Il assume

Attaqué de toutes parts sur l'Afghanistan, Biden ne regrette rien

  • PubliĂ© le 17 aoĂ»t 2021 Ă  01:31
  • ActualisĂ© le 17 aoĂ»t 2021 Ă  05:39
Le président américain Joe Biden livre un discours sur l'Afghanistan à la Maison Blanche, le 16 août 2021

Il ne "regrette pas": Joe Biden, qui traverse la premiÚre grave crise de sa présidence, a défendu lundi sans ciller sa décision de retirer les troupes américaines d'Afghanistan dans une courte allocution.

"Je suis le prĂ©sident des Etats-Unis et Ă  la fin c'est moi qui assume. Je suis profondĂ©ment attristĂ© par la situation, mais je ne regrette pas" la dĂ©cision de retirer d'ici le 31 aoĂ»t les forces amĂ©ricaines d'Afghanistan, oĂč elles combattent depuis vingt ans, a-t-il dit.

Une vingtaine de minutes, c'est le temps qu'a consacrĂ© le prĂ©sident amĂ©ricain Ă  un discours extrĂȘmement attendu, aprĂšs plusieurs journĂ©es de silence. Sans rĂ©pondre aux questions des journalistes rassemblĂ©s Ă  la Maison Blanche, il a repris ensuite le chemin de Camp David, lieu de villĂ©giature des prĂ©sidents amĂ©ricains, oĂč il Ă©tait en vacances depuis vendredi et d'oĂč il n'Ă©tait revenu que lundi Ă  la mi-journĂ©e.

Alors que la prise de pouvoir fulgurante des talibans et les scÚnes de chaos à l'aéroport de Kaboul ont sidéré le monde, le commandant en chef de l'armée américaine a tout juste concédé que "tout cela s'est déroulé plus rapidement que nous ne l'avions prévu."

Pour Joe Biden, les Etats-Unis ont donnĂ© Ă  l'armĂ©e afghane "toutes les options" possibles, en investissant lourdement dans son Ă©quipement et son entraĂźnement. "Les forces amĂ©ricaines ne peuvent pas, et ne devraient pas, mener une guerre et mourir d'une guerre que les forces afghanes n'ont pas la volontĂ© de combattre pour eux-mĂȘmes", a-t-il lancĂ©, assumant d'ĂȘtre "critiquĂ©".

Et critiqué, le démocrate de 78 ans l'est, comme jamais depuis son élection, par tous les médias américains, y compris ceux qui avaient accueilli avec soulagement son élection. "Que l'on trouve cela juste ou injuste, l'histoire retiendra que Joe Biden est celui qui a présidé à la conclusion humiliante de l'expérience américaine en Afghanistan", a asséné lundi le New York Times.

- Maison Blanche tétanisée -

Face à cette vague, la Maison Blanche de Joe Biden, cette machine bien huilée, a semblé tétanisée ces derniers jours. Il s'est écoulé presque une semaine entre la derniÚre prise de parole publique du président sur l'Afghanistan, mardi dernier, et son discours de lundi.

Entre les deux, le message de Joe Biden, qui pour l'occasion semble avoir remisĂ© l'empathie dont il fait volontiers sa marque de fabrique, n'a pas changĂ©: les Etats-Unis n'ont plus rien Ă  faire en Afghanistan, oĂč ils ont Ă©radiquĂ© la menace terroriste, un message au dĂ©part plutĂŽt positivement perçu par l'opinion publique. Mais c'Ă©tait avant que l'AmĂ©rique ne suive heure par heure la chute de Kaboul, une issue dont Joe Biden assurait, il y a quelques semaines Ă  peine, qu'elle n'Ă©tait pas "inĂ©vitable".

C'était avant également que les télévisions ne diffusent des images d'hélicoptÚres américains au-dessus de Kaboul, rappelant l'évacuation dans la panique de l'ambassade américaine aux derniÚres heures de la guerre du Vietnam - un scénario que Joe Biden, là aussi, avait rejeté sÚchement.

Jeudi et vendredi, dans un décalage toujours plus saisissant avec la progression fulgurante des talibans, la Maison Blanche s'attachait encore essentiellement à promouvoir de grands projets économiques et sociaux, et à diffuser des photographies d'un Joe Biden recevant des mises à jour sur l'Afghanistan pendant ses vacances.

L'opposition républicaine s'est engouffrée dans la brÚche, elle qui était bien embarrassée jusque là, puisque le retrait d'Afghanistan avait été décidé au départ par Donald Trump.

L'ancien prĂ©sident rĂ©publicain lui-mĂȘme ne s'y est pas trompĂ©, lui qui avait pourtant fixĂ© un calendrier encore plus serrĂ© que celui de Joe Biden, puisqu'il avait fixĂ© l'Ă©chĂ©ance au 1er mai 2021.

Donald Trump a publié lundi une série de communiqués lapidaires, et réagi ainsi à l'intervention de son successeur: "Le sujet, ce n'est pas que nous quittions l'Afghanistan, c'est que nous partions avec une incompétence crasse."

Reste à savoir sur qui les Américains vont rejeter la responsabilité de la débùcle, et si elle aura un impact politique durable. L'élu républicain Adam Kinzinger, militaire ayant servi en Afghanistan, a asséné lundi sur Twitter: "Je blùme Trump pour avoir fait arriver ce moment, et Biden pour cette issue bùclée. Je ne choisis pas de camp, parce que les deux camps ont échoué. Voilà la vérité."

AFP

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