Référendum en Catalogne

700 maires menacés de poursuites et d'arrestation

  • PubliĂ© le 13 septembre 2017 Ă  18:54
  • ActualisĂ© le 13 septembre 2017 Ă  19:00
Une affiche appelant à voter au référendum de l'indépendance en Catalogne à Barcelone, le 13 septembre 2017

Plus de 700 maires de Catalogne prĂȘts Ă  organiser un rĂ©fĂ©rendum d'autodĂ©termination interdit risquent depuis mercredi des poursuites voire une arrestation, selon la dĂ©cision prise mercredi par le parquet gĂ©nĂ©ral.


Dans une note que l'AFP a pu consulter, le parquet général d'Espagne ordonne aux procureurs des quatre provinces de Catalogne (nord-est) de citer à comparaßtre les maires participant à l'organisation du scrutin anticonstitutionnel du 1er octobre, "en tant que mis en examen".
Au cas oĂč un maire ne rĂ©pondrait pas Ă  la convocation, le parquet demande "d'ordonner son arrestation" pour qu'il comparaisse.
Selon la derniÚre liste diffusée par l'Association des municipalités pour l'indépendance (AMI), 712 maires de la région sur 948 seraient disposés à mettre des locaux à disposition de l'exécutif catalan pour organiser ce référendum.


- 'Qu'ils nous arrĂȘtent' -


"Et bien, qu'ils nous arrĂȘtent! Ils sont fous!", a rĂ©agi David Rovira, maire PDcat (conservateur et indĂ©pendantiste) de l'Espluga de Francoli (3.800 habitants), joint par tĂ©lĂ©phone.
"Ils n'ont rien compris, rien proposé (en réponse aux revendications, ndlr), ils se moquent de nous", a-t-il ajouté.
David Rodriguez Gonzalez, maire ERC (gauche indépendantiste) de la ville de Solsona (9.000 habitants), se disait en colÚre: "Tout cela démontre que la transition du franquisme (dictature de Francisco Franco, de 1939 à 1975, ndlr) à la démocratie s'est faite avec beaucoup de lacunes", a-t-il dit.
Les Catalans sont "pacifiques", a ajoutĂ© cet Ă©lu. "Mais nous sommes arrivĂ©s Ă  un stade oĂč il faut dire +basta+!".
Le prĂ©sident indĂ©pendantiste catalan Carles Puigdemont, qui a convoquĂ© le scrutin et fait l'objet d'une enquĂȘte notamment pour "dĂ©sobĂ©issance", n'avait pas rĂ©agi directement Ă  la mi-journĂ©e.
Il a cependant souligné sur Twitter que 712 maires c'est "75% des édiles de Catalogne", une région grande comme la Belgique, aux 7,5 millions d'habitants.
Sur les dix villes catalanes les plus peuplées, six dont Barcelone (1,6 million d'habitants) et l'Hospitalet de Llobregat (250.000), ont à ce stade refusé de s'impliquer directement dans l'organisation du scrutin.
Les Catalans sont profondĂ©ment divisĂ©s selon les sondages, mĂȘme si plus de 70% d'entre eux souhaiteraient un rĂ©fĂ©rendum lĂ©gal pour trancher la question.


- 'Les plus brefs délais' -


Le parquet est passĂ© Ă  la vitesse supĂ©rieure en ordonnant une enquĂȘte sur chaque Ă©dile, pour dĂ©terminer s'il a confirmĂ© sa participation Ă  l'organisation du vote. Si les maires ne comparaissent pas, ils doivent ĂȘtre arrĂȘtĂ©s et amenĂ©s au parquet "dans les plus brefs dĂ©lais".
Cette décision a été annoncée à la veille du lancement, jeudi soir, de la campagne des séparatistes pour le référendum, à Tarragone, à 100 km au sud-ouest de Barcelone.
Lundi, des centaines de milliers de personnes avait défilé à Barcelone en faveur du référendum et du "oui" à l'indépendance.
La Catalogne vit depuis le début des années 2010 une poussée de fiÚvre indépendantiste, liée notamment à l'annulation partielle du nouveau statut d'autonomie qui lui avait conféré des compétences élargies et le titre de "Nation" dans l'Etat espagnol.


Les séparatistes catalans - majoritaires au parlement régional - réclament depuis 2012 un référendum d'autodétermination, qui a été déclaré anticonstitutionnel par la haute Cour.
Mais les indépendantistes considÚrent la Cour constitutionnelle illégitime et politisée, soulignant que sur 12 magistrats, 10 ont été nommés par des majorités parlementaires conservatrices et le gouvernement de Mariano Rajoy (droite).
Ils ignorent ses arrĂȘts et promettent, dĂ©sormais, de faire sĂ©cession si le "oui" l'emporte.
Depuis que le référendum a été convoqué, le 6 septembre, la tension n'a cessé de monter.
"L'appareil rĂ©pressif de l'Etat fonctionne quand la dĂ©sobĂ©issance est rĂ©duite, mais quand tu as des centaines de municipalitĂ©s, le gouvernement d'une rĂ©gion, d'autres autoritĂ©s administratives, comment faire? (...) le niveau de crispation peut ĂȘtre terrible", a soulignĂ© le professeur de droit constitutionnel, Javier Perez Royo, rĂ©cemment interrogĂ© par l'AFP.
Dans un éditorial mercredi, le quotidien britannique Financial Times juge nécessaire une réforme de la Constitution espagnole pour permettre notamment une plus grande autonomie budgétaire à la Catalogne, qui a déjà de larges compétences.
Le journal français Le Monde se prononce pour un rĂ©fĂ©rendum lĂ©gal, sur le modĂšle de celui organisĂ© en 2014 en Ecosse, oĂč le "non" Ă  la sĂ©cession du Royaume-Uni l'avait emportĂ©.

Par Jean-Louis SANTINI - © 2017 AFP

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