La "cible mouvante" d'un accord Brexit les a laissés dans l'incertitude, et les rumeurs vaguement inquiets sur leur statut: des milliers de Britanniques expatriés découvrent que rester dans leur chÚre "Dordogne" s'avÚre au final, simple comme "hello".
Le Brexit aura fait beaucoup pour la rĂ©putation de l'administration française aux yeux des sujets de Sa MajestĂ©. Car Ă en croire les Anglais de Dordogne en quĂȘte, parfois fĂ©brile, d'un titre de sĂ©jour, il y aura un avant et un aprĂšs le "Brexit bureau". "Remarkably smooth" (remarquablement fluide), "Very straighforward, and so speedy" (trĂšs simple, et si rapide) "Very easy in the end, a super job" ("trĂšs facile au final, super boulot"). Au sortir de la prĂ©fecture de PĂ©rigueux, les Britanniques tout sourire n'ont pas de mots pour louer la diligence de la fonction publique locale.
Avec 7 à 8.000 résidents Britanniques -nombre sous-estimé selon les autorités- la Dordogne a créé une structure dédiée, pour le flux attendu de demandes de titres de séjour "non UE". Cinq contractuels recrutés, déjà 4.000 dossiers en stock, (2.200 en année normale) dans un "BB" ouvert en octobre et voué à tourner jusqu'en juin, explique le préfet Frédéric Périssat.
Trafic dense, mais fluide. Quelque 80 rendez-vous par jour, la plupart réglés en 10-15 minutes: vérification d'identité, remise de photo, signature, prise d'empreintes, juste le temps de quelques blagues sur leur comté d'origine, la vie en France, et... "Is that it ?" "C'est tout, merci !" "On a tellement entendu de cauchemars sur l'administration française, mais le processus est trÚs bien géré, efficace", s'émerveille Peter Gray, 57 ans, Issigeacois depuis deux ans. Son épouse avait apporté un plein cartable de documents. Ayant fait, comme la plupart, sa pré-demande en ligne, puis répondu au RV en préfecture, elle n'aura pas à en sortir un.
"Et je pensais devoir revenir, mais la carte de sĂ©jour va m'ĂȘtre postĂ©e. Impressionant !", sourit Gillian Strachan, 76 ans. Qui d'ici un mois recevra la petite carte rose et bleue "Carte de sĂ©jour permanent - Article 50" (de l'Accord de retrait), en lieu et place de la "Carte de sĂ©jour citoyen UE" (qui Ă©tait facultative). Plus de 200 ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©es. "Et dans la communautĂ©, ça se sait vite. Ca aussi, ça les rassure", signale M. PĂ©rissat.
- Suivez les flĂšches -
"Dans l'ensemble, ils arrivent quand mĂȘme stressĂ©s, car ils ne savent pas comment ça va se passer, ce qu'on va leur demander", raconte Emilie Rat, une prĂ©posĂ©e Ă leur accueil. "Certains ont sorti des espĂšces, demandant combien ils devaient..." (c'est gratuit, NDR). "C'est surtout l'attente de la dĂ©marche qui leur a pesĂ©. Car il se raconte un peu de tout sur les forums britanniques"
"Oui, ça a été un stress", appuie Roger Haig, président du Franco-British Network (FBN) de Périgueux. "Les gens s'informent sur des médias, des réseaux sociaux hors contrÎle, et toutes sortes d'informations circulaient sur l'expulsion de qui ne pourrait attester de ressources, sur la validité de la carte (5 ou 10 ans, renouvelable NDR), les deadlines (jusqu'à octobre 2021 pour avoir la carte), etc".
Association créée en 2013 pour faciliter la vie (impÎts, permis, etc) des Britanniques du "Dordogneshire", le FBN s'est retrouvé mandaté, budgété par le Foreign Office, pour accompagner le processus avec un accent sur les "vulnérables" isolés, mal connectés, sans savoir-faire numérique.
Avec cinq postes créés, une ligne rouge tĂ©lĂ©phonique, une sur internet, le FBN connait un succĂšs tel que 50% des appels viennent d'hors Dordogne. Du coup, Londres les a sollicitĂ©s pour faire le mĂȘme job en rĂ©gions Provence-CĂŽte d'Azur, Auvergne-RhĂŽne-Alpes.
Et Roger Haig, en France depuis 29 ans, n'en démord pas. La préfecture "fantastique" et le ministÚre de l'Intérieur ont "tout fait pour faciliter les choses pour les expatriés britanniques. Vraiment, c'est trÚs fluide, et si je puis dire, inhabituel pour la France".
Et puis des fois, ce sont les petits riens. Peut-ĂȘtre le sapin (artificiel) et les 4-5 guirlandes qui s'efforcent d'Ă©gayer le"Bureau". Ou peut-ĂȘtre les flĂšches rouges "Brexit" Ă l'extĂ©rieur, qui y guident le visiteur, comme une direction, enfin, dans le flou ambiant depuis 2016. "Rien que ça, c'est rĂ©confortant, on vous dit exactement oĂč aller", sourit Allison Gray.
AFP

