La RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine (Fed) devrait baisser ses taux d'intĂ©rĂȘt mercredi Ă l'issue d'une rĂ©union dĂ©jĂ atypique au cours de laquelle vont voter un conseiller de Donald Trump fraĂźchement intronisĂ© et une gouverneure qui a failli en ĂȘtre exclue.
Les investisseurs anticipent depuis plusieurs semaines une baisse des taux directeurs de la banque centrale des Etats-Unis, la premiÚre de 2025, qui a paru s'imposer aprÚs des rapports montrant une dégradation du marché du travail.
Mais ces enjeux économiques ont en partie été éclipsés par une cascade d'événements qui ont secoué l'institution monétaire, censée oeuvrer à l'abri des interférences politiques.
D'abord, la démission surprise d'une gouverneure, Adriana Kugler, a permis au président Donald Trump de placer à la Fed Stephen Miran, un de ses fidÚles.
M. Miran a prĂ©venu qu'il ne dĂ©missionnerait pas de son poste Ă la tĂȘte du ComitĂ© des conseillers Ă©conomiques (CEA) de la Maison Blanche, mais prendrait seulement un congĂ© sans solde, son mandat Ă la Fed ne devant durer que quelques mois.
Le maintien de ce lien avec la présidence a révolté l'opposition démocrate, pour qui il ne fera qu'appliquer les injonctions de Donald Trump à baisser les taux.
Le SĂ©nat Ă majoritĂ© rĂ©publicaine s'est dĂ©pĂȘchĂ© de confirmer la nomination de Stephen Miran lundi soir, ce qui lui a permis de prĂȘter serment mardi matin, juste Ă temps pour participer au premier des deux jours de rĂ©union de la Fed.
La gouverneure Lisa Cook, nommée sous le démocrate Joe Biden, a su aussi à la derniÚre minute qu'elle pourrait bien honorer ce rendez-vous incontournable de la politique monétaire américaine.
AccusĂ©e par le camp prĂ©sidentiel d'avoir menti Ă des banques pour obtenir des prĂȘts immobiliers personnels, Mme Cook affronte Donald Trump devant la justice pour rester en place.
Une cour d'appel a rejetĂ© lundi soir une requĂȘte visant Ă l'empĂȘcher de siĂ©ger.
La Maison Blanche a jurĂ© de porter l'affaire jusqu'Ă la Cour suprĂȘme, dont Donald Trump a cimentĂ© la majoritĂ© conservatrice lors de son premier mandat.
- Divisions -
En parallÚle, l'équation économique s'est compliquée.
L'an dernier Ă la mĂȘme Ă©poque, la Fed avait baissĂ© ses taux d'un demi-point d'un coup, puis d'un quart de point en novembre et un quart de point en dĂ©cembre.
Elle avait ensuite tout mis sur pause, arguant que l'incertitude entourant les conséquences des politiques de Donald Trump était trop forte pour déterminer la direction de l'économie et la réponse monétaire appropriée.
Les derniers rapports officiels sur l'emploi semblent avoir convaincu la majorité des banquiers centraux qu'il était temps de redonner un peu d'air à l'économie.
Les investisseurs s'attendent majoritairement à ce que la Réserve fédérale avance à petits pas, en commençant par baisser ses taux d'un quart de point de pourcentage (ils sont dans une fourchette entre 4,25% et 4,50%).
"La Fed ne s'engagera à rien mais c'est le début d'un cycle de détente", estime auprÚs de l'AFP Diane Swonk, économiste chez KPMG, qui pense que "les changements dans la gouvernance" vont concourir à rendre l'institution plus accommodante.
Mais ce sont au total douze personnes qui votent sur les taux d'intĂ©rĂȘt, dont les visions risquent d'entrer en collision.
Economiste chez EY, Gregory Daco se demande si Stephen Miran plaidera comme Donald Trump pour des baisses massives dÚs cette réunion, ce qui accentuerait "la perception d'une politisation de la Fed".
Ou il pourrait préférer une baisse d'un demi-point, "ce que le gouverneur Christopher Waller et la gouverneure Michelle Bowman pourraient aussi préconiser", pointe-t-il auprÚs de l'AFP.
Les analystes de la Deutsche Bank pensent également que ces trois gouverneurs pourraient voter contre la décision majoritaire, ce qui serait une premiÚre depuis 1988.
Ils n'excluent pas qu'un ou deux présidents de Fed régionales votent à l'inverse pour laisser les taux inchangés, de crainte d'alimenter l'inflation.
AFP




