compliqué du fait de la situation géographique, de la méconnaissance des lieux ressources et ces personnes se retrouvent isolées de l’accès à la santé, dont la santé sexuelle accentuant inexorablement les inégalités...
Le Planning Familial 974 est un Espace de Vie Relationnelle Affective et Sexuelle (EVARS) agréé par la Préfecture. Association départementale ouverte le 9 juin 2006 , elle est affiliée au Mouvement Français pour Le Planning Familial qui compte à ce jour plus de 70 associations départementales dans les DROMs et en hexagone.
Une de nos missions prioritaires est l’éducation à la sexualité ; c’est un sujet essentiel qui se situe à la croisée de plusieurs droits fondamentaux : le droit à la santé, le droit à l'information et à l'éducation, le droit de disposer de son corps librement.
Ce droit à l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle a été réaffirmé par la mise en place d’un programme national décliné pour chaque niveau d’enseignement (1er et second degrés) et adopté par le Conseil supérieur de l'Éducation le 30 janvier 2025. Le Planning Familial bénéficie d’un agrément national renouvelé le 4 juillet 2024 délivré par le Ministère de l’Education Nationale relatif à l’enseignement primaire et secondaire qui précise les objectifs, les thématiques et le périmètre d'intervention en milieu scolaire.
Mais ce droit de manière plus globale concerne chacune et chacun en sa qualité de citoyen et de citoyenne et doit pouvoir être accessible quelle que soit la situation sociale, la culture, le genre, le lieu d’habitation...
Dans cette optique, notre approche, notre accompagnement de proximité et les missions de la collectivité se rejoignent pleinement dans l’objectif commun de répondre aux besoins des habitant·e·s.
Notre association doit faire face à des coupes budgétaires fréquentes du fait du climat politique instable. De fait, nous sommes contraint·e·s de rechercher des subventions en répondant à de nombreux appels à projets. Nous espérons leur reconduction et validation à chaque année afin de pouvoir mener à bien nos missions d'intérêt général. Sans soutien financier constant, nous devons improviser, adapter, revoir nos objectifs à la baisse et donc pénaliser le public, dont nous sommes parfois l'unique recours.
Les municipalités ont un rôle important à jouer dans la visibilisation des actions menées en leur sein. Les différents médias (affichages, réseaux sociaux, page officielle de la mairie) sont régulièrement consultés par les habitant·es et permettent de diffuser l'information au plus grand nombre, tout en apportant un soutien aux actions proposées.
Ce relais d'information peut aussi avoir lieu dans le cadre d'événements spécifiques, organisés par les communes, et regroupant l'ensemble des acteur·ice·s de terrain. Ces journées permettent de créer une unité, et d'ancrer les missions dans un territoire en rappelant aux habitant·es les ressources dont ils et elles disposent.
Il devient de plus en plus compliqué de trouver des lieux permettant des activités nécessitant l'accueil du public. Les associations sont contraintes de dédier un budget conséquent pour la location d'un local qui soit identifiable et accessible par tous·tes. Le soutien des municipalités peut aussi se matérialiser par la mise à disposition de locaux professionnels à titre gratuit, afin de permettre aux structures d'utiliser leurs fonds à promouvoir leurs actions plutôt que dans le versement d'un loyer mensuel.
Nous recevons quotidiennement des personnes qui rencontrent des problématiques diverses liées à la santé sexuelle (IVG, contraceptions, sexualité) et plus spécifiquement au sujet de différents types de violences (conjugales, intrafamiliales, sexuelles). Ces problématiques font partie intégrante de la vie des personnes qui habitent dans les communes. De fait, ces personnes dépendent des services mis en place pour les accompagner dans leurs démarches vers un objectif de mieux-être.
Il est donc de la responsabilité des pouvoirs municipaux de procéder à un état des lieux régulier de la situation. Ce dernier doit être fait en présence des différents acteurs associatifs socio-culturels du territoire, afin d'avoir une vue d'ensemble de ce qui émerge sur le terrain, au contact du public.
Par ailleurs, faire le choix d’une communication inclusive c’est affirmer symboliquement que la municipalité est consciente et sensible aux enjeux de tous·tes les citoyen·ne·s. L’écriture inclusive, par exemple, est un premier pas dans la lutte des inégalités femmes-hommes.
