Tribune libre

Survie économique dans les RUP : pour une application différenciée du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières

  • Publié le 15 avril 2026 à 13:09
  • Actualisé le 15 avril 2026 à 15:12
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Le SOCLE, espace de concertation réunissant les principales forces économiques de La Réunion - le MEDEF, la CPME, l’ADIR, la FRBTP, le SICR et l’UMIH -, sollicite l’intervention immédiate des pouvoirs publics suite à la mise en oeuvre du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) dans nos territoires au 1er janvier (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Si l’ambition de décarbonation de l’Union européenne est partagée par nos organisations, l’application indifférenciée de ce dispositif aux Régions Ultrapériphériques (RUP) menace de provoquer un séisme économique et social sans précédent.

- Un paradoxe environnemental et stratégique -

Il importe de rappeler que les territoires ultramarins ne sont pas des passagers clandestins de la transition écologique, mais les poumons de l’Europe. Grâce à leurs forêts tropicales et leurs mangroves, les RUP absorbent annuellement près de 10 millions de tonnes de CO2. En incluant une Zone Économique

Exclusive de 11 millions de km2, la France offre à l’Union une capacité de captation océanique stratégique qui compense une part substantielle des émissions continentales. Imposer une taxe carbone sur les intrants de ces régions, alors qu'elles sont déjà des puits de carbone nets, constitue un contresens politique.

- La réalité d’un choc économique mécanique -

L'application du MACF, conçu pour le marché dense et interconnecté de l’Europe continentale, se traduit dans nos îles par une inflation importée insoutenable. Les projections sont sans appel :
● Un surcoût moyen de 31,9 % sur les importations assujetties.
● Une explosion du prix du ciment de 34 % dès 2026, dont 31 % directement imputables au seul mécanisme carbone.
● Un renchérissement du béton prêt à l’emploi de 18 à 19 %, paralysant le secteur du logement et des infrastructures.
● Une mise en péril de la sécurité alimentaire par la hausse vertigineuse du coût des engrais azotés pour nos agriculteurs.

- Une discordance structurelle des flux d'approvisionnement -

L’isolement géographique des RUP n’est pas un choix, mais une contrainte absolue. Nos routes maritimes s'étendent sur 6 000 à 11 000 kilomètres, contre 600 à 1 200 kilomètres sur le continent. Forcer nos économies à se fournir en Europe continentale reviendrait à dégrader le bilan carbone global en allongeant inutilement les distances de transport.

De surcroît, le MACF entre en collision frontale avec la Loi Bélim, qui vise précisément à favoriser le sourcing régional et l'adaptation des normes pour réduire le coût de la construction.

Le MACF va réduire à néant nos initiatives pour favoriser une meilleure insertion de nos économies dans nos espaces géographiques régionaux. Ce que l’Union Européenne nous encourage à faire par ailleurs.

Le fondement juridique de l'exception : L'Article 349 du TFUE

Le droit européen prévoit les outils nécessaires pour corriger ces asymétries. L'Article 349 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE) permet d'adapter les politiques de l'Union aux réalités spécifiques des RUP. Dans la perspective du Règlement Omnibus attendu en 2026, le SOCLE demande solennellement :

1. L'exclusion du MACF pour les intrants destinés exclusivement à la production et à la consommation locales.
2. La mise en place d'une clause de flexibilité garantissant la viabilité des filières de construction et agricoles.
3. La création d'un guichet unique pour accompagner nos PME face à la complexité administrative du dispositif.

Le risque de contournement douanier est nul, la traçabilité de nos ports étant totale et les coûts de réexportation prohibitifs.

Le SOCLE appelle les élus locaux, les parlementaires et le Gouvernement à porter cette exigence de cohérence à Bruxelles avec la plus grande fermeté. L’Union européenne ne peut prétendre protéger le climat en détruisant le tissu industriel et social de ses propres régions ultramarines.

Le moment politique de l'arbitrage est arrivé. L'action doit être immédiate.

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