Aucune responsabilité n'a été établie

Explosion du port de Beyrouth en 2020: l'ONU plaide pour une enquĂȘte internationale

  • PubliĂ© le 11 septembre 2023 Ă  19:50
  • ActualisĂ© le 11 septembre 2023 Ă  20:25
Silos au port de Beyrouth, dont une partie s'est effondrée aprÚs un incendie fin juillet, le 3 août 2022

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme s'est dit lundi favorable Ă  une enquĂȘte internationale sur l'explosion il y a trois ans dans le port de Beyrouth, dĂ©plorant qu'"aucune responsabilitĂ© n'a Ă©tĂ© Ă©tablie" jusqu'ici dans cette affaire.

"Au Liban, trois ans aprĂšs l'explosion de Beyrouth qui a fait plus de 200 morts et 7.000 blessĂ©s, dont plus de 1.000 enfants, aucune responsabilitĂ© n'a Ă©tĂ© Ă©tablie", a relevĂ© Volker TĂŒrk devant le Conseil des droits de l'homme.

 "Bien au contraire, de nombreuse inquiĂ©tudes ont Ă©mergĂ© Ă  propos des interfĂ©rences dans l'enquĂȘte, dans un contexte de grave crise Ă©conomique et sociale et de gouvernance faible. Il est donc peut-ĂȘtre temps d'envisager une mission d'Ă©tablissement des faits internationale pour examiner les violations des droits humains liĂ©es Ă  cette tragĂ©die", a-t-il ajoutĂ©.

La dĂ©flagration, l'une des plus grandes explosions non nuclĂ©aires de l'Histoire, avait Ă©tĂ© provoquĂ©e par un incendie dans un entrepĂŽt oĂč Ă©taient stockĂ©es sans prĂ©caution des tonnes de nitrate d'ammonium malgrĂ© des avertissements rĂ©pĂ©tĂ©s aux plus hauts responsables.

A l'occasion du troisiĂšme anniversaire de l'explosion, le 4 aoĂ»t dernier, des centaines de Libanais avaient marchĂ© jusqu'au port pour accuser la classe politique d'entraver l'enquĂȘte.

La veille de cette manifestation, 300 ONG dont Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ainsi que des familles de victimes avaient rĂ©itĂ©rĂ© leur appel Ă  la constitution d'une commission d'enquĂȘte internationale.

- "Evolution positive" -

"Pour nous c’est un pas trĂšs important, qui arrive aprĂšs un long travail de lobbying", s'est rĂ©joui de son cĂŽtĂ© Paul Naggear, qui a perdu sa fille de trois ans dans l'explosion.

"C'est une Ă©volution trĂšs positive qui a pour objectif d’ĂȘtre concrĂ©tisĂ©e idĂ©alement en mars prochain avec une rĂ©solution", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP.

"Cette commission, si tant est qu’elle vient appuyer l’enquĂȘte locale, peut nous aider Ă  avoir accĂšs Ă  des informations (...) que nous n’arrivons pas Ă  obtenir", a dit de son cĂŽtĂ© Mariana Fodoulian, qui a perdu sa soeur dans le drame.

Au Liban, un premier juge chargĂ© de l'enquĂȘte en 2020 avait dĂ» jeter l'Ă©ponge aprĂšs avoir inculpĂ© l'ex-Premier ministre Hassan Diab et trois anciens ministres.

Son successeur, Tarek Bitar, s'est Ă  son tour attaquĂ© Ă  des responsables politiques mais le Parlement a refusĂ© de lever l'immunitĂ© de dĂ©putĂ©s inculpĂ©s, le ministĂšre de l'IntĂ©rieur s'est opposĂ© Ă  l'interrogatoire d'officiers de haut rang et les forces de sĂ©curitĂ© ont refusĂ© d'exĂ©cuter des mandats d'arrĂȘt.

Il a Ă©tĂ© contraint de suspendre son enquĂȘte pendant 13 mois, en raison de dizaines de poursuites Ă  son encontre de la part de responsables politiques et d'autres intenses pressions.

En janvier dernier, il a repris son travail à la surprise générale. Il a alors été poursuivi pour insubordination par le procureur général aprÚs avoir inculpé plusieurs personnalités haut placées, une premiÚre dans l'histoire du Liban.

Le procureur a également ordonné la libération des 17 personnes détenues sans jugement depuis l'explosion.

Le dĂ©partement d'Etat amĂ©ricain a estimĂ© de son cĂŽtĂ© que "l'absence de progrĂšs" dans l'enquĂȘte Ă©tait "inacceptable", soulignant "la nĂ©cessitĂ© d'une rĂ©forme judiciaire".

AFP

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