Tennis féminin mondial

Affaire Peng Shuai : la WTA se met en pĂ©ril en Chine

  • PubliĂ© le 19 novembre 2021 Ă  13:37
  • ActualisĂ© le 19 novembre 2021 Ă  14:22
La Chinoise Peng Shuai lors de son match de simple dames contre la Roumaine Monica Nicolescu en 16e de finale à l'Open de Chine, à Pékin, le 4 octobre 2017.

La WTA, qui rĂ©git le tennis fĂ©minin mondial, met en pĂ©ril un de ses plus gros marchĂ©s en menaçant de se retirer de Chine aprĂšs la disparition de la championne Peng Shuai, mĂȘme si les consĂ©quences financiĂšres pourraient ĂȘtre limitĂ©es.

Avant le Covid, la Women's Tennis Association organisait 10 tournois chaque année en Chine (sur plus de 60), notamment son Masters de fin de saison, le plus lucratif, à Shenzhen (sud). Des tournois dotés au total de 30 millions de dollars (26,4 millions d'euros).

L'organisation s'est fait entendre aprÚs la disparition de Peng Shuai, ex-N.1 mondiale en double, qui a accusé début novembre un ancien haut responsable du Parti communiste chinois, Zhang Gaoli, de l'avoir notamment contrainte à un rapport sexuel.

La WTA a demandĂ© une enquĂȘte "transparente et juste" sur ces accusations. Son PDG, Steve Simon, a Ă©galement menacĂ© jeudi, sur CNN, de retirer ses compĂ©titions du pays. "Nous sommes tout Ă  fait prĂȘts Ă  retirer (de Chine) nos activitĂ©s et Ă  faire face Ă  toutes les complications qui en dĂ©coulent", a affirmĂ© le patron du tennis fĂ©minin. "Parce que c'est (ces accusations) plus important que les affaires", a dĂ©clarĂ© M. Simon Ă  la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine.

M. Simon a de plus mis en doute l'authenticité d'un courriel attribué par un média chinois à la joueuse, dans lequel elle entendait rassurer sur son sort et retirait ses accusations contre M. Zhang. "Je ne crois pas du tout que ce soit la vérité", a indiqué M. Simon, qualifiant de "mise en scÚne" le message en question.

- Représailles -

Cette prise de position forte risque de provoquer la colÚre de la Chine, expliquent plusieurs experts à l'AFP, au vu des représailles menées par le pays envers d'autres sportifs qui se sont montrés critiques du régime.

La plateforme sport de Tencent, géant technologique chinois, ne diffuse plus les matches de NBA des Boston Celtics, depuis qu'un de ses basketteurs, Enes Kanter, a qualifié le président Xi Jinping de "dictateur brutal" et condamné la politique chinoise au Tibet. La NBA avait perdu 200 millions de dollars (170,25 millions d'euros), lorsque Daryl Morey, alors manager général des Houston Rockets, avait tweeté en 2019 son soutien aux manifestants à Hong Kong.

La Premier League a aussi Ă©tĂ© touchĂ©e lorsque l'ancien milieu d'Arsenal, Mesut Özil, a condamnĂ© le traitement rĂ©servĂ© aux OuĂŻghours, une ethnie musulmane du nord-ouest de la Chine. Au regard de ces Ă©vĂ©nements, la position de la WTA est "trĂšs inhabituelle", dĂ©clare Simon Chadwick, spĂ©cialiste du financement du sport Ă  l'EMlyon Business School. "Les autoritĂ©s chinoises n'aiment pas qu'on leur dise quoi faire."

Selon la revue américaine Sports Illustrated, la Chine représentait avant la pandémie un tiers des revenus de la WTA, un chiffre contesté par Steve Simon. "Nous tirons beaucoup de revenus de la Chine", a-t-il simplement indiqué au magazine Time.

- Un risque calculé? -

Mais, dans un contexte marquĂ© par la possibilitĂ© d'un boycott diplomatique par les Etats-Unis des Jeux olympiques d'hiver prĂ©vus en fĂ©vrier Ă  PĂ©kin, la WTA prend peut-ĂȘtre un risque calculĂ©. Le tennis fĂ©minin est moins dĂ©pendant du marchĂ© chinois que la NBA, trĂšs populaire en Chine, selon M. Chadwick.

D'autant que PĂ©kin a peu de moyens de pression envers l'organisation: les compĂ©titions sont dĂ©jĂ  suspendues depuis deux ans pour cause d'Ă©pidĂ©mie. Et les tournois fĂ©minins ne semblent pas prĂšs de revenir en Chine compte tenu des rĂšgles sanitaires extrĂȘmement strictes observĂ©es dans le pays.

La WTA "a appris Ă  vivre sans la Chine", selon Mark Dreyer, du site China sports insider, "les consĂ©quences de sa prise de position sont moins importantes aujourd'hui que ce qu'elles auraient pu ĂȘtre par le passĂ©".

Les autoritĂ©s pourraient adopter une approche moins intrusive, comme empĂȘcher les internautes chinois de commenter les matches Ă  l'Ă©tranger, explique le blogueur chinois Ouyang Wensheng, spĂ©cialiste du tennis.

Depuis quelques jours, des figures du tennis mondial ont exprimé leur inquiétude envers Peng Shuai sur Twitter, sous le hashtag #WhereIsPengShuai. La censure chinoise a supprimé la moindre trace des accusations de la joueuse sur les réseaux sociaux. La publication originellement postée sur Weibo a été supprimée rapidement et l'AFP n'a pas pu vérifier son authenticité.

Depuis, la joueuse n'a pas directement communiqué ou fait d'apparition publique et Zhang Gaoli n'a jamais réagi publiquement aux accusations. Les autorités chinoises, la Fédération nationale de tennis ainsi que la WTA n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

AFP

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