Irak

A Mossoul, les habitants sont des boucliers humains enfermés chez eux par l'EI

  • PubliĂ© le 11 mai 2017 Ă  18:21
Les troupes irakiennes contrĂŽlent chaque immeuble dans le quartier de al-Islah al-Zaraye dans l'ouest de Mossoul, le 10 mai 2017

Des maisons piĂ©gĂ©es Ă  l'explosif avec leurs habitants Ă  l'intĂ©rieur, des portes soudĂ©es pour empĂȘcher la population de fuir: les jihadistes du groupe Etat islamique se prĂ©parent Ă  l'assaut final des forces irakiennes sur Mossoul, oĂč les civils servent de boucliers humains.

Les troupes irakiennes progressent chaque jour un peu plus vers les ruelles étroites de la vieille ville, dernier bastion de l'EI dans Mossoul que ses combattants entendent défendre jusqu'à la mort, comme le leur a demandé leur leader Abou Bakr al-Bagdadi. Les habitants savent également l'issue proche mais pour eux, impossible de fuir.

"Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr) est venu chez nous et a soudĂ© la porte. Il nous ont donnĂ© un peu d'eau, un tissu blanc et ils nous ont dit: +Voici votre linceul+", a racontĂ© une habitante du quartier de Zinjili Ă  un de ses proches rĂ©sidant dans la partie est de Mossoul, reprise fin janvier par les forces irakiennes. Dans un message vocal, elle a confiĂ©, en pleurs, ĂȘtre prisonniĂšre dans sa propre maison, sans nourriture, avec son mari et ses quatre enfants, dont la plus ĂągĂ©e a 15 ans.

"Quand ils soupçonnent une famille de vouloir partir, ils les enferment chez eux. Et dans certains cas, ils soudent les portes", confirme un habitant du quartier Mashahda, dans la vieille ville, qui se présente sous le nom d'Abou Rami.

- Maisons piégées -

"Ces familles n'ont pas d'autre choix que de mourir de faim, de maladie ou de bombardement", soupire le jeune homme de 35 ans, joint au téléphone par l'AFP. L'EI mÚne cette stratégie de "détention" de civils "depuis peu", explique-t-il. Avec environ 600 hommes encore présents dans la partie ouest de la deuxiÚme ville du pays, selon le militant de la société civile Abdelkarim al-Obeidi, les jihadistes sont en sous-nombre face aux milliers de combattants des services antiterroristes (CTS), de l'armée et de la police fédérale.

Les boucliers humains sont leur défense. Environ 250.000 personnes sont retenues dans la vieille ville et dans la poignée de quartiers alentours contrÎlés par l'EI, estime M. Obeidi. Pour éviter un exode civil, les jihadistes ont également piégé des maisons à l'explosif, une tactique déjà largement utilisée contre les forces gouvernementales ces derniers mois pour endiguer leur progression.

"Les groupes de Daech piĂšgent les maisons avec leurs habitants Ă  l'intĂ©rieur", affirme le gĂ©nĂ©ral de division Thamer Abou Tourab, de la force de rĂ©action rapide du ministĂšre de l'IntĂ©rieur, Ă  un reporter de l'AFP Ă  Mossoul-Ouest. Depuis la percĂ©e lancĂ©e la semaine derniĂšre sur le nord-ouest de la ville, "on a dĂ©jĂ  trouvĂ© huit maisons comme ça, oĂč nos Ă©quipes de dĂ©minage ont dĂ©samorcĂ© des engins et libĂ©rĂ© les familles", souligne-t-il.

- "BientĂŽt les chiens" -

Cette stratĂ©gie de la terreur semble efficace. Les habitants qui ne sont pas enfermĂ©s dans leurs maisons par l'EI se terrent d'eux-mĂȘmes chez eux, dans les sous-sols avec les maigres rĂ©serves de nourriture qu'il leur reste. La situation alimentaire, dĂ©jĂ  prĂ©occupante au moment du lancement de l'offensive sur Mossoul mi-octobre, a Ă©tĂ© aggravĂ©e par les mois de combats. Mais "les gens de Daech ont tout ce qu'il faut parce qu'ils ont pillĂ© les maisons et ont pris les rĂ©serves de nourriture des habitants", remarque M. Obeidi, en prĂŽnant des parachutages de nourriture pour les civils.

"Actuellement, la faim tue plus de gens que les bombardements et les combats", estime Hossameddine al-Abbar, membre du conseil provincial de Ninive, la province dont Mossoul est la capitale. La peur et la faim hantent les ruelles de la vieille ville.

"DerriÚre les murs des maisons, il y a des piÚces entiÚres, des caves remplies de gens trop terrorisés pour partir. Et la faim les tue maintenant", souligne Abou Imad, un ancien employé de restaurant qui habite dans le quartier Zinjili avec sa femme et ses quatre enfants, joint au téléphone par l'AFP. "Je connais des gens qui ont commencé à manger des plantes et qui font bouillir du papier (pour le manger ensuite, ndlr)", confie-t-il: "A ce rythme, les gens mangeront bientÎt les chiens et les chats".

AFP

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