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Antilles: l'Etat, "premier responsable" de la pollution au chlordécone, selon un rapport

  • PubliĂ© le 26 novembre 2019 Ă  11:55
Une bananeraie en Guadeloupe en avril 2018

L'Etat est "le premier responsable" de la pollution au chlordĂ©cone, un insecticide qui a contaminĂ© les sols de Guadeloupe et de Martinique pour des dĂ©cennies, selon les premiĂšres conclusions prĂ©sentĂ©es mardi d'un rapport d'une commission d'enquĂȘte parlementaire.


AprĂšs six mois d'auditions sur ce qu'Emmanuel Macron a lui-mĂȘme qualifiĂ© de "scandale environnemental", les membres de la commission d'enquĂȘte se rĂ©unissent dans la matinĂ©e pour valider le rapport final, dont les conclusions et prĂ©conisations seront prĂ©sentĂ©es par la rapporteure, la dĂ©putĂ©e Justine Benin (MoDem), en fin d'aprĂšs-midi.
La commission d'enquĂȘte parlementaire, prĂ©sidĂ©e par le dĂ©putĂ© PS de Martinique Serge Letchimy, Ă©tait notamment chargĂ©e de mieux comprendre comment le chlordĂ©cone, un insecticide dangereux, perturbateur endocrinien et cancĂ©rogĂšne probable, a pu ĂȘtre autorisĂ© entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles. D'autant que sa toxicitĂ© et son pouvoir persistant dans l'environnement Ă©taient connus depuis 1975, lorsque les Etats-Unis ont dĂ©cidĂ© de l'interdire, et "mĂȘme avant", selon Mme Benin.
"Indéniablement, l?Etat est le premier responsable", pour avoir autorisé la vente de ce produit, a expliqué Justine Benin en présentant les grandes lignes du rapport à l'AFP, mais "ces responsabilités sont partagées avec les acteurs économiques. Les industriels d'abord, mais aussi les groupements de planteurs et certains élus, qui ont défendu jusqu'au bout l'usage du chlordécone, qu'ils considéraient à tort comme un produit miracle sans possibilité d?alternative".
PrÚs de 40 ans aprÚs, 95% des Guadeloupéens et 92% des Martiniquais sont aujourd'hui, selon Santé Publique France, contaminés par le produit, qui a aussi des incidences sur le développement des enfants exposés pendant la grossesse, avec une hausse des risques de prématurité notamment.
Une pollution source d'angoisse pour la population, car le chlordĂ©cone se retrouve aussi dans l'eau, certains lĂ©gumes, viandes et poissons, entraĂźnant des interdictions de cultiver certains produits et des interdictions de pĂȘche, aux consĂ©quences Ă©conomiques importantes.
Le gouvernement a pris conscience de ce désastre sanitaire: en septembre 2018 aux Antilles, Emmanuel Macron jugeait cette pollution "fruit d'un aveuglement collectif", dans lequel l'Etat "a sa part de responsabilité".
- Fonds d'indemnisation -
AuditionnĂ©s par la commission d'enquĂȘte, plusieurs ministres ont aussi reconnu la faute de l'Etat, Ă  "une Ă©poque oĂč la SantĂ© publique pesait moins dans les dĂ©cisions qu'aujourd'hui", a avancĂ© la ministre de la SantĂ© AgnĂšs Buzyn.
Parmi les prĂ©conisations du rapport, des mesures pour amĂ©liorer la prĂ©vention sont annoncĂ©es, ainsi que des mesures de rĂ©paration des prĂ©judices Ă©conomiques, notamment pour les filiĂšres de l'agriculture et de la pĂȘche, pour lesquelles un fonds d'indemnisation est proposĂ©.
En matiĂšre de rĂ©paration pour les malades, la crĂ©ation d'un fonds d'indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques, inscrite dans le projet de loi de finances de la SĂ©curitĂ© sociale pour 2020 rĂ©cemment adoptĂ© en premiĂšre lecture par l'AssemblĂ©e nationale, apporte une premiĂšre rĂ©ponse. Mais celle-ci est "limitĂ©e" et "incomplĂšte", ont dĂ©plorĂ© les membres de la commission d'enquĂȘte lors des auditions.
Le rapport recommande aussi de faire de la recherche sur le chlordĂ©cone une prioritĂ©, notamment dans le domaine de la santĂ©, oĂč des questions demeurent sur le caractĂšre cancĂ©rogĂšne du produit, mais aussi sur les possibilitĂ©s de dĂ©polluer les sols, pour l'instant inexistantes.
Pour le député Serge Letchimy, "les moyens mis en oeuvre par l'Etat pour lutter contre ce drame n'ont aujourd'hui rien à voir avec la gravité de la question". "Les Guadeloupéens et Martiniquais attendent la vérité. Ils exigent des réponses claires sur ce qu'ils vivent depuis des années comme un drame écologique, sanitaire et économique", explique Mme Benin, qui veut que ce rapport leur apporte "des perspectives de développement et de solutions pour sortir de cette pollution".
AprÚs les insuffisances constatées des Plans Chlordécone successifs mis en place par l'Etat depuis 2008, toutes ces recommandations devront s'inscrire dans le quatriÚme Plan prévu en 2020. "Nous n'avons pas droit à l'erreur", insiste Mme Benin.

Par Michelle FITZPATRICK - © 2019 AFP
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