France

A Paris, de plus en plus de migrants afghans arrivent depuis l'Allemagne

  • PubliĂ© le 12 mai 2017 Ă  11:05
Des migrants durant l'évacuation le 9 mai 2017 du campement illicite installé Porte de la Chapelle à Paris

C'est un phénomÚne qui monte depuis quelques mois: de plus en plus d'Afghans déboutés de leur demande d'asile en Allemagne arrivent en France, "épuisés" et en bout de parcours migratoire.


Mardi à Paris, un peu plus de 1.600 migrants qui campaient porte de la Chapelle ont été évacués de leurs tentes insalubres. Parmi eux, des Soudanais, des Erythréens, mais aussi beaucoup d'Afghans, passés par le nord de l'Europe. "On a des gens déboutés d'Allemagne qui viennent aujourd'hui en France", a expliqué à l'AFP la ministre du Logement Emmanuelle Cosse."Le gros des arrivées vient d'Allemagne ces derniÚres semaines", assurait fin avril Valérie Le Boa, de l'association Utopia 56 qui vient de lancer un réseau d'hébergement citoyen.

Ali fait partie de ces nouveaux venus. "Tous les Afghans que vous voyez ici viennent de trois pays: l'Allemagne, la SuĂšde, la NorvĂšge", explique le jeune homme, lui-mĂȘme dĂ©boutĂ© aprĂšs 20 mois prĂšs de Munich. L'Allemagne, qui a reçu 130.000 demandes d'asile de la part d'Afghans l'an dernier, accorde dĂ©sormais le statut de rĂ©fugiĂ© Ă  moins de 50% d'entre eux. Par comparaison, en France, un peu plus de 6.000 demandes afghanes ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es par l'Office français de protection des rĂ©fugiĂ©s et apatrides (Ofpra) avec un taux de protection d'un peu plus de 80%.

- 'Plus rien Ă  perdre' -

Outre les déboutés, certains Afghans ont sans doute traversé la frontiÚre dans l'attente de l'instruction de leur demande. "Beaucoup de gens quittent l'Allemagne parce qu'ils ne sont pas pris en charge sur la durée", selon Mme Cosse. Ces exilés sont restés assez longtemps outre-Rhin pour parler correctement l'allemand. Contraints de repartir à zéro dans un nouveau pays, certains perdent espoir. "Si je suis refusé ici, je ne sais pas ce que je vais faire", soupire Ahmed, aprÚs deux ans en Allemagne.

"Il y a beaucoup d'Afghans Ă©puisĂ©s aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©s d'Allemagne, qui refusent une prise en charge, et sont en voie de clochardisation. Nous avons rencontrĂ© les autoritĂ©s consulaires afghanes qui sont elles-mĂȘmes prĂ©occupĂ©es", explique le directeur gĂ©nĂ©ral de l'Office français d'immigration et d'intĂ©gration (Ofii) Didier Leschi, selon qui 80% des Afghans rĂ©cemment arrivĂ©s ont laissĂ© leurs empreintes dans un autre pays, surtout dans le nord de l'Europe.

"Ce sont des jeunes, qui arrivent en bout de parcours, n'ont connu que la guerre... Ils n'ont plus rien Ă  perdre et sont prĂȘts a tout", ajoute-t-on du cĂŽtĂ© des associatifs qui travaillent dans le centre de premier accueil parisien, porte de la Chapelle, autour duquel le bidonville Ă©vacuĂ© mardi s'Ă©tait formĂ©.

Début avril, une violente rixe avait éclaté en pleine nuit autour du centre avec des Soudanais, qui accusaient les Afghans de "tenir" la file d'accÚs au dispositif humanitaire -- jusqu'à représenter 70% des hébergés dans le centre. Depuis le taux est redescendu à 40%.

- Aide au retour -

Logiquement, ces migrants devraient ĂȘtre pris en charge par le pays d'Europe oĂč ils sont enregistrĂ©s aux termes du rĂšglement dit "de Dublin". "S'agissant des personnes ayant fait l'objet d'une dĂ©cision en Allemagne, il convient que le rĂšglement de Dublin s'applique, car l'Ofpra n'a pas Ă  procĂ©der Ă  l'examen des demandes", assure le directeur gĂ©nĂ©ral de l'Ofpra Pascal Brice.
Mais les procédures sont longues et compliquées. Les migrants peuvent espérer que la procédure "tombe", au bout de six mois dans la plupart des cas.

D'autres abandonnent leur rĂȘve d'Europe, et se laissent convaincre de regagner leur pays, moyennant finance. "Une demande existe", assure M. Leschi.

C'est pourquoi l'Ofii s'apprĂȘte Ă  doubler, dĂšs la semaine prochaine, le pĂ©cule d'aide au retour, pour le porter Ă  2.000 euros. Le maximum, en intĂ©grant l'aide Ă  la rĂ©insertion, atteindrait ainsi 4.500 euros pour les Afghans. L'an dernier, lors du dĂ©mantĂšlement de la "Jungle" de Calais, 500 Afghans avaient acceptĂ© d'entrer dans le dispositif, souvent dĂ©criĂ© par les dĂ©fenseurs des migrants. L'Ofii espĂšre cette fois en convaincre un millier.

AFP

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