Tribune libre de Jean-Pierre Marchau

Réunion Express : trois questions pour éclairer le débat public

  • Publié le 7 septembre 2026 à 08:59
  • Actualisé le 7 septembre 2026 à 09:02
Jean Pierre Marchau

Le projet Réunion Express pourrait constituer une réponse pertinente aux difficultés croissantes de déplacement à La Réunion. Ma démarche n’est donc pas de contester le principe d’un retour du train dans notre île, ni même, au stade actuel, de lui opposer une autre solution (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Mais un projet de cette ampleur – 140 km de ligne, 25 stations et un investissement annoncé de 5,2 milliards d’euros – mérite un débat reposant sur des données aussi solides, transparentes et vérifiables que possible.

C’est le sens de la contribution que j’ai déposée dans le cadre du débat public organisé par la CNDP. Elle porte principalement sur trois questions.

1. Que signifie réellement le chiffre publiquement avancé de 77 % de Réunionnais.e.s favorables au train ?

Il est en effet régulièrement affirmé que 77 % des Réunionnais souhaitent le retour du train. Ce n’est pas exactement ce que montre la consultation des États généraux des mobilités de 2023. 77 % des répondants avaient retenu « la création d’un train » parmi les investissements à mener en priorité. Mais ils pouvaient donner trois réponses et 62 % avaient également choisi la modernisation et le développement des transports collectifs existants. Les contributions évoquaient par ailleurs différentes solutions sur rail : RER, tramway, tram-train, métro, etc.

La question est donc simple : peut-on aujourd’hui présenter ce résultat comme signifiant que 77 % des Réunionnais approuvent le projet Réunion Express tel qu’il est désormais proposé ?

2. Comment arrive-t-on à 100.000 voyageurs par jour ?

Le maître d’ouvrage annonce pour le Réunion Express un potentiel de 100 000 voyageurs par jour. C’est évidemment un élément déterminant pour justifier une infrastructure de cette importance.

Or la dernière grande enquête détaillée dont nous disposons sur les déplacements des Réunionnais remonte à 2016. Elle montrait notamment qu’environ 90 % des déplacements restaient à l’intérieur de la même intercommunalité et que 86 % des déplacements automobiles étaient eux aussi internes aux intercommunalités. Cela ne signifie nullement que 100.000 voyageurs par jour seraient impossibles. Le train pourrait profondément modifier les comportements de mobilité.

Mais il est légitime de demander sur quelles données actualisées, quelles origines et destinations et quelles hypothèses de transfert de la voiture vers le train repose cette estimation ?

Cette question est d’autant plus importante que beaucoup de Réunionnais habitent dans les Hauts. Pour eux, prendre le train supposera souvent de rejoindre d’abord une gare en bus, en téléphérique ou en voiture. La qualité de ces correspondances sera décisive.

3. Le projet est-il financièrement soutenable à long terme ?

Le coût d’investissement annoncé du Réunion Express est de 5,2 milliards d’euros. Le dossier du maître d’ouvrage indique que les premières évaluations font apparaître une rentabilité socio-économique très favorable. C’est évidemment un argument important en faveur du projet.

Mais il faut pouvoir examiner les hypothèses qui conduisent à ce résultat. ;Que devient cette rentabilité si la fréquentation réelle est inférieure aux 100 000 voyageurs envisagés ? Que devient-elle si le coût final dépasse 5,2 milliards d’euros ?

Il serait également utile de disposer d’une comparaison sur 30 ou 40 ans, en coût complet, entre le train et l’alternative renforcée par bus étudiée dans le dossier, en intégrant non seulement l’investissement et l’exploitation mais également la maintenance, le gros entretien et le renouvellement des véhicules et des infrastructures.

Le débat est fait pour éclairer le choix, pas pour être pour ou contre le train Ces interrogations ne constituent donc pas une prise de position contre le Réunion Express. Le ferroviaire peut être une bonne solution pour La Réunion. Mais plus le projet est ambitieux et coûteux, plus les données permettant de le justifier doivent pouvoir être examinées et discutées. C’est précisément l’utilité d’un débat public : permettre aux Réunionnais de se prononcer en disposant de tous les éléments nécessaires.

Jean-Pierre Marchau

Conseiller Fédéral Les Écologistes-EELV

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