Perché sur une plateforme pour peindre un mur de 10 mÚtres de haut dans la chaleur intense du Texas, Maynor Alvarez s'est soudain senti fébrile avec une envie de vomir. Il a voulu redescendre mais son contremaßtre lui a ordonné de "continuer à produire".
La vague de chaleur qui sévit depuis prÚs d'un mois dans le sud des Etats-Unis touche de plein fouet les ouvriers du bùtiment, qui sont exposés à des températures supérieures à 40°C.
Et cela ne devrait pas aller en s'améliorant: des températures record sont attendues ce week-end, notamment 46°C samedi à Corpus Christi, dans le sud du Texas.
"J'ai dĂ©jĂ souffert de coups de chaleur. Et vous savez ce que ça fait? Des crampes dans les jambes et les bras, des maux de tĂȘte, une envie de vomir et des palpitations", dit Maynor Alvarez, peintre en bĂątiment d'origine guatĂ©maltĂšque, lors d'une manifestation vendredi prĂšs de l'hĂŽtel de ville de Houston, la grande ville du sud texan.
Mais, ajoute cet ouvrier de 42 ans, "quand je me plains à mon superviseur, qui est en bas, il me dit de continuer à travailler (...) Je descends parce que je n'en peux plus (...) Si j'étais resté cinq minutes de plus, je ne serais pas là pour vous le raconter".
Les manifestants s'opposent à une récente loi approuvée par le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, remettant en question le droit des ouvriers du bùtiment de villes comme Dallas ou Austin à faire une pause pour s'hydrater toutes les quatre heures.
- "Une loi qui tue" -
La loi, qui doit entrer en vigueur en septembre, n'interdit pas ces pauses hydratation mais entend harmoniser les rÚglements au niveau de l'Etat sur un ensemble de sujets liés au droit du travail ou à l'agriculture, plutÎt que de laisser les municipalités, généralement démocrates, légiférer sur le sujet. Et ce, au nom de la liberté d'entreprendre. "C'est une loi qui tue", estime Maynor Alvarez de son cÎté.
Une vingtaine de kilomÚtres plus au nord, Juan, un Mexicain de 28 ans qui préfÚre ne pas donner son nom de famille, est debout sur une échelle et termine des travaux sur le mur d'un bùtiment en construction.
La température ressentie dépasse les 40°C et le soleil est aveuglant.
CoiffĂ© d'un casque, et portant un gilet et des lunettes de protection, il s'est entourĂ© la tĂȘte d'une sorte d'Ă©charpe pour protĂ©ger sa nuque des rayons de soleil.
"Quand je ne bois que de l'eau, j'ai des vertiges, j'ai envie de vomir à cause de la chaleur, j'ai besoin d'autre chose, d'un Coca, d'un Gatorade, et de froid, pour pouvoir fonctionner correctement. La période la plus chaude de la journée se situe entre 11 heures et 15 heures", explique-t-il à l'AFP.
Son collÚgue Edwin, ùgé de 21 ans et également mexicain, revient avec une boisson hydratante. "J'y suis presque accoutumé, mais cette année la chaleur est plus forte", dit-il.
- "Insensée" -
Maynor Alvarez dit toutefois qu'il est impossible de se plaindre, sous peine de ne pas ĂȘtre payĂ© Ă temps plein ou de se voir refuser du travail.
Lors du rassemblement Ă Houston, Luz Martinez, Ă©galement ouvriĂšre dans le bĂątiment, raconte comment elle a dĂ» travailler dans un immeuble de 20 Ă©tages oĂč les ouvriers devaient redescendre au rez-de-chaussĂ©e pour boire Ă l'extĂ©rieur.
"Le 4 juillet, jour férié (aux Etats-Unis), on rénovait une école, dans un espace clos, sans clim car il y en a qui ne veulent pas payer l'électricité", explique-t-elle en se souvenant d'un collÚgue qui a fait un malaise.
"On se meurt. Nous priver d'eau, de pauses pour nous hydrater, ce n'est pas juste", ajoute-t-elle.
Les ouvriers déplorent la mort d'un collÚgue de 46 ans à la mi-juin, Felipe Pascual, sur un chantier dans la banlieue de Houston.
Le Texas est l'Etat qui enregistre le plus de morts dans le secteur du bùtiment liés à la chaleur: 42 entre 2011 et 2021, selon des chiffres officiels de la section texane du syndicat AFL-CIO.
"Il n'est pas toujours possible d'ĂȘtre Ă l'ombre, nous sommes des travailleurs dans la construction. Avoir ces pauses et boire de l'eau est essentiel pour continuer", affirme Ă l'AFP Cristian Canela, reprĂ©sentant du syndicat local des peintres en bĂątiment, qui dĂ©nonce une loi "insensĂ©e".
AFP



