Le changement climatique et ses chaleurs extrĂŞmes, facteurs aggravants des secheresses en Europe

  • PubliĂ© le 23 juillet 2026 Ă  09:26
  • ActualisĂ© le 23 juillet 2026 Ă  09:27
Un champ où le blé n'a pas poussé à cause de la sécheresse, le 26 février 2024 à Lentini, en Sicile

Le changement climatique provoqué par les activités humaines a intensifié l’importante sécheresse que subit l’Europe, les chaleurs records, et non le manque de précipitations, étant l’origine principale de la crise, indique jeudi une équipe internationale de scientifiques.

Depuis plusieurs semaines voire mois selon les régions, l’Europe connaît une sécheresse des sols particulièrement marquée, entraînant des incendies de forêt dévastateurs, des rivières à sec et des pertes de récoltes, après qu’une vague de chaleur historique a frappé une grande partie du continent en juin.

Une étude du World Weather Attribution (WWA), regroupant des climatologues de plusieurs institutions de renom, révèle que ces chaleurs torrides ont provoqué une évaporation de l’eau des sols et des rivières plus rapide que dans un monde sans changement climatique, augmentant ainsi la probabilité de conditions d’aridité extrême.

Les scientifiques d'Europe, des Etats-Unis et du Royaume-Uni se sont basés sur des données météorologiques et des modèles informatiques afin de comparer une sécheresse dans le monde actuel, plus chaud, à un climat qui était plus frais de 1,4°C - soit le niveau de réchauffement actuel de la planète depuis la période 1850-1900.

"Nos résultats montrent que cette sécheresse ne résulte pas principalement de faibles précipitations, mais d’une atmosphère plus chaude qui entraîne un déficit d’humidité accru des sols", a expliqué lors d’un point presse Mariam Zachariah, chercheuse à l’Imperial College de Londres et une de coauteurs de l’étude.

"Cela signifie que même dans les régions où les précipitations ont peu varié ou même pourraient augmenter selon les prévisions saisonnières, le risque de sécheresse continue d’augmenter", a-t-elle ajouté.

Cela s(explique par le fait qu’une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau - environ 7% de plus pour chaque hausse de température de 1°C.

- Atmosphère assoiffée -

Les scientifiques signalent que le changement climatique rend plus fréquents et plus intenses les phénomènes destructeurs tels que les sécheresses, les inondations et les vagues de chaleur, et que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde.

Le mois dernier a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale, selon le service Copernicus sur le changement climatique, avec une vague de chaleur brutale ayant entraîné des milliers de décès supplémentaires.

Juin 2026 a aussi été particulièrement sec pour les sols en Europe centrale, montre une analyse des données de l’Observatoire européen de la sécheresse conduite par l’AFP. Plus de 98% du territoire kosovar a été affecté en moyenne, un record à cette époque de l’année, de même que pour le Monténégro, dont 93% des sols étaient touchés, ainsi que pour la Hongrie ou l’Autriche. En France métropolitaine, 70% du territoire a été touché à différents niveaux.

Une atmosphère plus chaude est aussi une atmosphère plus "assoiffée", qui extrait davantage l’humidité des sols, même dans les régions ayant connu un hiver relativement humide, a précisé Dominik Schumacher, coauteur de l’étude et chercheur à l’ETH Zurich.

"Si l’air devient de plus en plus chaud, il assèche les sols. Ensuite, la température monte encore et les sols s’assèchent davantage", a-t-il expliqué aux journalistes. Cet assèchement rapide a également rendu les sols plus propices aux incendies de forêt, a-t-il ajouté.

Une telle aridité extrême des sols est aujourd’hui cinq fois plus probable en Europe occidentale que dans un monde sans changement climatique, ont conclu les scientifiques du WWA. En Europe de l’Est, la probabilité est 11 fois plus élevée.

Quant à la demande évaporative - c’est-à-dire la capacité de l’atmosphère à extraire l’humidité du sol et des plantes - observée entre avril et juin en Europe de l’Ouest, elle est devenu 80 fois plus probables dans le climat réchauffé actuel.

"Comme l’atmosphère est désormais plus "assoiffée", un même déficit de précipitations, qui n’aurait peut-être pas provoqué de sécheresse dans le climat préindustriel, peut aujourd’hui entraîner une période de sécheresse plus sévère", conclut Mariam Zachariah.

"L’aggravation des sécheresses constitue un signal d’alarme impossible à ignorer, indiquant que notre planète est en surchauffe alors que la crise climatique s’aggrave rapidement, affectant les prix des denrées alimentaires, les systèmes énergétiques et le transport fluvial", a souligné Simon Stiell, président de l’ONU Climat, cité dans le communiqué du WWA.

AFP

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