Hier soir, le Sénat a adopté le Projet de Loi de Régulation de l’enseignement supérieur privé lucratif. Ce débat aurait pu être l’occasion de s’attaquer aux dérives de l’enseignement supérieur privé à but lucratif, dont le modèle économique repose sur la précarité des étudiants. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
L’université publique doit accueillir de plus en plus d’étudiants, avec de moins en moins de moyens, dans des conditions de plus en plus indignes. Comme ailleurs, l’Université de La Réunion est sous-financées.
Dans ce contexte, les formations privées à but lucratif se développent de manière incontrôlée. L’orientation d’un jeune devient une opportunité commerciale, l’enseignement supérieur privé confirme sa logique de rentabilité, et les familles sont piégées dans des spirales d’endettement.
Le Ministre a fait la preuve qu’il n’était ni celui des étudiants, ni celui de l’enseignement supérieur public. Mes amendements pour lutter contre les inégalités et les discriminations d’accès à l’enseignement supérieur ont tous été rejetés.
Mon premier amendement visait à rendre gratuite toute inscription à un voeu sur Parcoursup. Actuellement, les lycéens doivent payer pour avoir le droit de candidater à certaines formations. Ce coût est impossible à assumer pour de nombreuses familles et donc dissuasif. Ce système ne sélectionne pas les meilleurs étudiants, mais les plus favorisés. Il crée une discrimination financière et organise un véritable tri social.
J’ai aussi défendu l’obligation pour les écoles d’instaurer des entretiens en visio pour les candidats. Comment demander à un lycéen scolarisé en Outre-mer de payer un billet d’avion et un hôtel pour des entretiens dans l’Hexagone ?
Nos jeunes ultramarins sont pourtant nombreux à vouloir rejoindre l’Hexagone pour leurs études. 61 % de nos néo-bacheliers formulent leurs voeux dans une autre région que leur région d’origine, contre une moyenne nationale de 35 %. Cet amendement a également été rejeté.
Enfin, j’ai défendu un amendement pour allonger la durée du droit de rétractation d’un jeune s’inscrivant dans un établissement d’enseignement supérieur privé. J’ai voulu la porter à 30 jours après la rentrée scolaire. En effet, le texte ne permet la résiliation du contrat que 30 jours avant même le début de la formation. Pourtant, les jeunes mal orientés sont de plus en plus nombreux.
50% des étudiants sont en échec en première année de licence. Dans ce contexte, il n’est pas acceptable d’enfermer un jeune dans une formation chère ne correspondant pas à ses attentes. Cet amendement n’a pas été voté par le Sénat.
Je regrette donc que cette loi ait gravement manqué d’ambition pour stopper la libéralisation incontrôlée de l’enseignement supérieur privé, dont nos étudiants sont les proies. Nos jeunes méritent mieux. Ils méritent un service public de l’enseignement supérieur de qualité, digne de la promesse républicaine.
Évelyne CORBIÈRE NAMINZO
Sénatrice de La Réunion
