Prix des carburants : les députés Karine Lebon, Frédéric Maillot et Émeline K/Bidi interpellent le Premier Ministre et demandent aux pétroliers de mettre la main à la poche

  • Publié le 11 avril 2026 à 13:35
  • Actualisé le 11 avril 2026 à 13:47
carburant

"Nous appelons l’État et notamment les compagnies pétrolières à La Réunion qui ont réalisé plus de 30 millions de bénéfices (2024) sans réponse à ce jour ... à prendre leur part de responsabilité dans les décisions à même de juguler les effets de cette instabilité mondiale". Nous partageons, ci-dessous, la lettre commune à plusieurs députés, envoyée au Premier Ministre. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Les préfets des péi dits d''outre-mer" ont annoncé une hausse des prix du carburant à partir du début du mois d'avril en raison de la flambée du baril provoquée par le conflit qui ravage le Moyen-Orient.

Les conséquences de cette nouvelle guerre se font ressentir sur nos économies déjà mises à rude épreuve. Mais, nous ne pouvons accepter de voir une nouvelle fois, comme une fatalité, les territoires les plus pauvres de France, les territoires les plus chers de France, subir plus qu'ailleurs dans l'Hexagone, l'impact des crises successives.

Est-il encore besoin de préciser qu'ils ont les taux de pauvreté les plus élevés : 77,3 % à Mayotte, 53 % en Guyane, 34,5 % en Guadeloupe, 36,1 % à la Réunion, 26,8 % en Martinique contre 14,4 % dans l'Hexagone ?

Le coût de la vie y est largement supérieur, avec des prix en moyenne plus élevés de 30 % à 41 % selon les territoires.

Entre juin 2024 et juin 2025, nous avons subi pas moins de 2600 défaillances d'entreprises et un nombre de procédures en hausse de 10,8 %, après + de 11,2 % au premier trimestre 2025.

- Les pétrolièrs ont réalisé plus de 80 millions d'euros de "surprofits" par jour depuis le début de la guerre - 

Aujourd'hui, la hausse des prix du carburant contraint plus de 6 Français sur 10 à des renoncements au quotidien.

Si dans l'Hexagone la situation est déjà à ce point alarmante, nul besoin de se perdre dans un inventaire à la Prévert pour expliquer que de renoncement en renoncement, nos populations ne sauront supporter une crise d'une telle ampleur qui menace de transformer nos territoires insulaires totalement dépendants du carburant en radeau de la Méduse. 

Rappelons que les prix du carburant sont régulés dans nos territoires par des plafonds fixés mensuellement par les préfets.

Si les taxes sur le carburant (TSC et octroi de mer) sont, dans nos territoires, perçues par les collectivités locales, l'État ne saurait toutefois se départir de sa responsabilité face à une inflation qui s'annonce galopante.

Dans le même temps, nous ne pouvons passer sous silence que les compagnies pétrolières ont réalisé plus de 80 millions d'euros de "surprofits" par jour depuis le début de la guerre. Pour le seul mois de mars, ils représenteraient environ 2,5 milliards d'euros :

La compagnie Total ayant, quant à elle, engrangé 1 milliard d'euros de profits grâce au « trading » opéré avant le début du conflit. Elle contrôle de surcroît tout le circuit pétrolier en amont et en aval. Cette mainmise complète lui permet de se faire des marges à chaque étape et de reverser tous ces profits colossaux en dividendes aux actionnaires.

Nous appelons donc l'État, les collectivités, les compagnies pétrolières et l'ensemble des acteurs à prendre leur part de responsabilité dans les décisions à même de juguler les effets de cette instabilité mondiale sur nos concitoyens.

De façon urgente, nous demandons confirmation que les "aides ciblées" annoncées par le Gouvernement pour certaines professions (aides-soignants, aides à domicile, agriculteurs, etc.) trouvent bien à s'appliquer dans nos territoires.

- Les pétroliers et distributeurs devront impérativement prendre toute leur part de responsabilité dans les efforts à fournir - 

Par ailleurs, au vu du contexte socio-économique rappelé ci-dessus, nous demandons au Gouvernement d'assortir ses annonces de mesures complémentaires adaptées à nos contraintes et caractéristiques particulières. Nous tenons à votre disposition des pistes d'action.

Il va de soi, Monsieur le Premier ministre, que les pétroliers et les distributeurs devront impérativement prendre toute leur part de responsabilité dans les efforts à fournir. Nous comptons vivement sur votre intervention pour contraindre les pétroliers, grands gagnants de cette hausse brutale, à agir rapidement sur les prix.

Nous souhaitons également que la France se joigne à l'initiative des cinq pays européens (l'Espagne, l'Autriche, l'Allemagne, l'Italie et le Portugal) qui appellent, au nom de la solidarité, à taxer ceux qui profitent des conséquences de la guerre.

De surcroît, cette crise du carburant et ses conséquences sur le pouvoir d'achat imposent de pouvoir débattre au plus tôt du projet de loi sur la vie chère, que le gouvernement n'a eu de cesse de reporter. Sa nouvelle mouture doit contenir impérativement des mesures concernant le prix des transports et des carburants et trouver des solutions pour mettre fin à la situation monopolistique des distributeurs dans nos territoires.

Sans tarder, des mesures devront également être prévues pour sortir de nos dépendances et accélérer le développement des énergies renouvelables, des modes de transport alternatifs et en premier lieu le ferroviaire, sans oublier notre autonomie alimentaire. Sur ces différents points, des projets existent qui attendent d'être soutenus.

La brutalité de cette crise pétrolière met en évidence la nécessité de rétablir et de pérenniser les dispositifs fiscaux et sociaux indispensables à nos économies fragiles et pourtant remis en cause dans le cadre des dernières lois de finances (PLF et PLFSS).

Cette crise pétrolière se traduit d'ores et déjà par une envolée des prix du transport aérien et maritime, ce qui n'est pas sans répercussion sur le principe et les mécanismes de continuité territoriale qui devront être revalorisés.

Une réflexion s'impose également au niveau européen et en application de l'article 349 du TUE pour une adaptation du certificat d'économie qui, in fine, renchérit de façon conséquente le prix du carburant. De même, nous attendons une initiative française sur l'exonération pour nos territoires de la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA) mise en place par Bruxelles.

Monsieur le Premier ministre, nous gardons en mémoire le mouvement des Gilets jaunes dont l'élément déclencheur fut une augmentation du prix des carburants de 10 centimes.

Nous sollicitons de vous rencontrer rapidement afin de mettre en œuvre les mesures urgentes et à plus long terme que la situation exige pour sortir de l'enlisement qui s'installe dans nos territoires et qui se trouve exacerbé par ce nouveau conflit.

Nous vous prions de croire. Monsieur le Premier ministre, en l'assurance de notre très haute considération.

Emeline K/BIDI, députée de la Réunion et co-présidente du groupe GDR

Davy RIMANE, député de Guyane et président de la Délégation aux Outre-mer

Jean Victor CASTOR, député de Guyane

Karine LEBON, députée de La Réunion

Frédéric MAILLOT, député de La Réunion

Marcellin NADEAU, député de Martinique

Mereana REID ARBELOT, députée de Polynésie française

Emmanuel TJIBAOU, député de Nouvelle-Calédonie – Kanaky

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