Justice

Les mots de Bahia, seule survivante du crash de la Yemenia Airways au large des Comores

  • PubliĂ© le 23 mai 2022 Ă  15:01
  • ActualisĂ© le 23 mai 2022 Ă  15:04
Bahia Bakari, seule survivante du crash de la Yemenia Airlines, le 15 décembre 2009 à Paris

Un "trou noir" puis des heures dans l'eau, "agrippée à un débris d'avion". Bahia Bakari, la seule rescapée du crash qui a fait 152 morts en 2009 au large des Comores a témoigné lundi au procÚs de la compagnie Yemenia, jugée pour homicides et blessures involontaires.

Bahia Bakari, 25 ans, s'avance à la barre peu aprÚs 12h (heure de La Réunion. Elle sourit en déclinant son identité, avant de se lancer dans un récit calme et précis de la nuit de l'accident auquel elle a miraculeusement survécu, il y a prÚs de treize ans.

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Le 29 juin 2009, elle a 12 ans et part avec sa mÚre, depuis l'aéroport de Roissy, pour assister aux Comores au mariage de son grand-pÚre. L'avion fait escale à Marseille, puis les passagers changent d'appareil à Sanaa, au Yemen. Ce "second avion", un A310, était "plus petit, il y avait des mouches à bord et une forte odeur de toilette", décrit-elle. Mais lors de ce "vol de nuit", "cela s'est passé trÚs normalement", jusqu'à l'atterrissage.

A l'approche de Moroni, la capitale des Comores, "les conseils de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© annoncĂ©s, les voyants pour attacher la ceinture se sont allumĂ©s". "Je sens l'avion qui commence Ă  descendre et je commence Ă  sentir des turbulences, mais personne ne rĂ©agit plus que ça, donc je me dis que ça doit ĂȘtre normal", raconte-t-elle. Puis, "je sens comme une dĂ©charge Ă©lectrique dans tout mon corps", dit-elle. "J'ai un trou noir entre le moment oĂč j'Ă©tais assise dans l'avion et le moment oĂč je me retrouve dans l'eau".

Serrés sur les bancs de la salle d'audience, plus d'une centaine de parties civiles l'écoutent en silence.

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- "Goût de kérosÚne" -

Dans les vagues, "en face de moi, je vois trois débris, j'agrippe le plus grand en essayant de monter dessus mais je n'y arrive pas", poursuit Bahia Bakari, les cheveux noirs rassemblés en chignon, en chemise et pantalon blancs. "Je prends conscience de voix qui appellent à l'aide en comorien, je crie mais un peu sans espoir, parce que je réalise bien qu'il n'y a que la mer autour de moi et que je ne vois personne".

"Je finis par m'endormir agrippée au débris d'avion. Quand je me réveille, le jour se lÚve, j'entends plus personne". Au loin, elle voit la cÎte, essaie de la "rejoindre" mais "la mer est trÚs agitée", raconte-t-elle, décrivant aussi "le goût de kérosÚne" qu'elle avait dans la bouche. "Je ne voyais pas comment j'allais m'en sortir. (...) Je voyais un avion passer au-dessus de moi mais j'étais pas sûre qu'il m'avait repérée. J'ai trouvé le temps trÚs, trÚs long". C'est la pensée de "sa mÚre", "trÚs protectrice", qui la fait tenir. Elle sera finalement secourue par un bateau aprÚs une dizaine d'heures dans l'eau.

- "Flashbacks" -

Elle s'est alors convaincue que "tout le monde est arrivĂ©" et qu'elle est "la seule Ă  ĂȘtre tombĂ©e" de l'avion. C'est "une psychologue, Ă  l'hĂŽpital", qui lui annonce qu'elle est "la seule qu'on a retrouvĂ©e".

RapatriĂ©e en France, elle reste une vingtaine de jours hospitalisĂ©e pour soigner des fractures au niveau de oeil gauche, Ă  la clavicule, au bassin, ainsi que des brĂ»lures aux pieds et un pneumothorax."Ce qui a Ă©tĂ© trĂšs compliquĂ© pour moi, c’est de gĂ©rer le deuil de ma mĂšre, j'Ă©tais trĂšs proche d’elle". Sa voix se brise pour la premiĂšre fois, elle est submergĂ©e par les larmes.

"Merci pour votre courage et votre sourire, dans cet exercice trÚs difficile", l'encourage la présidente du tribunal, Sylvie Daunis, avant de lui poser des questions. Accompagnée psychologiquement à l'hÎpital, la jeune femme n'a pas été suivie depuis, se confiant à son pÚre. Elle évoque aussi la "communauté comorienne, trÚs solidaire".

 Depuis l'ouverture du procĂšs, "il y a plein d'Ă©motions Ă  la fois. C'est un vrai soulagement (mais) c’est trĂšs compliquĂ© parce que ça fait remonter des souvenirs", des "flashbacks".Les expertises ont conclu que l'accident Ă©tait dĂ» Ă  une sĂ©rie d'erreurs de pilotage, Ă©cartant l'hypothĂšse d'un missile, d'une dĂ©faillance technique de l'avion et de la foudre.

Depuis l'ouverture du procĂšs, le banc des prĂ©venus est vide: aucun reprĂ©sentant de la compagnie n'est prĂ©sent Ă  cause de la guerre qui fait rage au YĂ©men, selon la dĂ©fense. InterrogĂ©e sur cette absence par un avocat des familles, Bahia Bakari la regrette: "J'aurais aimĂ© qu’ils nous Ă©coutent" et "avoir des excuses".

www.ipreunion.com avec l'AFP / [email protected]

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