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"Onigiri", la boulette de riz japonaise fait boule de neige

  • PubliĂ© le 25 fĂ©vrier 2024 Ă  12:59
Différentes sortes de boulettes de riz onigiri sur un étal de l'entreprise Taro Tokyo Onigiri, le 6 décembre 2023 à Tokyo

Dans un quartier tranquille de Tokyo, une cinquantaine de personnes patientent devant le rideau encore baissé d'un petit restaurant de "onigiri", la boulette de riz japonaise dont la popularité explose ces derniÚres années au Japon et à l'étranger, alimentée par les réseaux sociaux et l'inflation.

DerriĂšre le comptoir de Onigiri Bongo, oĂč peuvent s'asseoir neuf clients, Yumiko Ukon, 71 ans, prĂ©pare avec son Ă©quipe les ingrĂ©dients multicolores qui serviront Ă  garnir une soixantaine de variĂ©tĂ©s de boules de riz enveloppĂ©es d'une algue, des traditionnelles prunes amĂšres au plus inhabituel bacon-sauce soja.

Autrefois, "il n'y avait personne entre le dĂ©jeuner et le dĂźner, mais maintenant les clients font la queue sans interruption", parfois pendant huit heures, explique la propriĂ©taire des lieux oĂč sont vendus quelque 1.200 onigiri par jour.

"Cela fait 47 ans que je fais la mĂȘme chose, rien n'a changĂ© pour moi. C'est le monde autour qui a changĂ©", dit-elle, alors que ce mets traditionnellement prĂ©parĂ© "Ă  la maison" est devenu un plat que l'on achĂšte et mange seul.

L'onigiri serait consommé au Japon depuis plus de 1.000 ans, autrefois emporté par les samouraïs sur les champs de bataille.

Mais il souffrait depuis plusieurs décennies de l'image d'un produit banal et bon marché, vendu dans les supérettes de proximité omniprésentes au Japon.

Le succÚs est cependant au rendez-vous depuis quelques années, soutenu d'abord par l'explosion du tourisme au Japon avant la pandémie et sa présentation dans diverses émissions et séries télévisées.

- Le Japon et le riz -

L'inclusion dans le guide Michelin en 2019 du plus ancien restaurant d'onigiri de Tokyo, "Onigiri Asakusa Yadoroku", a aussi été décisive, explique Yusuke Nakamura, président de l'association japonaise d'onigiri.

"A partir de ce moment, les gens qui considéraient l'onigiri comme un en-cas de tous les jours ont commencé à le voir aussi comme un mets de qualité, élargissant ainsi les maniÚres de le consommer", dit-il.

Selon la Fédération japonaise des plats préparés, l'onigiri est arrivé en deuxiÚme position du classement de ces achats au Japon en 2022, et les dépenses des foyers nippons dans la catégorie "onigiri et autres" ont bondi de 66% ces vingt derniÚres années d'aprÚs le ministÚre des Affaires intérieures.

Selon M. Nakamura, le nombre de boutiques spĂ©cialisĂ©es est en forte augmentation au Japon, oĂč l'onigiri a bĂ©nĂ©ficiĂ© de l'explosion de la demande de repas Ă  emporter pendant la pandĂ©mie, mais aussi de l'accĂ©lĂ©ration de l'inflation dans le pays depuis deux ans.

"Le prix du riz, cultivé sur place, est relativement stable", tandis que le coût des importations de blé a flambé depuis le début de la guerre en Ukraine, renchérissant de nombreux aliments dont le pain, explique-t-il.

En outre, le lien des Japonais avec le onigiri et le riz en général est trÚs profond et ancien, rappelle Miki Yamada, 48 ans, gérante de "Warai Musubi", un service de traiteur de "omusubi", autre nom de l'onigiri.

"Le riz est l'offrande que l'on fait aux divinitĂ©s" dans la religion shinto, et "la forme souvent triangulaire de l'omusubi ferait rĂ©fĂ©rence aux montagnes", oĂč rĂ©sident de nombreuses divinitĂ©s shinto, explique-t-elle.

Issue d'une famille de riziculteurs de Fukushima, Mme Yamada dit avoir réalisé le potentiel de l'onigiri alors qu'elle tentait de promouvoir le riz local, dont la réputation a souffert aprÚs la catastrophe nucléaire de 2011, et ses photogéniques boulettes sont trÚs appréciées sur Instagram.

- Boules de riz "instagrammables" -

Alors que les échoppes d'onigiri ont généralement peu de moyens pour en faire la publicité, les photos postées par les clients sur les réseaux sociaux d'onigiri de toutes formes et couleurs, éminemment "instagrammables", ont joué un grand rÎle dans la popularité de ces mets, souligne Yusuke Nakamura.

Ainsi, l'onigiri touche Ă©galement une clientĂšle plus jeune et plus fĂ©minine, sĂ©duite par des versions "premium" aux ingrĂ©dients de qualitĂ©, ou mĂȘlant des cĂ©rĂ©ales au riz pour une alimentation plus nutritive.

"Au Japon, mais aussi Ă  l'Ă©tranger, je voudrais renouveler l'image vieillotte du riz", dĂ©clare Miyuki Kawarada, 27 ans, prĂ©sidente de Taro Tokyo Onigiri, une entreprise ayant ouvert deux boutiques Ă  Tokyo en 2022, oĂč les onigiri haut de gamme sont vendus jusqu'Ă  430 yens (2,7 euros) piĂšce.

Elle dit vouloir ouvrir plusieurs dizaines de restaurants ces prochaines annĂ©es Ă  l'Ă©tranger, oĂč l'onigiri a selon elle le potentiel pour dĂ©trĂŽner le sushi comme ambassadeur de la gastronomie nippone. De plus, il "peut ĂȘtre vegan ou halal, et s'adapter Ă  diffĂ©rentes cultures", note-t-elle.

Yusuke Nakamura de l'association de l'onigiri dit recevoir de nombreuses demandes de personnes souhaitant ouvrir des boutiques, notamment aux Etats-Unis, et certains acteurs nippons ont déjà commencé à investir le marché étranger, comme Omusubi Gonbei, qui possÚde deux boutiques à Paris et deux à New York.

Devant l'une des échoppes new-yorkaises à deux pas de la gare de Grand Central Station, Sean King, 53 ans, s'est dit "trÚs heureux" de pouvoir trouver sur place les onigiri qu'il avait découverts au Japon.

"C'est léger, sain et facile à consommer", déclare-t-il à l'AFP. "On n'a aucun regret aprÚs en avoir mangé."

AFP

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