Tribune libre Stéphane Fouassin

Prix des carburants à La Réunion : demande urgente de mesures complémentaires de l’État

  • Publié le 11 avril 2026 à 18:26
  • Actualisé le 11 avril 2026 à 18:32
Stéphane Fouassin

Dans une lettre au Ministre de l’Économie, et des Finances, le sénateur Stéphane Fouassin demande une intervention rapide de l'État. "Nous appelons votre attention sur la situation particulièrement tendue que connaît actuellement La Réunion en matière de prix des carburants, situation qui, au-delà de notre île, concerne l’ensemble des territoires ultramarins français". (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Lors de la table ronde organisée le 8 avril 2026 à la CCIR, la Région Réunion a annoncé un effort complémentaire de 10 centimes par litre, portant l’aide à 18 centimes pour les transporteurs de marchandises et de voyageurs, et jusqu’à 33 centimes pour les taxis, VTC et auto-écoles.

Cet effort doit être reconnu. Il montre que la collectivité régionale a choisi de mobiliser ses marges pour répondre à l’urgence. Mais il ne suffit pas à désamorcer la crise. D’une part, les représentants professionnels ont publiquement jugé cette réponse insuffisante. D’autre part, cette aide, annoncée pour une mise en œuvre en mai avec effet rétroactif pour avril, ne répond pas à la tension immédiate de trésorerie que subissent aujourd’hui les acteurs économiques les plus exposés.

La situation demeure donc extrêmement fragile. Les organisations professionnelles se sont donné 72 heures pour obtenir des réponses supplémentaires, faute de quoi une mobilisation pourrait intervenir dès le lundi 13 avril.

Dans le même temps, la réunion tenue à Bercy le 9 avril 2026 avec les distributeurs de carburants n’a pas, à ce stade, débouché sur une réponse spécifique à la situation des territoires ultramarins.

Les annonces nationales restent générales, prudentes, et insuffisamment adaptées aux réalités d’îles où les déplacements, l’approvisionnement, l’activité professionnelle et une large part de la vie quotidienne dépendent directement de la route et du carburant.

Si La Réunion est aujourd’hui en première ligne, cette crise frappe l’ensemble des territoires ultramarins français (Martinique, Guadeloupe, Mayotte, Guyane, Polynésie) qui partagent les mêmes contraintes structurelles d’insularité, d’éloignement et de dépendance aux importations d’énergie.

C’est pourquoi la réponse de l’État doit être à la fois immédiate pour La Réunion, et structurellement adaptée à l’ensemble de l’outre-mer.

Cette demande s’inscrit dans la continuité directe des travaux parlementaires que nous portons au Sénat depuis plusieurs mois.

En tant que rapporteur spécial de la mission “Outre-mer” au sein de la commission des finances, nous avons alerté dès le débat budgétaire sur le PLF 2026 sur la fragilité structurelle de nos territoires et sur la nécessité d’activer pleinement les outils juridiques et financiers existants, en particulier l’article 349 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui reconnaît les handicaps permanents des régions ultrapériphériques et permet des adaptations concrètes des politiques européennes.

Notre rapport de contrôle budgétaire sur le soutien à l’investissement ultramarin a par ailleurs documenté l’insuffisance chronique des dispositifs d’accompagnement face aux chocs économiques que subissent nos territoires.

La crise des carburants que nous traversons aujourd’hui en est la démonstration la plus immédiate et la plus douloureuse.

- Des demandes concrètes - 

Dans ce contexte, nous vous demandons que soient étudiés et activés sans délai trois leviers complémentaires.

En premier lieu, le statut de région ultrapériphérique au sens de l’article 349 du TFUE. Ce statut reconnaît nos handicaps structurels et ouvre des possibilités concrètes d’adaptation, notamment via l’allocation spécifique RUP et les instruments FEDER dédiés à la compensation des surcoûts de transport. Ces outils existent. Ils doivent être mobilisés maintenant.

En second lieu, un mécanisme de lissage dans le temps de la répercussion de la hausse sur les prix à la pompe, en s’appuyant sur la durée des stocks stratégiques détenus localement. La Région Réunion l’a elle-même sollicité. L’État a les moyens de l’imposer aux opérateurs concernés.

En troisième lieu, des mesures sectorielles ciblées et immédiatement opérationnelles pour les professions les plus exposées (transport sanitaire, pêche, agriculture, artisanat) distinctes des prêts de trésorerie actuellement proposés, lesquels ne font que reporter la charge sans la réduire, et risquent d’aggraver la situation financière des entreprises les plus fragiles.

Nous vous demandons enfin qu’un échange rapide soit organisé avec les parlementaires ultramarins, les préfets concernés et les acteurs économiques des territoires, afin qu’une réponse adaptée puisse être construite avant toute dégradation supplémentaire de la situation.

Nous savons, Monsieur le Ministre, que vous mesurez la réalité de ces difficultés et la confiance que nos concitoyens ultramarins placent dans la capacité de l’État à les accompagner dans les moments les plus difficiles.

C’est dans cet esprit que nous vous adressons ce courrier, avec la conviction que des décisions rapides et adaptées sont possibles, et qu’elles feront la différence pour des milliers de familles et de professionnels qui attendent une réponse concrète de la République.

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