Coronavirus

A Cuba, pendant le confinement, l'avenir se rĂȘve depuis les toits

  • PubliĂ© le 1 mai 2020 Ă  13:36
  • ActualisĂ© le 1 mai 2020 Ă  14:13
William Roblejo joue du violon sur le toit de sa maison, le 15 avril 2020 Ă  La Havane, Ă  Cuba

Il fait chaud et la pluie est rare en cette saison Ă  La Havane. Lorsque le vent tombe, William sort son violon, Leydi son Ă©pĂ©e et Adrian son tapis d'exercices. ConfinĂ©s par l'Ă©pidĂ©mie de coronavirus, ils poursuivent leurs rĂȘves malgrĂ© les portes closes.

Dans le quartier Playa, dĂ©sert, le doux bruit des vagues est perceptible depuis le toit du petit immeuble oĂč habite William Roblejo, 35 ans. Violoniste professionnel, il s'apprĂȘte Ă  jouer un petit rĂ©cital en plein air. Le visage masquĂ©, il interprĂšte des thĂšmes classiques, de la musique celtique, puis improvise un morceau de jazz. "Je suis trĂšs heureux, j'ai Ă©tĂ© enfermĂ© pendant 20 ou 25 jours", raconte le violoniste Ă  l'AFP, qui forme normalement avec deux autres musiciens un trio Ă  succĂšs.

William Roblejo est également professeur de violon et chef du département des instruments à cordes au Conservatoire de La Havane. Son quotidien a changé du jour au lendemain. "Nous, les musiciens (...), nous avons l'habitude jouer en direct (...) Parfois je m'ennuie, parfois je n'ai envie de rien faire", explique-t-il.

Alors, il poste sa musique sur les rĂ©seaux sociaux et approfondit l'Ă©tude de son art. "Je dois remercier un peu cette quarantaine", concĂšde-t-il : "j'ai davantage Ă©tudiĂ© et je pense avoir progressĂ© dans ma musique. Maintenant, je souhaite que cela s'arrĂȘte pour pouvoir le montrer", ajoute-t-il. Cuba, qui compte plus de 1.400 cas de coronavirus, n'a placĂ© en confinement obligatoire que certains quartiers de la capitale, mais les gens sont appelĂ©s Ă  rester chez eux.

Avec des températures dépassant les 30 degrés, des pénuries d'eau dans certains quartiers de la capitale et de longues files d'attente pour remplir leurs garde-mangers, l'anxiété des Cubains n'a cessé de croßtre ces derniÚres semaines.

- Pirouettes Ă  l'air libre -

Premier soliste du Ballet national cubain (BNC), Adrian Sanchez, 22 ans, craint surtout que son corps, habituellement soumis Ă  neuf heures d'entraĂźnement quotidien, ne souffre de ce confinement. "Quand tout cela prendra fin, nous retrouverons le ballet, et si nous y retournons sans avoir poursuivi l'entraĂźnement, cela va ĂȘtre trĂšs dur", souligne le danseur du haut de son 1,80 m.

Il parvient à monter sur le toit de son immeuble à travers une lucarne. De là, surplombant l'emblématique Place de la Révolution, il consacre "deux ou trois heures" par jour à entretenir son outil de travail. Ainsi, "le temps passe plus vite", assure le jeune homme.

Parmi les sportifs de haut niveau que compte l'ßle de 11 millions d'habitants, la pentathlonienne Leydi Laura Moya, 28 ans, et le champion de lutte greco-romaine Daniel Gregorich, 23 ans, avaient tous deux obtenu leurs billets pour les Jeux olympiques de Tokyo, prévus en juillet-août et pour l'heure reportés à 2021.

Leydi Laura Moya, qui a remporté les Jeux olympiques de la jeunesse à Singapour en 2020 et triple médaillée aux Jeux panaméricains de Lima en 2019, s'entraßnait au Mexique lorsque l'épidémie a commencé à toucher la région.

Elle est arrivée sur l'ßle mi-mars avec des symptÎmes de grippe et a été placée en quatorzaine. Elle a finalement été testée négative au coronavirus.
Dans un gymnase improvisé sur le toit de sa maison, la championne pratique l'escrime, le tir au pistolet laser et s'applique à faire des exercices de musculation.

Mais elle sait que cette routine est loin d'ĂȘtre celle qu'elle doit suivre pour ĂȘtre au meilleur niveau dans la perspective des JO, sa "plus importante compĂ©tition l'annĂ©e prochaine". "Les performances sportives vont baisser", reconnaĂźt-elle, mais elle reste convaincue qu'il lui restera du temps pour renverser la situation.

Pour sa part, Daniel Gregorich (87 kg), champion panamĂ©ricain Ă  Lima en 2019, a participĂ© aux Ă©liminatoires Ă  Ottawa en mars, oĂč son coĂ©quipier, le champion olympique Ismael Borrero, a contractĂ© le coronavirus. "Il va bien", assure le lutteur. Daniel Gregorich craint toutefois que l'Ă©loignement des tapis n'affecte son "parcours vers les Jeux olympiques, qui est le rĂȘve de tout athlĂšte". "Le sport, c'est la santĂ©, le sport c'est la vie, et au moins je suis soulagĂ© de l'anxiĂ©tĂ©" en le pratiquant, se rĂ©jouit-il.

AFP

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