Le développement de la mobilité durable à La Réunion est une priorité. Le tout-voiture a montré ses limites. Chaque jour, des milliers de Réunionnais perdent des heures dans les embouteillages. Il est donc indispensable de repenser nos déplacements et de proposer des alternatives crédibles à la voiture individuelle. La question des transports mérite de l'ambition. Mais l'ambition ne dispense pas de la responsabilité. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)
Aujourd'hui, la Région remet en avant un projet de transport ferré, le Réunion Express, un réseau ferroviaire de grande envergure, dont le coût est estimé aujourd’hui à plus de 6 milliards d'euros. Sur le principe, pourquoi pas ? Mais sur le fond, de nombreuses questions restent sans réponse.
À ce stade, le projet donne parfois davantage le sentiment d'un slogan électoral que celui d'un projet suffisamment abouti, techniquement, financièrement et économiquement. Car annoncer un train ne suffit pas. Il faut expliquer précisément comment on le construit, comment on le finance, comment on l'exploite et surtout comment on garantit qu'il ne viendra pas compromettre les autres investissements indispensables à notre territoire.
Où en sommes-nous exactement du financement ? Quelle est la part réellement garantie par l'État ? Quels financements européens sont acquis ? Quel sera le coût annuel de fonctionnement ? Et quelles seront les conséquences sur les capacités d'investissement de la Région ?
Ce sont ces questions qui devraient être au cœur du débat public. Car La Réunion ne manque pas de projets structurants à réaliser. Elle manque surtout de moyens pour répondre à toutes ses urgences. Et c'est précisément dans ce contexte que le débat sur le financement du train devient préoccupant.
Une proposition d'amendement au projet de loi de finances pour 2027 prévoit deux nouvelles ressources fiscales pour financer les transports régionaux :
• Une taxe spéciale d'équipement dont le produit pourrait atteindre 60 millions d'euros par an. Elle serait répartie entre les contribuables assujettis à la taxe foncière, à la taxe d'habitation sur les résidences secondaires et à la cotisation foncière des entreprises.
• Une taxe additionnelle de 200 % à la taxe de séjour, qui viendrait s'ajouter à celle déjà payée par les personnes séjournant dans les hébergements touristiques.
Ces propositions posent une véritable question de fond : est-ce encore aux Réunionnais, aux propriétaires et aux entreprises de financer, par de nouveaux prélèvements, les ambitions de la collectivité régionale. Toujours les mêmes qui sont sollicités !
Les propriétaires, qui doivent déjà faire face à une fiscalité importante, seraient une nouvelle fois mis à contribution. Les entreprises seraient également concernées à travers la cotisation foncière des entreprises.
Et que dire du tourisme ? La taxe additionnelle de 200 % à la taxe de séjour ferait peser une nouvelle charge sur une filière qui constitue l'un des leviers importants de diversification de notre économie. Le tourisme fait vivre des milliers de Réunionnais. Il fait travailler nos hôtels, nos restaurants, nos gîtes, nos loueurs de voitures, nos prestataires de loisirs et tout un réseau de petites entreprises.
Nous devons accompagner cette filière, renforcer son attractivité et soutenir ceux qui investissent sur notre territoire. Pas ajouter de nouvelles contraintes fiscales sans mesurer leurs conséquences sur la compétitivité de notre destination.
Il serait pour le moins paradoxal de vouloir développer le tourisme tout en augmentant fortement la fiscalité qui pèse sur les séjours à La Réunion.
Les Réunionnais sont en droit d'attendre mieux qu'un grand projet présenté comme une solution miracle. Ils sont en droit d'exiger des études sérieuses, un financement crédible, des engagements vérifiables et une véritable hiérarchisation des priorités.
Notre île a besoin d'une véritable stratégie de développement, pas d'une accumulation de promesses financées par de nouveaux impôts. Le progrès ne se mesure pas à la taille des projets annoncés, mais à leur capacité à améliorer durablement la vie des Réunionnais. Et surtout, il ne doit pas se construire en faisant toujours payer davantage ceux qui ont déjà le moins de moyens.
