La France vit au dessus de ses moyens depuis 30 ans selon Manuel Valls. Quid des Français dans cette brillante assertion ? Il est peu probable qu'ils méritent la critique, dans leur grande majorité, au vu des chiffres du chÎmage et de la précarité ambiante. Mais le produit financier France se vend de plus en plus mal du cÎté de Bruxelles.
En situation de grand pĂ©ril, aprĂšs l'effondrement du PS aux municipales, François Hollande a donc envoyĂ© au front Manuel Valls, le plus improbable de ses ministres au regard des rĂ©sultats obtenus aux primaires, lequel nous a concoctĂ© un gouvernement dit "de combat", composĂ© pour l'essentiel de redoublants, voire de revenants Ă l'instar de SĂ©golĂšne Royal. MĂȘme cure Ă SolfĂ©rino, oĂč un apparatchik en chasse un autre parle fait du Prince ; Harlem DĂ©sir initialement installĂ© par François Hollande Ă la tĂȘte du PS, en dĂ©pit de son passif judiciaire chargĂ© d'emploi fictif, se voit remplacĂ© par Jean-Christophe CambadĂ©lis, dont le casier est encore plus chargĂ© que son prĂ©dĂ©cesseur.
La feuille de route de Manuel Valls se rĂ©sume en fait Ă rĂ©ussir lĂ , oĂč Jean-Marc Ayrault a Ă©chouĂ©, en matiĂšre d'Emploi ou plus exactement de chĂŽmage, d'Ă©conomie et d'Ă©conomies ; il faut d'urgence trouver 50 milliards pour passer dans le chas de l'aiguille de Bruxelles qui impose de limiter le dĂ©ficit public Ă 3% du PIB en 2015. Bien Ă©videmment il n'est pas question de l'admettre publiquement, les engagements prĂ©sidentiels prĂ©voyaient de faire plier l'Europe devant la raison d'Etat hollandaise.
De fait, Manuel Valls l'ambitieux, en bon soldat qui se sait confrontĂ© Ă une mission impossible, s'emploie Ă dĂ©sarmer la fronde gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă laquelle il se sait condamnĂ©, tant au niveau de l'AssemblĂ©e nationale, que du bon peuple. Si ce n'est qu'en bon fils de pub, en bon communiquant, faute de crĂ©dibilitĂ©, il se drape dans de grands et beaux sentiments Ă haute valeur Ă©conomique : "J'ai dressĂ© une feuille de route. Elle est difficile, elle est Ăąpre, elle peut ĂȘtre rugueuse mais elle est indispensableâŠ" Ca sent le Churchill du 13 mai 1940, en version Pierre et Gilles⊠A ceci prĂšs qu'en politique, le kitsch passe mal.
Ainsi, on retiendra des grandes dĂ©clarations liminaires de M. Valls cette citation : "La France vit au-dessus de ses moyens depuis plus de 30 ans". On pourrait rĂ©torquer Ă ce seigneur socialiste (Ndlr : rĂ©fĂ©rence au lexique mĂ©lenchonien), la France peut-ĂȘtre, mais pas la grande majoritĂ© des Français, RĂ©unionnais y compris.
Le produit financier France ressemble Ă un "junk bond"
Pour rester sur notre "confetti", histoire de plagier Challenge, il serait judicieux que M. Valls réalise que chez nous, 343 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté monétaire ; avec pour conséquence un recours massif aux minima sociaux pour 150 000 foyers et 240 000 personnes (source Insee).
Cette prĂ©caritĂ© affecte tout particuliĂšrement les personnes ĂągĂ©es et les jeunes. A La RĂ©union,  "40 % des plus de 65 ans et la moitiĂ© des moins de 20 ans sont pauvres. Pour les plus ĂągĂ©s, la faiblesse des revenus sâaccompagne dâune entrĂ©e en dĂ©pendance plus prĂ©coce que dans lâHexagone, dĂšs 50-59 ans contre 70-79 ansâŠ"  Dans la catĂ©gorie des "seniors" ĂągĂ©s dâau moins 65 ans, 42 % vivent en dessous du seuil de pauvretĂ©, constate l'Insee.
