"Etre là pour montrer qu'on n'est pas à terre". Comme Jonathan, 25 ans, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées dimanche matin dans le centre de Strasbourg pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de mardi soir.
"On voulait ĂȘtre lĂ pour montrer qu'on n'est pas Ă terre et qu'on continue de vivre, mĂȘme si c'est difficile et c'est pesant", explique Jonathan, qui a Ă©tĂ© confinĂ© dans son quartier du Neudorf, oĂč a Ă©tĂ© pourchassĂ© puis tuĂ© l'auteur prĂ©sumĂ© de l'attentat, ChĂ©rif Chekatt.
"On est aussi lĂ pour les victimes, ça aurait pu ĂȘtre nous. On aurait pu ĂȘtre sur le marchĂ© de NoĂ«l", poursuit le jeune homme, venu avec deux amies sur la place KlĂ©ber, recouverte de neige, au centre de Strasbourg.
La plupart des personnes rĂ©unies au pied du gigantesque sapin illuminĂ© de la place KlĂ©ber, emblĂ©matique du marchĂ© de NoĂ«l de Strasbourg, oĂč une petite scĂšne a Ă©tĂ© installĂ©e, affichait une grande Ă©motion, beaucoup avec les larmes aux yeux. Une photo de Kamal Naghchband, garagiste de 45 ans tuĂ© devant sa femme et ses enfants, Ă©tait visible. L'attentat a fait quatre morts, une personne en Ă©tat de mort cĂ©rĂ©brale et onze blessĂ©s, dont certains encore dans un Ă©tat grave.
Au milieu de la place, la statue du général Kléber a vu son socle devenir depuis plusieurs jours un mémorial improvisé empli de bougies, fleurs et messages aux victimes.
Minute de bruit
"C'est dur", lĂąche, dans un souffle, Laura 55 ans.
Elle est venue "pour réagir, pour dire qu'on résiste, que ce sont nos valeurs qu'on défend, des valeurs d'inclusion et pas de rejet, ni de xénophobie". Au bout de quelques mots, sa voix se serre et des larmes lui montent aux yeux.
Durant environ 50 minutes, la cérémonie, décidée et organisée par plusieurs associations de défense des droits de l'Homme, avec le soutien et l'aval de la mairie et de la préfecture, a alterné chants, musique et lectures de texte.
A la fin, une "minute de bruit", avec applaudissements et cris, a remplacĂ© la traditionnelle minute de silence. Un moment de bruit "aprĂšs ces jours de silence, pour accompagner notre dĂ©termination Ă ĂȘtre Strasbourg, ensemble et solidaire", a expliquĂ© Christine Panzer, prĂ©sidente de l'association ASTU (Actions citoyennes interculturelles) et organisatrice.
La foule a ensuite spontanément chanté La Marseillaise.
"Strasbourg, notre ville ouverte, capitale des droits humains, a été touchée en plein c?ur par le fanatisme (?) Nous refusons tout discours de haine pour lutter contre les forces obscures", avait déclaré au début du rassemblement Christine Panzer.
Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a estimĂ© que "la prĂ©sence samedi d'une foule extrĂȘmement nombreuse dans les allĂ©es du marchĂ© de NoĂ«l a constituĂ© une illustration de notre attachement Ă ce socle de valeurs sur lequel repose notre vivre-ensemble, que nous continuerons Ă dĂ©fendre contre tous ceux qui veulent l'attaquer".
FermĂ© mercredi et jeudi, le marchĂ© de NoĂ«l de Strasbourg, qui attire chaque annĂ©e des milliers de touristes, a rouvert vendredi. Samedi, la foule, mĂȘme un peu moins compacte qu'auparavant, Ă©tait effectivement de retour dans les allĂ©es de cabanons en bois vendant vin chaud, petits gĂąteaux et dĂ©corations de NoĂ«l.
AprÚs la venue vendredi du président de la République, Emmanuel Macron, place Kléber, pour un moment de recueillement et sur le marché, samedi le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, (LREM) s'est également rendu à Strasbourg avec sa famille. "Pour dire que, comme eux, je pense que malgré la douleur, malgré les épreuves, malgré le terrorisme, la vie doit continuer", a-t-il déclaré.
Mardi soir, Chérif Chekatt a pénétré dans le centre historique de Strasbourg, armé d'un pistolet et d'un couteau et a attaqué des passants à plusieurs endroits, avant de parvenir à s'enfuir. AprÚs 48 heures de traque, il a été tué par des policiers jeudi soir dans une rue du quartier du Neudorf, au sud du centre-ville.
AFP

