Tribune libre de Frédéric Miranville

Suspendre puis démettre un président d’université élu avant même de l’avoir entendu ?

  • Publié le 1 juin 2024 à 12:12
  • Actualisé le 1 juin 2024 à 12:14

Cela peut surprendre mais en 2024 en France et donc en Europe, la réponse est oui. Depuis huit mois, je suis suspendu de mes fonctions de président de l'Université de La Réunion et de mes missions de professeur des universités. Cette décision fait suite à un signalement de sept femmes, dont ma concurrente en 2021, qui, bien qu'il ne me vise pas explicitement, a déclenché une enquête administrative exclusivement à charge contre sept membres de la direction de l’Université, dont moi-même.

A ce jour, je suis pourtant le seul à subir une suspension conservatoire d’un an, inédite dans l’histoire des universités, à laquelle s’ajoute une saisine du CNESER en formation disciplinaire, malgré les recommandations de l'Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) pour une saisine de tous les mis en cause. Le président est-il le seul responsable de tous les maux de son établissement ?

En vertu du principe de présomption d’innocence, j’ai contesté les arrêtés pris par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche devant le Conseil d’État, au motif qu'ils n’étaient ni motivés ni fondés, d’autant que les inspecteurs généraux eux-mêmes n’avaient pas préconisé ma suspension, fragilisant ainsi largement la vraisemblance et la gravité des faits de harcèlement moral allégués.

Le Conseil d’État a, malgré tous mes arguments, confirmé la légalité administrative de cette suspension, sans toutefois se prononcer sur ma culpabilité ni celle des autres mis en cause.

J'accepte bien entendu cette décision et je respecterai sa mise en application, comme je l'ai toujours fait, même si je conteste avec force les accusations qui ont été proférées à mon encontre de même que l’objectivité de l’enquête qui a été menée.

Au-delà de la mesure de suspension déjà incroyablement sévère, la nomination d’un administrateur provisoire le 12 mars 2024, en contradiction avec les statuts de l'Université de

La Réunion et les principes d’autonomie et de démocratie universitaire, acte la fin définitive de mes fonctions de président alors même que la mesure conservatoire dont je fais l’objet devait s’arrêter en octobre prochain et non à la fin de mon mandat prévue en 2025. J’ai donc été contraint de contester cette nomination en tant qu’elle est irrégulière, en particulier par le fait qu’elle rend définitive une mesure censée être temporaire et qu’elle ne respecte pas le cadre de la règlementation en vigueur.

En sept ans et demi de présidence, j'ai toujours assumé mes responsabilités et, avec mon équipe, j'ai maintenu un bilan solide malgré toutes les crises. Mon engagement pour le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche a toujours été sans faille.

Plutôt que l’omerta, je suis prêt à dialoguer en toute transparence avec celles et ceux qui m’accusent ou leurs représentants, selon les modalités qu’ils souhaitent, pour prouver que je n'ai jamais agi contre leurs intérêts.

Bien que je sois physiquement éloigné des campus depuis des mois, je reste profondément attaché aux personnels et aux étudiants de l'Université de La Réunion. Je leur adresse tout mon soutien en cette période délétère pour la démocratie universitaire et toute ma considération.

J’adresse également ma profonde sympathie aux présidentes et présidents d’universités françaises, qui ne ménagent ni leur peine, ni leurs efforts afin de sauvegarder les valeurs de tolérance et d’objectivité qui garantissent l’universalisme de nos établissements.

Pr Frédéric Miranville

Président de l’Université de La Réunion, Suspendu depuis le 06 octobre 2023

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2 Commentaires
Camarade de didix
Camarade de didix
2 semaines

Un camarade de didix. L'homme qui termine les routes (NRL) plus vite que son ombre.

Hich han
Hich Han

Missouk
Missouk
2 semaines

Plus faux c... est-ce possible ? Il ferait bien mieux de faire profil avec le passif qu'il traîne