À La Réunion où le vivre-ensemble est souvent mis en avant, il semble essentiel de valoriser un équilibre des communication en créole et en français mais aussi de proposer des traductions en shimaoré ou en malgache pour les citoyen·ne·s issu·e·s de l’Océan Indien.
D’autre part, il existe également des méthodes d’écriture comme le FALC : « Facile à lire et à comprendre » qui permet de clarifier et de simplifier l’information pour les personnes en situation de handicap, dyslexiques, âgées ou maîtrisant mal le français. Ces ressources, tout comme le braille, permettent de redonner de l’autonomie à tous et toutes : c’est un choix politique et inclusif pour une ville plus équitable.
Cette communication ne saurait exister seule et doit être accompagnée de mesures réelles, notamment avec une politique d’urbanisation inclusive. Pour les personnes en situation de handicap et leurs familles, par exemple, en adaptant les espaces à destination des enfants (crèches, centres de loisirs...) aux personnes à mobilité réduite.
Le sport est un vecteur de cohésion sociale pourtant les inégalités et les discriminations y persistent encore. Il semble donc important de penser l’accessibilité et de proposer des aménagements inclusifs dans les espaces sportifs.
Pour les citoyen·ne·s les plus précaires et/ou isolé·e·s, des mesures sont possibles : colis alimentaires, mise en place de portages de repas pour les personnes âgées mais aussi plus globalement : généraliser les cantines gratuites et/ou la possibilité de petits-déjeuners offerts aux enfants dans les écoles primaires.
En parallèle, faciliter l’accès aux crèches et travailler sur une politique d’augmentation du nombre de places c’est permettre aux parents seul·e·s une plus grande autonomie professionnelle et personnelle.
Enfin, la culture est un levier social important et vecteur de diversité. Valoriser les médiathèques/bibliothèques et les espaces culturels municipaux en attribuant des enveloppes budgétaires plus conséquentes pour des projets entre acteur·ice·s culturel·le·s et publics. Investir dans des espaces culturels pour les communes qui n’en disposent pas encore ou collaborer avec les municipalités avoisinantes pour simplifier la venue de tous·tes dans ces espaces d’ouverture et de divertissement.
Pour assurer l’épanouissement de ses citoyen·ne·s, la mairie doit assurer l’épanouissement de ses agentes et de ses agents. Une nouvelle vision de la politique de ville passe, aussi, par une nouvelle vision d’une politique de ressources humaines.
L’inclusion est au cœur des enjeux sociaux actuels. Pour y répondre, il est nécessaire que les agentes et les agents aient les compétences requises pour accueillir toutes les citoyennes et tous les citoyens sans distinction aucune. Pour se faire, la sensibilisation et la formation des agentes et des agents est le seul levier existant pour garantir un accueil bienveillant, confiant et inclusif pour tous·tes, en prenant en compte les spécificités des publics et leur exposition à diverses discriminations. Pour assurer ces formations, de nombreuses structures sur le territoire réunionnais sont compétentes et il convient de les solliciter.
Ce type de formation continue permet de mettre en avant une volonté d’égalité et d’équité. Pour renforcer l’inclusion de toutes et tous, il semble intéressant que la municipalité se dote, avant la fin de la première année de mandat, d’une charte d’inclusion. Bien qu’elle ne soit pas contraignante, elle a une valeur symbolique et envoie un message clair, celui de l’engagement pour un management centré sur les besoins de l’humain.
Pour répondre aux besoins de l’humain, il faut des agentes et des agents formé·e·s et en nombre suffisant, notamment dans le secteur de l’éducation pour que la jeunesse éduquée puisse avoir accès à des informations fiables. En parallèle, il est indispensable que les collectivités exercent une vigilance accrue dans l’encadrement des personnes qui gravitent autour des enfants et personnes vulnérables en plus de l’attestation d’honorabilité déjà obligatoire.
En somme, le management des ressources humaines inclusif est la clé de voûte d’une politique inclusive, parce qu’un service public qui promeut un accueil égalitaire, œuvre pour une politique juste et équitable.
L’Association Planning Familial 974 poursuivra son engagement auprès des citoyen·ne·s et espère pouvoir compter sur le soutien des municipalités à ses côtés.
Noutyinbo noulargpa!
