Irak

A Mossoul, une Saint-Valentin pas comme les autres

  • PubliĂ© le 14 fĂ©vrier 2017 Ă  21:40
Une membre de l'association Génération Renaissance distribue des ballons pour la Saint-Valentin dans une école à Mossoul le 14 février 2017

"Mes sentiments pour toi coulent comme un fleuve et couleront ainsi pour le restant de nos jours". Dans une Ă©cole de l'est de Mossoul, des jeunes Irakiens rĂ©citent des poĂšmes devant une foule d'Ă©lĂšves pour "fĂȘter l'amour" dans leur "ville libĂ©rĂ©e".

Des roses en plastique, des ballons et des stylos marquĂ©s de petits coeurs rouges circulent entre les mains. Des confettis de toutes les couleurs jonchent le sol et parsĂšment les chevelures. Un Ă©norme gĂąteau Ă  la crĂšme a mĂȘme Ă©tĂ© commandĂ© pour l'occasion au collĂšge-lycĂ©e Azzouhour (les fleurs, en arabe). "Ce 14 fĂ©vrier restera inoubliable!", s'Ă©meut Manal. "Je savais qu'il existait une fĂȘte cĂ©lĂ©brant l'amour mais c'est la premiĂšre fois qu'on a l'occasion d'y participer", raconte la lycĂ©enne, couverte d'un niqab qui laisse entrevoir des yeux couleur miel soulignĂ©s au khĂŽl.

"Organiser une fĂȘte avec des filles et des garçons dans la mĂȘme salle, de la musique, de la joie tout simplement, c'Ă©tait impensable il y a encore quelques mois", confie Nour, 14 ans. Mais l'insouciance des Ă©lĂšves contraste avec la crispation des organisateurs de cette Saint-Valentin "audacieuse", soucieux d'en assurer la sĂ©curitĂ©. Ils surveillent de prĂšs les quelques jeunes gens qui s'aventurent dans la cour et les somment de retourner Ă  l'intĂ©rieur.

Car des drones du groupe Etat islamique (EI) survolent toujours cette partie de la ville pourtant reconquise par les forces irakiennes il y a prĂšs un mois. L'organisation jihadiste "a menacĂ© de s'attaquer Ă  toutes les Ă©coles qui rouvraient, on n'est Ă  l'abri de rien ici, ils peuvent encore nous atteindre depuis la rive ouest ou avec des kamikazes", explique Farid, l'un des membre de Nahdat Jil (GĂ©nĂ©ration Renaissance), qui organise la fĂȘte.

Ce groupe de jeunes femmes et hommes de Mossoul, ùgés de 15 à 30 ans, est né il y a un mois, à travers les réseaux sociaux, et s'est donné pour objectif de déblayer des écoles et hÎpitaux détruits, repeindre des murs publics, planter des arbres et, d'une façon générale, faire revivre la ville meurtrie.

- "Effacer les traces de Daech" -

Rafal Mouzaffar a 26 ans et fait partie des quelque 300 volontaires du groupe. "Il faut effacer les traces de Daech, qu'elles soient visibles ou symboliques", dit-il, utilisant un acronyme en arabe de l'EI. Les inscriptions à la gloire du "califat" autoproclamé par l'EI en juin 2014 à Mossoul ont presque entiÚrement disparues des façades d'immeubles mais les cicatrices laissées par les jihadistes sont encore bien présentes dans les esprits.

"Nous essayons de mener des actions symboliques qui contrastent totalement avec tout ce qu'on a pu vivre pendant deux ans", affirme Rafal, vĂȘtue d'une longue tunique noire et d'un voile jaune. La semaine derniĂšre, le groupe, entiĂšrement formĂ© de jeunes musulmans, a entrepris de dĂ©blayer une grande Ă©glise, dite du "Titanic" Ă  cause de sa forme, "pour montrer qu'Ă  Mossoul nos diffĂ©rences sont une force", explique la jeune femme.

L'un des fondateurs du groupe, Mohamad Namoq, a Ă©tĂ© emprisonnĂ© et torturĂ© par l'EI pendant prĂšs de deux mois pour des poĂšmes jugĂ©s subversifs qu'il dĂ©clamait Ă  la radio. "MĂȘme si la menace pĂšse sur nous, rien ne peut nous empĂȘcher d'avancer et de crier haut et fort ce qu'il a fallu taire pendant longtemps", assure-t-il. A 17 ans, Hanine aussi est dĂ©terminĂ©e Ă  participer Ă  la reconstruction de sa ville. "Tous les jeunes doivent participer et pas seulement les garçons, les filles aussi!", s'exclame-t-elle.

Pouvoir fĂȘter la Saint-Valentin est "magique, car sans amour, comment peut-on vivre?", dit-elle en rigolant, avant de prĂ©ciser, soucieuse de faire bonne figure au cas oĂč elle "passerait Ă  la tĂ©lĂ©", qu'elle n'a pas de petit ami.

AFP

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