Migrants en détresse

A bord de l'Aquarius, un voyage "extrĂȘmement long"

  • PubliĂ© le 13 juin 2018 Ă  18:05
  • ActualisĂ© le 13 juin 2018 Ă  18:28
Une photo diffusée par l'ONG SOS Méditerranée montrant des membres de cette organisation en train d'informer les migrants secourus sur le navire humanitaire l'Aquarius, le 11 juin 2018.

Le navire humanitaire Aquarius, qui a sauvĂ© 629 migrants, espĂšre arriver "samedi soir" en Espagne, mais "les conditions mĂ©tĂ©orologiques se dĂ©gradent" et le temps commence Ă  ĂȘtre "extrĂȘmement long" Ă  bord pour les passagers, a affirmĂ© mercredi Ă  l'AFP Aloys Vimard, le coordinateur de MSF Ă  bord.


"Nous nous trouvons actuellement au sud de la Sicile, et notre arrivée est prévue samedi à 21 heures à Valence, mais au vu des conditions météorologiques il se peut que ça change car nous avons déjà des vagues de un à deux mÚtres, et on attend quatre mÚtres d'ici quelques heures", a affirmé M. Vimard, joint par téléphone.

Comptant à son bord encore une centaine de migrants aprÚs le transbordement des autres sur deux navires italiens, d'ores et déjà "on sécurise les conditions sur le bateau, on tend des cordes sur le pont pour que les gens ne glissent pas...", ajoute le coordinateur de Médecins sans frontiÚres, lors d'une conversation hachée par les mauvaises conditions de transmission.

AprĂšs le refus italien d'accueillir le bateau, puis le feu vert espagnol, "cela fait quatre jours que les gens sont en mer, ce qui est extrĂȘmement long pour des personnes vulnĂ©rables, qui ont Ă©tĂ© exposĂ©es Ă  des niveaux de violence extrĂȘmes", affirme le responsable, pour qui le bras de fer politique a crĂ©e des "conditions inacceptables".

"On Ă©tait limitĂ©s en termes de vivres, on Ă©tait bien au delĂ  de notre capacitĂ©" d'un peu plus de 500 places, ajoute M. Vimard. Aujourd'hui sur le bateau "l'ambiance est bonne", car "les gens ont compris qu'ils allaient dĂ©barquer en Espagne. Ils avaient bien repĂ©rĂ© que le bateau s'Ă©tait arrĂȘtĂ©, on leur a dit en faisant s'asseoir tout le monde avec des explications en plusieurs langues..."

Mais "ils Ă©taient extrĂȘmement inquiets. La crainte gĂ©nĂ©rale Ă©tait d'ĂȘtre renvoyĂ©s en Libye, une personne nous a dit +je n'ai plus confiance, je prĂ©fĂšre sauter Ă  l'eau+. Car certains ont tentĂ© cinq Ă  six fois la traversĂ©e, en se faisant intercepter par gardes-cĂŽtes libyens. Ils ne veulent pas revivre cela".
A présent que le bateau est reparti "cela va mieux, ils s'interrogent sur l'avenir, mais ils sont soulagés qu'au moins cette situation prenne fin".

Mercredi matin les migrants ont pu prendre une douche, a ajouté M. Vimard, expliquant qu'"on peut organiser ce genre de choses avec 106 personnes mais pas avec 630" à bord.

- Surveillance médicale -

En effet 500 personnes ont été transférées mardi aprÚs-midi sur deux navires italiens (un de l'armée et un des gardes cÎtes), qui vont faire route avec l'Aquarius jusqu'en Espagne. "Il était inimaginable de partir seuls avec 629 personnes à bord jusque Valence", explique le coordinateur. Mercredi "il n'y a plus que 106 personnes à bord", 51 femmes, 10 enfants et 45 hommes, "ayant besoin de surveillance médicale" notamment, et qui sont pris en charge par une équipe médicale de cinq personnes, ajouté M. Vimard.

Face au durcissement du gouvernement italien, le responsable assure que "bien sûr" MSF allait "continuer les opérations de sauvetage". "Les besoins sont énormes et le nombre d'ONG est trÚs limité, et hier encore 14 personnes au moins sont décédées dans un naufrage au large de la Libye", ajoute-t-il.
"En tant qu'organisation humanitaire c'est notre devoir de porter assistance à ces personnes en détresse, et aussi de témoigner", dit-il.

Les humanitaires travaillent pourtant dans des conditions de plus en plus compliquĂ©es. "Le cas de l'Aquarius est assez mĂ©diatisĂ© mais cela fait des semaines, voire des mois, que nos opĂ©rations sont limitĂ©es", assure M. Vimard, d'une part Ă  cause de la "prioritĂ©" donnĂ©s aux garde-cĂŽtes libyens pour intercepter les bateaux en dĂ©tresse, "mĂȘme quand on est les premiers Ă  les identifier".

Outre la "criminalisation des ONG", accusĂ©e d'aider l'immigration clandestine, les autoritĂ©s italiennes ont commencĂ© plus rĂ©cemment "Ă  nous renvoyer vers l'Italie alors mĂȘme que notre bateau n'Ă©tait pas plein", occasionnant parfois "plus de 30 heures de navigation, avec 60 personnes Ă  bord". "Cela nous Ă©loigne de la zone et du coup on n'est pas en mesure de porter assistance", dit-il.

AFP

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