Une passion dévorante

A Memphis, les sosies d'Elvis se pressent pour "rendre hommage" au King

  • PubliĂ© le 15 aoĂ»t 2017 Ă  21:18
Matthew Boyce se prépare à entrer en scÚne pour le concours "Elvis Tribute Artists", le 12 août 2017 à Memphis (Tennessee)

Quand il enfile sa tenue à paillettes et qu'il arrive sur scÚne, déguisé en Elvis Presley et en imitant les pas de danse du "King", Matthew Boyce se sent comme un vrai super-héros.


"Si on joue un personnage, autant s'en inspirer", philosophe cet ado qui vient de finir le lycée, pendant qu'il se maquille, se coiffe et affine ses rouflaquettes, pour finir sa transformation en Elvis.
Matthew, comme des milliers d'autres participants au concours "Elvis Tribute Artists", se produit sur scÚne pour faire revivre le "King", décédé en 1977 aprÚs plus de 20 ans de gloire.
A seulement 18 ans, il est plus jeune que ne l'Ă©tait la lĂ©gende du rock quand elle a enregistrĂ© ses premiers disques. Mais Matthew explique "ĂȘtre tombĂ© dedans quand il Ă©tait petit", grĂące Ă  sa tante et de sa grand-mĂšre, deux fans du King.
A sept ans, il a donnĂ© ses premiers spectacles. A huit ans, il a commencĂ© Ă  ĂȘtre payĂ© pour cela.
Maintenant, il participe au concours "Elvis Tribute Artists" organisé à Memphis pour les 40 ans de la mort du King. Les vainqueurs remporteront entre 50 et 5.000 dollars selon leur catégorie: jeune, amateur ou professionnel.
Sur la scĂšne du New Daisy Theatre Ă  Memphis, vĂȘtu d'un des cĂ©lĂšbres costumes de couleur crĂšme d'Elvis, Matthew impressionne des femmes plus ĂągĂ©es que lui grĂące Ă  son dĂ©hanchĂ©.
La plupart de ses adversaires ont d'ailleurs l'Ăąge d'ĂȘtre son pĂšre. Certains ont mĂȘme plus de 70 ans, et ne sont nĂ©s qu'une petite dizaine d'annĂ©es aprĂšs leur idole.
Mais pour Matthew, cette passion n'a pas toujours été facile à assumer. Au collÚge, il était le "souffre-douleur" de ses camarades.


- 'Elvis m'aidait' -


"J'étais au plus bas", se souvient-il. "Mais je rentrais chez moi et les disques d'Elvis m'aidaient à me sentir mieux".
Matthew aime qualifier le Elvis Tribute Artists de "famille". Le culte que ses membres vouent Ă  Elvis est sans limite: pour eux, personne ne peut faire aussi bien que le King, dont la voix, l'aura et le charisme restent inimitables.
Les meilleurs sosies sont devenus eux-mĂȘmes des cĂ©lĂ©britĂ©s dans le monde des fans d'Elvis. Certains cĂ©lĂšbrent mĂȘme des mariages.
Mais cette carriÚre a également un coût. Matthew a dû prendre l'avion avec ses parents et son frÚre pour se rendre à Memphis depuis l'Etat de New York. Ses concerts peuvent lui rapporter entre 300 et 5.000 dollars, mais le costume à lui seul coûte 5.000 dollars.
A la rentrĂ©e il ira Ă  la fac, mais il s'imagine pouvoir quand mĂȘme continuer sa carriĂšre d'imitateur.
"J'en ai encore pour une bonne quinzaine d'années devant moi", jure-t-il.


- 'Bisous, cĂąlins et autographes' -


"On peut pas ĂȘtre Elvis Ă  jamais. Il y a un moment oĂč il faut s'arrĂȘter, oĂč les pas de danse vont ĂȘtre trop douloureux Ă  effectuer", dĂ©veloppe-t-il.
Contrairement à Matthew, Ron Tutor n'a pas été un sosie d'Elvis pendant la plus grande partie de sa vie. Ce coiffeur de 52 ans est imitateur à mi-temps depuis seulement quatre ans. Ce qu'il veut, c'est s'amuser et rencontrer les fans.
"Ils savent que nous ne sommes pas vraiment Elvis, mais ils nous traitent comme si c'était le cas. C'est génial: les bisous, les cùlins, les autographes", sourit-il juste avant de monter sur scÚne.
"Les imitateurs transmettent son héritage. Ils rendent hommage à son patrimoine", abonde Angela Todd, une fan absolue du rockeur, venue à Memphis depuis le Michigan pour l'anniversaire de sa mort.
Ron Tutor ne donne que deux spectacles par an. Il gagne "un peu d'argent de poche", mais c'est tout.
Pour le grand concours des 40 ans de la mort d'Elvis, et malgré la chaleur accablante du Tennessee, il a décidé de porter un blouson en cuir noir, accessoire préféré du King dans les années 60.
Le visage légÚrement écarlate, il reconnaßt avoir besoin "d'un peu de maquillage".
"Ca fait illusion sur scĂšne.J'en rigole souvent avec ma femme, je lui dis +tu sais quoi ? J'ai bien meilleure mine de loin, il ne faut pas faire de zoom sur moi+".
Dans tous les cas, les spectateurs adorent.

Par Jennie MATTHEW - © 2017 AFP

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