États-Unis

Agressions sexuelles: l'Etat de New York attaque le studio Weinstein

  • PubliĂ© le 12 fĂ©vrier 2018 Ă  07:40
  • ActualisĂ© le 12 fĂ©vrier 2018 Ă  09:11
Le producteur américain  Harvey Weinstein le 16 décembre 2013 à Los Angeles

Le procureur de l'Etat de New York a assigné dimanche en justice le studio fondé par Harvey Weinstein et son frÚre Robert, pour ne pas avoir protégé ses employés face au harcÚlement sexuel et aux intimidations du tout puissant-producteur de cinéma.


Cette assignation, quatre mois aprÚs le début de l'affaire Weinstein, pourrait avoir pour effet immédiat de bloquer un projet de reprise du studio, The Weinstein Company, que le procureur décrit comme "imminent" mais qui ne prévoit pas selon lui d'indemnisation suffisante des victimes. Le procureur, Eric Scheiderman, a ainsi souligné dimanche avoir des "éléments substantiels" pour penser que le projet ne prévoyait pas une indemnisation "adéquate" des victimes et que certains responsables ayant "une responsabilité partagée" dans le comportement de Harvey Weinstein pourraient à nouveau "avoir des postes de responsabilité dans la nouvelle entité".

Le groupe d'investisseurs à l'origine de ce projet de rachat, d'un montant de 500 millions de dollars, est emmené par une ancienne responsable de l'administration Obama, Maria Contreras-Sweet. Selon cette assignation qui vise The Weinstein Company (TWC) et Harvey et Robert Weinstein, tous trois sont accusés de violations des droits de l'homme, des droits individuels, et du droit du travail. "The Weinstein Company a violé à plusieurs reprises le droit new-yorkais en ne protégeant pas ses employés d'un harcÚlement sexuel invasif, des intimidations et de la discrimination", affirme Eric Schneiderman, cité dans un communiqué.

- Ressources humaines saisies en vain -

"Bien que de nombreuses plaintes eurent été déposées auprÚs du département des ressources humaines et que la direction eut été largement au courant de ses agissements, les responsables de TWC et son conseil d'administration n'ont pas pris de mesures significatives pour protéger les employés de la société et mettre fin au comportement" de Harvey Weinstein, ajoute-t-il.

L'assignation cite plusieurs cas oĂč des employĂ©es de TWC ont portĂ© plainte, en vain, auprĂšs du dĂ©partement des ressources humaines de la sociĂ©tĂ©, aprĂšs qu'Harvey Weinstein les ait obligĂ©es Ă  des attouchements ou d'autres contacts sexuels. Cette action devant la cour suprĂȘme de New York marque l'aboutissement de quatre mois d'enquĂȘte, au cours de laquelle des employĂ©s, des cadres et des victimes de Harvey Weinstein ont Ă©tĂ© interrogĂ©s, et les archives et mails de la sociĂ©tĂ© passĂ©s au peigne fin, a encore prĂ©cisĂ© le bureau du procureur.

L'enquĂȘte a notamment montrĂ© qu'un groupe d'employĂ©es de TWC avait "pour tĂąche principale" d'accompagner Harvey Weinstein Ă  des Ă©vĂšnements et de faciliter ses conquĂȘtes". Une femme de l'entourage d'Harvey Weinstein a aussi fait spĂ©cialement le dĂ©placement de Londres Ă  New York pour enseigner Ă  ses assistantes "comment s'habiller et sentir bon" pour le producteur, selon le communiquĂ©.

Un autre groupe essentiellement féminin "était obligé de prendre diverses mesures pour aider à satisfaire son activité sexuelle", notamment en envoyant des textos et en gardant toujours libres quelques plages-horaires dans son agenda. Ses chauffeurs à New York et à Los Angeles devaient par ailleurs avoir toujours des préservatifs et des injections contre les problÚmes d'érection à disposition dans leur véhicule, selon le bureau du procureur.

- Weinstein se 'défendra vigoureusement' -

Depuis les premiÚres révélations du New York Times début octobre, plus d'une centaine de femmes, dont des célébrités comme Ashley Judd, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek, ont accusé Harvey Weinstein de les avoir harcelées, agressées ou violées, souvent il y a des années, voire des décennies.

Plusieurs victimes prĂ©sumĂ©es l'ont assignĂ© en justice. Le producteur, aujourd'hui ĂągĂ© de 65 ans et que sa femme a quittĂ©, est aussi sous le coup d'enquĂȘtes menĂ©es par les polices de New York, Los Angeles et Londres, mĂȘme s'il n'a fait l'objet d'aucune inculpation jusqu'ici. Face Ă  ces accusations, qui ont donnĂ© naissance au puissant mouvement anti-harcĂšlement #MeToo, les avocats d'Harvey Weinstein ont toujours dĂ©menti qu'il ait eu des rapports sexuels non consentis.

Dimanche, le plus cĂ©lĂšbre d'entre eux, Benjamin Brafman --qui avait obtenu l'abandon des poursuites contre Dominique Strauss Kahn dans l'affaire du Sofitel-- a assurĂ© que, "si le comportement de Harvey Weinstein n'a pas Ă©tĂ© irrĂ©prochable, il n'y avait certainement rien de criminel, et Ă  la fin de l'enquĂȘte il apparaĂźtra clairement que Harvey Weinstein a promu plus de femmes Ă  des rĂŽles-clĂ© que tout autre responsable du secteur".

Brafman a aussi prĂ©venu que si l'enquĂȘte visait Ă  "faire de M. Weinstein un bouc-Ă©missaire, il se dĂ©fendrait vigoureusement". Le producteur dĂ©chu, invisible depuis que le scandale a Ă©clatĂ© dĂ©but octobre, serait actuellement en traitement contre les addictions sexuelles dans un centre spĂ©cialisĂ© de l'Arizona.

AFP

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