Changement climatique

A son dernier jour, la COP28 bien partie pour jouer les prolongations

  • PubliĂ© le 12 dĂ©cembre 2023 Ă  11:00
  • ActualisĂ© le 12 dĂ©cembre 2023 Ă  11:31
Des militants protestent contre les énergies fossiles en marge de la COP28, le 5 décembre 2023 à Dubaï

La COP28, censée se terminer mardi, semble bien partie pour jouer les prolongations alors qu'un compromis sur les énergies fossiles est encore loin de se dégager à Dubaï, le dernier projet d'accord mis sur la table étant jugé par beaucoup trop faible pour répondre à la crise climatique.

La prĂ©sidence Ă©miratie de la grande confĂ©rence des Nations Unis sur le climat avait proposĂ© lundi un nouveau texte, susceptible d’accommoder les pays pĂ©troliers emmenĂ©s par l'Arabie saoudite mais aussitĂŽt jugĂ© loin d'ĂȘtre assez ambitieux par les EuropĂ©ens, les AmĂ©ricains ou encore les Etats insulaires.

Le document proposé par Sultan Al Jaber, président de la COP28 et également patron de la compagnie pétrogaziÚre émiratie Adnoc, laisse toute latitude aux pays pour choisir leur maniÚre de "réduire" des énergies fossiles.

Ce document de 21 pages ne fixe plus aucun objectif commun de "sortie" du pétrole, du gaz et du charbon, pourtant envisagé dans les versions antérieures.

Le texte est "inacceptable" et "bien en deçà de l'ambition nécessaire pour maintenir nos ßles au-dessus de la surface des eaux", a dénoncé mardi Joseph Sikulu, responsable pour le Pacifique de l'ONG 350.org.

C'est "une insulte pour ceux d'entre nous qui sont venus ici pour se battre pour leur survie", selon le militant.

- "Jusqu'Ă  la fin" -

Mardi matin, diplomates et ministres usés par les nuits sans sommeil cherchaient comment faire avancer les pourparlers. Un nouveau texte, fruit d'échanges nocturnes au 13e jour du sommet, est espéré dans la journée de mardi, selon des délégués. Mais le pari de Sultan Al Jaber d'obtenir un accord historique à 11h (heure de La Réunion), jour anniversaire de l'accord de Paris, est désormais perdu.

La COP28 semble donc bien partie pour jouer les prolongations, comme c'est souvent le cas pour ces conférences. Une mauvaise nouvelle pour les négociateurs épuisés et pour les petites délégations, qui n'ont pas toujours les moyens de prolonger leur séjour.

Une représentante des ßles Marshall a cependant confié à l'AFP avoir l'intention de rester "jusqu'à la fin". "Nous sommes préparés à rester un peu plus longtemps", a aussi assuré la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock.

Il reste désormais à tenter de trouver une formule susceptible de satisfaire des pays aux vues divergentes. Une minorité de pays producteurs d'hydrocarbures, emmenés par l'Arabie saoudite, s'oppose à toute formulation ciblant explicitement la principale source de leurs revenus.

L'Union europĂ©enne juge de son cĂŽtĂ© le projet "insuffisant" et les Etats-Unis appellent Ă  "substantiellement" le renforcer. ONG et experts dĂ©noncent un projet Ă©numĂ©rant des options non contraignantes, une "liste de courses" ou un "menu Ă  la carte" mettant sur le mĂȘme pied le dĂ©veloppement du solaire de l'Ă©olien, du nuclĂ©aire, de l'hydrogĂšne ou celui des techniques de captage de carbone.

Balbutiantes, ces derniĂšres sont plĂ©biscitĂ©es par l'industrie fossile et les pays producteurs, Arabie saoudite en tĂȘte, mais n'auront qu'un faible impact dans la dĂ©cennie cruciale en cours.

- "Ouverture" -

"Je suis surpris par le manque d'ambition", confie encore un négociateur occidental. Mais une source à la présidence émiratie de la COP28 juge que cela fait partie du jeu des négociations: "C'est un mouvement d'ouverture", observe-t-elle, dans une comparaison au jeu d'échecs.

"Nous avons fait des progrÚs mais nous avons encore beaucoup à faire", a admis Sultan Al Jaber qui cherche le point d'équilibre entre l'Arabie saoudite et ses alliés, face à la centaine de pays en faveur de la sortie des énergies fossiles.

Les yeux sont également tournés vers la Chine et les Etats-Unis, les deux premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre (41% à eux deux).

En novembre, les deux puissances s'étaient accordées pour éviter de parler de "sortie" des énergies fossiles mais soulignaient le rÎle des énergies renouvelables pour les remplacer progressivement.

Des progrÚs sur les objectifs énergétiques sont aussi suspendus aux avancées parallÚles d'autres textes négociés, notamment sur l'adaptation aux conséquences du réchauffement climatique et sur l'aide financiÚre aux pays développements, cruciaux pour convaincre le Sud d'accepter un accord.

AFP

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