Visite d'État

A Buenos Aires, l'hommage symbolique de Macron aux victimes de la dictature

  • PubliĂ© le 17 novembre 2024 Ă  07:20
  • ActualisĂ© le 17 novembre 2024 Ă  07:57
Le président français Emmanuel Macron le 13 novembre 2024 au CollÚge de France à Paris

Emmanuel Macron va rendre dimanche à Buenos Aires un hommage symbolique aux victimes, notamment françaises, de la dictature militaire argentine, avant de retrouver le président ultralibéral Javier Milei, accusé de révisionnisme sur cette page sombre de l'histoire du pays latino-américain.

Le président français est arrivé samedi soir dans la capitale de l'Argentine au début d'une tournée régionale et a déjà eu un dßner de travail avec son homologue. Objectif affiché: le "raccrocher" au "consensus international" et aux "priorités du G20" auquel ils participeront ensuite lundi et mardi au Brésil.

La tĂąche s'annonce compliquĂ©e, tant Javier Milei est un admirateur de Donald Trump, tentĂ© comme le rĂ©publicain qui vient d'ĂȘtre Ă©lu une deuxiĂšme fois prĂ©sident des Etats-Unis de tourner le dos Ă  plusieurs engagements multilatĂ©raux.

L'Argentine vient de retirer sa dĂ©lĂ©gation des nĂ©gociations climatiques de la COP29 Ă  Bakou et les spĂ©culations vont bon train sur sa possible sortie de l'Accord de Paris sur le climat. Un geste que Donald Trump avait lui-mĂȘme effectuĂ© lors de son premier mandat.

Avant un nouvel entretien avec Javier Milei à la Casa Rosada, le palais présidentiel, le chef de l'Etat français, accompagné de son épouse Brigitte, va déposer une gerbe au pied de l'église de la Santa Cruz, lieu de mémoire de la résistance contre la dictature (1976-1983).

L'Elysée évoque "un message fort" pour "dire que la France n'oublie pas".

En dĂ©cembre 1977, plusieurs membres fondateurs des MĂšres de la Place de Mai, qui rĂ©clamaient des informations sur leurs proches disparus, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s et assassinĂ©s aprĂšs s'ĂȘtre rĂ©unis dans cette Ă©glise.

Parmi les victimes, figuraient les religieuses françaises Léonie Duquet et Alice Domon, qui furent enlevées puis tuées dans un "vol de la mort" de la dictature, jetées au large du Rio de la Plata depuis un avion.

En tout, au moins 22 Français ont été recensés parmi les morts ou disparus de cette époque.

- Bilan revisité -

Emmanuel Macron n'est pas le premier dirigeant français à saluer la mémoire de ces victimes. Mais le contexte a changé depuis l'arrivée au pouvoir de Javier Milei il y a 11 mois.

Le président, et encore plus sa vice-présidente Victoria Villaruel, issue d'une famille de militaires, sont accusés de révisionnisme par les organisations de défense des droits humains.

Ils prĂ©fĂšrent parler de "guerre" contre des "guĂ©rillas" d'extrĂȘme gauche plutĂŽt que de "dictature", pour relativiser la responsabilitĂ© de l'armĂ©e.

Et ils n'hésitent pas à revisiter le bilan de la junte militaire au pouvoir durant ces années: alors que celui, généralement admis, des organisations de droits humains fait état de 30.000 morts, Javier Milei évoque moins de 9.000 victimes.

En juillet, six députés du parti au pouvoir ont rendu visite en prison à Alfredo Astiz et à d'autres ex-militaires condamnés pour crimes contre l'humanité. Le président Milei avait toutefois pris ses distances avec ce geste.

Astiz, ex-capitaine de marine de 73 ans, a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  deux reprises en Argentine Ă  la perpĂ©tuitĂ©, notamment pour l'enlĂšvement et la disparition des religieuses françaises. En France, il a Ă©tĂ© condamnĂ© en son absence Ă  la prison Ă  vie en 1990 pour le mĂȘme dossier.

Des proches de Français disparus ont été reçus début novembre par des conseillers du président Macron à l'Elysée. Ils ont demandé au chef de l'Etat de transmettre à son homologue argentin leur "inquiétude" sur l'hypothétique libération d'Alfredo Astiz.

"A ce stade, il n'y a pas de remise en cause des procédures judiciaires qui ont abouti à la condamnation des personnes responsables", assure-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron, tout en précisant ne pas vouloir "interférer dans la politique intérieure argentine".

Jean-Pierre Lhande, président de l'Association des parents et amis des Français disparus en Argentine, a estimé que l'hommage présidentiel était "insuffisant".

"Ce que je réclame depuis des années, c'est qu'on nomme un responsable en France de la recherche des Français disparus en Argentine et que l'Argentine nomme quelqu'un d'autre", a-t-il dit à l'AFP, en soulignant que le temps presse car "les parents des disparus sont presque tous morts".

AFP

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