Comment ces Français-là pourraient-ils vivre au dessus de leurs moyens ? Ils n'en ont pas.
Monsieur Valls se fierait-il au nombre de dossiers déposés en commission de surendettement ?
1.153 dossiers enregistrés en 2012, beaucoup plus encore en 2013, et comme par hasard, les personnes concernées sont précisément celles qui souffrent de la précarité, les jeunes, touchés par un chÎmage de masse, isolés, les adultes ùgés de  45 à 55 ans, jugés "trop vieux" pour travailler, et les victimes des accidents de la vie, plus de 80% des dossiers de surendettement.
Eux non plus ne peuvent vivre au-dessus de leurs moyens, il leur faudra mĂȘme toute une vie pour rembourser leur dette Ă tempĂ©rament.
Dans la pratique, M. Valls va donc imposer un régime draconien aux Français qui n'ont pas les moyens et à ceux qui en ont un peu, parce que La France, ou plutÎt ceux qui l'ont administrée en usant d'un populisme sans vergogne, depuis 1983, et la titrisation de la dette (Bérégovoy), ont usé et abusé d'un déluge d'argent facile.
Aujourd'hui le produit financier France est potentiellement contaminé par un virus de type "subprime", et vu de Bruxelles, le produit financier France ressemble à un "junk bond", une obligation pourrie en bon français.
Un épisode de grippe financiÚre espagnole
MoralitĂ©, pour Ă©viter des sanctions financiĂšres qui aggraveraient le mal, voire un Ă©pisode de grippe financiĂšre espagnole, les prestations sociales "ne seront pas revalorisĂ©es jusquâen octobre 2015", câest-Ă -dire quâelles baisseront du montant de lâinflation (0,7% en 2013). Les retraitĂ©s, dĂ©jĂ victimes de la rĂ©forme du systĂšme de retraite verront leurs pensions gelĂ©es, tout comme le montant des allocations logement, famille et invaliditĂ©. En "novlangue" ont dit qu'elles resteront stables sur la pĂ©riode en question.
La revalorisation extraordinaire du RSA, du complĂ©ment familial, telle que promise par le plan de lutte contre la pauvretĂ© annoncĂ© en 2013 se verra dĂ©calĂ©e dâun an, au 1er septembre 2015, ou Ă plus tard, qui sait.
Les collectivitĂ©s locales qui avaient tant soutenu le candidat Hollande pour Ă©chapper Ă la rĂ©forme territoriale scĂ©lĂ©rate mise en Ćuvre par Nicolas Sarkozy vont passer Ă la caisse, encore une fois, 11 milliards de moins, aprĂšs la premiĂšre purge imposĂ©e par Jean-Marc Ayrault. Et elles auront droit Ă une rĂ©forme territoriale quand mĂȘme, avec suppression des dĂ©partements et redĂ©coupage manu militari des rĂ©gions.
Les assurés sociaux seront pressurés, eux aussi, au travers de l'Assurance maladie amputée de 10 milliards d'euros, auxquels il faut ajouter 11 autres milliards de dépenses sociales diverses. Quant à l'Etat, il se privera de 18 milliards d'euros, qu'il fera payer à ses obligés, administrés, fonctionnaires dont les salaires resteront gelés jusqu'en 2017⊠comme ils le sont depuis 2010.
Qu'on se rassure, M. Valls récuse le terme d'austérité. Le mot n'est pas "bankable".
Que restera-t-il de tout ce dispositif aprÚs les européennes ? Que restera-t-il de M. Valls ?
Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com


Excellent texte ! TrÚs bien écrit ! Voilà pour la forme.
Sur le fond...pour ma part, vous avez résumé l'incroyable hérésie des premiÚres mesures de ce gouvernement, qui à défaut de combattre les causes structurelles, préfÚre s'attaquer aux plus faibles pour gagner du temps auprÚs des instances de Bruxelles....Je crois que c'est bien la premiÚre fois que la lùcheté ose se targuer de bravoure, à peine débarquée sur un terrain d'opérations à mener.
Que restera-t-il de M. Valls ? ... R I E N
Il vaut mieux ne rien dire et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute Ă ce sujet .(Jean Yanne)