Il avait attaqué une militaire à l'aéroport

Attaque d'Orly: les motivations floues de Ziyed Ben Belgacem

  • PubliĂ© le 20 mars 2017 Ă  21:44
Police et secours à l'aéroport d'Orly, le 18 mars 2017

Comment un dĂ©linquant multirĂ©cidiviste et toxicomane a-t-il pu passer Ă  l'acte au nom d'Allah? Deux jours aprĂšs l'attaque contre des militaires Ă  l'aĂ©roport parisien d'Orly, les enquĂȘteurs cherchaient lundi Ă  percer les motivations de Ziyed Ben Belgacem.

- Le contrÎle routier a-t-il été le détonateur? -

Lorsqu'il est contrĂŽlĂ© samedi Ă  06H55 Ă  Garges-lĂšs-Gonesse (Val-d'Oise) par la police, Ziyed Ben Belgacem roule Ă  vive allure et feux Ă©teints. Il est Ă©galement fortement alcoolisĂ©, sous l'emprise de stupĂ©fiants et en possession d'un revolver Ă  grenaille. Nul doute que le contrĂŽle va donner lieu Ă  une verbalisation, voire Ă  une rĂ©vocation de son contrĂŽle judiciaire prononcĂ© en novembre 2016 et donc son retour en dĂ©tention. Ziyed Ben Belgacem prĂ©sente ses papiers au policier puis tire avec son revolver au niveau de la tĂȘte du fonctionnaire. C'est le dĂ©but d'une "sorte de fuite en avant avec un processus de plus en plus destructeur", selon les mots du procureur de Paris François Molins, Ă  la tĂȘte du parquet antiterroriste.

- A-t-il eu peur de retourner en prison? -

C'est une des hypothĂšses Ă©tudiĂ©es par les enquĂȘteurs. A 39 ans, Ziyed Ben Belgacem a un casier judiciaire chargĂ© (neuf mentions notamment pour violences, outrage, recel). C'est un habituĂ© des tribunaux et des sĂ©jours en prison. Il est condamnĂ© en 2001 Ă  cinq ans pour vol Ă  main armĂ©e puis en 2009 successivement Ă  trois puis cinq ans pour trafic de stupĂ©fiants. PlacĂ© en dĂ©tention provisoire mi-mars 2016 lors d'une mise en examen pour vols avec effraction, il est finalement mis sous contrĂŽle judiciaire fin septembre. Son avocate Fatima Raji a expliquĂ© Ă  Europe 1 "avoir le sentiment qu'il souhaitait avancer, tourner la page sur son passĂ©, se rĂ©insĂ©rer, mener une vie tranquille". Peu aprĂšs le contrĂŽle routier, il a affirmĂ© Ă  ses proches "avoir fait une bĂȘtise".

- Comment a-t-il choisi sa cible? -

Selon les tĂ©moignages Ă  Orly, l'assaillant a dit: "Je suis lĂ  pour mourir par Allah, de toute façon, il va y avoir des morts." En s'attaquant Ă  des militaires de l'opĂ©ration Sentinelle en plein Ă©tat d'urgence, Zyied Ben Belgacem semble chercher la mort, sans se revendiquer d'aucune organisation jihadiste. Un Coran en poche, il est abattu aprĂšs avoir dĂ©robĂ© le fusil d'assaut d'une militaire. "On est plutĂŽt sur la dĂ©rive d'un dĂ©linquant de droit commun mais teintĂ© d'une coloration islamiste", analyse une source proche de l'enquĂȘte. Un temps dĂ©tectĂ© par les services de renseignement pour des signes de radicalisation en prison, il avait fait l'objet d'une perquisition administrative en 2015, qui n'avait rien donnĂ©. Il n'Ă©tait pas fichĂ© au Fichier des signalements pour la prĂ©vention et la radicalisation Ă  caractĂšre terroriste (FSPRT).

- A-t-il été influencé par la propagande jihadiste? -

Aucun Ă©lĂ©ment suspect n'a Ă©tĂ© retrouvĂ© lors des perquisitions Ă  son domicile, mais l'exploitation de son matĂ©riel informatique Ă©tait encore en cours lundi. Le choix de la cible et le mode opĂ©ratoire utilisĂ© sont rĂ©guliĂšrement exposĂ©s dans les revues de propagande jihadiste. Mais l'attaque n'avait toujours pas Ă©tĂ© revendiquĂ©e lundi, alors que la plupart des attentats similaires l'ont Ă©tĂ© dans les 24 heures par des groupes comme l'Etat islamique. A ce stade, l'enquĂȘte s'oriente sur un acte isolĂ©. Les gardes Ă  vue de ses proches qui s'Ă©taient prĂ©sentĂ©s d'eux-mĂȘmes Ă  la police ont Ă©tĂ© rapidement levĂ©es.

- L'assaillant était-il lucide? -

L'autopsie de l'assaillant a mis en Ă©vidence un taux d'alcoolĂ©mie de 0,93 gramme par litre de sang (quasiment le double du taux maximal autorisĂ© au volant) et la prĂ©sence de cannabis et de cocaĂŻne. Il semble y avoir "un mĂ©lange dĂ©tonnant d'alcool, de stupĂ©fiants, de religion et de dĂ©sespoir", estime une source proche de l'enquĂȘte. Pour le psychanalyste Fethi Benslama, trĂšs actif dans les travaux de prĂ©vention de la radicalitĂ© violente, "on est face Ă  des personnes d'une extrĂȘme fragilitĂ©, qui peuvent entrer dans un processus incontrĂŽlable, un phĂ©nomĂšne trĂšs difficile Ă  prĂ©voir et Ă  contrĂŽler".

AFP

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