Chirurgie esthétique

A Gaza, la mode des fausses fossettes pour parfaire son sourire

  • PubliĂ© le 10 dĂ©cembre 2021 Ă  15:17
  • ActualisĂ© le 10 dĂ©cembre 2021 Ă  20:21
Shorouk Shaheen sourit, aprÚs une intervention pour créer une fossette sur sa joue, le 30 novembre 2021 à Gaza

Depuis un mois, lorsque Shorouk Shaheen demande à son miroir qui est la plus belle, la jeune palestinienne pense pouvoir remporter ce titre convoité grùce à un ornement en vogue dans la bande de Gaza: une fausse fossette, réalisée par un chirurgien esthétique.

Baskets blanches de marque et sac imitant un certain cuir monogramme, Shorouk se réjouit d'avoir passé le pas de la porte du cabinet du docteur Jalaa El Talmas, dans le centre-ville de Gaza. "Si tu as un beau sourire alors tu es une belle personne", assure cette jeune responsable en communication de 26 ans, qui ne cesse d'admirer dans un miroir le délicat creux sur sa joue gauche.

Rassurée par la simplicité de l'opération quasi-indolore et satisfaite par le résultat, "meilleur" qu'espéré, elle envisage de faire une fossette aussi sur son autre joue.

Son chirurgien n'y voit pas d'inconvĂ©nient. La crĂ©ation d'une fossette est "une opĂ©ration simple, rapide et peu risquĂ©e", explique Jalaa El Talmas, dans son cabinet moderne. Le docteur pratique une anesthĂ©sie locale dans la joue et la bouche, oĂč il rĂ©alise une lĂ©gĂšre incision dans le muscle zygomatique qu'il relie Ă  la muqueuse buccale.

Les fossettes sont trÚs marquées aprÚs l'opération, qui dure 10 minutes, mais se font rapidement plus naturelles, assure-t-il. Depuis environ trois ans, le docteur au sourire espiÚgle qui cache un peigne dans son bureau pour se recoiffer de temps à autre, voit défiler plusieurs jeunes femmes par mois dans son cabinet. Toutes veulent repartir avec cette fossette considérée comme un signe de beauté, particuliÚrement au Moyen-Orient.

- "Un peu de bonheur" -

"La plupart des patientes viennent parce que leurs soeurs ou leurs cousines ont fait l'opération et me disent +elles ont des fossettes et je trouve ça beau+", explique-t-il. "Elles pensent que cela les rend plus attirantes quand elles rigolent, quand elles parlent".

Selon le docteur, ce phĂ©nomĂšne importĂ© d'Egypte et du Golfe semble plus important Ă  Gaza qu'ailleurs. Dans l'enclave palestinienne -sous blocus israĂ©lien et oĂč le taux de chĂŽmage avoisine les 50%-, l'opĂ©ration est attractive financiĂšrement. Si dans les quelques cliniques parisiennes qui la proposent elle peut coĂ»ter plusieurs milliers d'euros, Ă  Gaza elle coĂ»te entre 100 et 150 shekels (entre 27 et 40 euros par joue), soit bien moins que d'autres prestations de chirurgie esthĂ©tique.

Pour une augmentation mammaire, il faut par exemple débourser plus de 1.000 dollars et prendre le risque de faire l'objet de ragots ou de critiques dans un territoire encore trÚs conservateur, gouverné par le mouvement islamiste Hamas.

Les fossettes, elles, "ne posent pas de problĂšme" aux yeux des gens, note Shorouk, au voile bleu clair. "Souvent on me demande oĂč je les ai faites faire, quand, comment ça s'est passĂ©".

Au centre esthĂ©tique "Victoria" qui surplombe un parc aux proprettes rangĂ©es de palmiers, le docteur Hassan Ali Aljaish estime que "si une femme fait ça pour ĂȘtre heureuse, alors pourquoi pas?".

Ce médecin reconverti en 2018 à la chirurgie esthétique et réparatrice a reçu jusqu'à une trentaine de demandes par mois pour des fossettes, exclusivement de femmes. Elles "apportent un peu de bonheur", dit-il, et un peu de normalité dans un territoire habitué aux guerres et aux drames.

Mais qu'on ne s'y méprenne pas: si la chirurgie esthétique est en vogue chez certaines femmes gazaouies, "on ne devrait pas croire que les gens de Gaza font des opérations tous les jours".

Les fausses fossettes, et la chirurgie esthétique de façon générale, permettent "d'atténuer la souffrance mais il ne faut pas oublier qu'elle existe", insiste le chirurgien, qui opÚre davantage des Palestiniens défigurés lors de guerres et affrontements entre le Hamas et Israël.

AFP

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1 Commentaires
Sous perfusion onusienne et européenne la bande de Gaza
Sous perfusion onusienne et européenne la bande de Gaza
4 ans

dépense notre pognon dans la chirurgie esthétique !