Lassées de voir la Bible utilisée pour légitimer une "soumission des femmes", une vingtaine de théologiennes protestantes et catholiques se revendiquant également féministes se sont réunies pour publier "Une Bible des femmes".Le projet a été lancé à GenÚve par Elisabeth Parmentier et Lauriane Savoy, deux enseignantes de la Faculté de théologie fondée il y a plus de quatre siÚcles (1559) par Jean Calvin, le pÚre du protestantisme francophone.
"On a constaté autour de nous qu'il y avait énormément de méconnaissance des textes bibliques, beaucoup de gens qui ne les connaissent plus, ou bien qui pensent qu'ils sont complÚtement périmés et (...) plus du tout en adéquation avec les valeurs actuelles d'égalité, etc.", a expliqué à l'AFP Lauriane Savoy, 33 ans.
L'idée a donc été, poursuit-elle, de "montrer que les valeurs féministes et la lecture de la Bible ne sont pas incompatibles".
Vite rejointes par la théologienne catholique canadienne Pierrette Daviau, les deux protestantes genevoises ont réuni autour d'elles un panel de consoeurs venues de différents horizons à la fois géographiques, religieux et générationnels.
"On a voulu travailler de maniÚre oecuménique, on est des catholiques, des protestantes de différentes familles du protestantisme et venant de différents pays francophones, avec vraiment l'idée de représenter la diversité des femmes", a souligné Mme Parmentier, 57 ans.
- "Relents du patriarcat" -
Publiée il y a quelques semaines, "Une Bible des femmes" se veut également un hommage à un ouvrage au titre similaire: la "Woman's Bible", parue en 1898 sous la direction de la suffragette américaine Elizabeth Cady Stanton qui, déjà , s'indignait des interprétations masculines de la Bible.
"Nos chapitres scrutent des errances de la tradition chrétienne, des occultations, des traductions tendancieuses, des interprétations partiales, des relents du patriarcat qui ont pu mener à nombre de restrictions, voire d'interdits pour les femmes", expliquent les auteures en introduction de l'ouvrage.
"Dans un passage de l'Evangile selon Saint Luc, qui met en scĂšne Marthe et Marie (deux soeurs qui reçoivent la visite de JĂ©sus)", dĂ©taille par exemple Mme Parmentier, "il est Ă©crit que Marthe assure le +service+, on a donc dit que Marthe servait le repas alors que le terme grec diakonia peut Ă©galement avoir d'autres sens, par exemple signifier qu'elle Ă©tait peut-ĂȘtre diacre".
Autre exemple de lecture fĂ©ministe avec Marie-Madeleine ou Marie de Magdala. "C'est le personnage fĂ©minin qui revient le plus dans les Evangiles", rappelle Lauriane Savoy. "Elle reste avec JĂ©sus, y compris lorsqu'il va mourir sur la croix alors que tous les disciples hommes ont eu peur, c'est elle qui va au tombeau en premier et dĂ©couvre la rĂ©surrection (...) c'est un personnage fondamental alors qu'on l'a pourtant dĂ©crite comme une prostituĂ©e qui Ă©tait aux pieds de JĂ©sus, peut-ĂȘtre mĂȘme l'amante de JĂ©sus dans des fictions rĂ©centes", constate Mme Savoy.
Les thĂ©ologiennes prennent Ă©galement soin de replacer les textes dans leur contexte et leur portĂ©e, notamment quand elles relisent certaines lettres envoyĂ©es par Saint Paul aux communautĂ©s chrĂ©tiennes naissantes contenant des passages pouvant facilement ĂȘtre lus comme radicalement antifĂ©ministes.
"C'est comme si on prenait des lettres que quelqu'un envoie pour donner des conseils en considérant qu'ils sont valables pour l'éternité (...) c'est pour ça qu'on se bat contre une lecture littéraliste qui prend les textes au premier degré", affirme Mme Parmentier.
- "Questions d'aujourd'hui" -
Les théologiennes abordent ainsi la Bible à travers différentes thématiques: le corps, la séduction, la maternité, la subordination... Le livre s'achÚve en donnant la parole à Marie, la mÚre de Jésus.
Et Ă l'heure oĂč le mouvement #Metoo a redonnĂ© vigueur au combat fĂ©ministe, "chaque chapitre prend appui sur des questions existentielles des femmes, des questions qui se posent aujourd'hui", souligne encore Mme Parmentier.
Le livre se taille "un joli début de succÚs", se félicite son éditeur, Matthieu Mégevand, directeur de la maison d'édition protestante Labor et Fides.
D'un cÎté, "on est surpris car, quand on met le mot +Bible+ dans un titre, cela peut avoir tendance à rebuter", dit-il à l'AFP. "Mais on pensait aussi qu'il pouvait intéresser étant donné les problématiques féministes actuelles."
"Par rapport à celles qui disent que l'on doit jeter la Bible si l'on est féministe, nous, notre pari, c'est justement qu'il ne faut pas", insiste Mme Parmentier.
 - © 2018 AFP


