Les touristes cherchent de l'araignée fraßche

Au Cambodge, les tarentules, victimes de la déforestation et des gastronomes

  • PubliĂ© le 8 avril 2018 Ă  14:30
  • ActualisĂ© le 8 avril 2018 Ă  17:42
Un Cambodgien déguste une tarentule frite, le 14 mars 2018 sur le marché de Skun, dans la province de Kampong Cham

Les tarentules grillées font le bonheur des touristes au Cambodge, intrigués par cette curiosité culinaire locale. Mais elles sont de moins en moins nombreuses dans le pays, victimes de la déforestation et des chasseurs approvisionnant le marché en araignée fraßche.

"Les a-pings sont fameuses au Cambodge, mais se font maintenant de plus en plus rares", se lamente Chea Voeun, qui vend des tarentules fraßches ou déjà cuites depuis vingt ans sur le marché de Skun, une petite ville située à 75 kilomÚtres de la capitale Phnom Penh. Skun s'est spécialisée dans la tarentule zÚbre, dite "a-ping" en khmer, ce qui lui a valu le surnom de "ville des araignées". Certains touristes viennent spécialement de Phnom Penh pour visiter son marché, d'autres y font une halte gastronomique sur la route menant à Siem Reap et aux temples d'Angkor.

Une touriste australienne, Elisabeth Dark, décrit "le croustillant" de la chair de la tarentule, dont le nom scientifique est Cyriopagopus albostriatus. Ces araignées sont aussi présentes en Thaïlande et en Birmanie voisines. "Je n'ai mangé que les pattes de l'araignée, c'est la premiÚre fois que je goûtais ça, alors j'avais un peu peur", explique cette touriste, qui a poursuivi son expérience gastronomique avec des grenouilles et des criquets, vendus eux aussi sur le marché de Skun. "Ce n'est pas ce que je mangerais chez moi, mais je suis ici donc c'est l'occasion d'essayer", explique-t-elle.

La tarentule, souvent cuisinée trempée dans de l'ail et du sel puis grillée à l'huile, est désormais vendue prÚs d'un euro piÚce sur le marché de Skun. Soit dix fois plus cher qu'il y a encore quelques années. En cause, la raréfaction de l'animal, expliquent les vendeurs: les tarentules sont de plus en plus difficiles à dénicher dans les jungles avoisinantes des provinces de Kampong Thom et Preah Vihear.

La tarentule ne fait pas partie des espĂšces menacĂ©es au Cambodge, contrairement au lĂ©opard, au tigre ou Ă  l'Ă©lĂ©phant d'Asie. Mais comme l'ensemble de la faune de ce pays d'Asie du Sud-Est, elle subit de plein fouet les consĂ©quences d'une dĂ©forestation massive, qui dĂ©truit leur habitat naturel. "Le Cambodge est un des pays d'Asie du Sud-Est dotĂ© de la plus grande biodiversitĂ©", mais "la forĂȘt a reculĂ© de 20% depuis 1990", s'inquiĂšte l'ONG Fauna & Flora International (FFI): Ă  cause du dĂ©veloppement des plantations, notamment d'arbres Ă  caoutchouc, de la coupe illĂ©gale de bois prĂ©cieux, souvent exportĂ©s vers la Chine, mais aussi de la construction de routes et de l'absence de quotas de chasse.

- Chasse non régulée -

"En Asie du Sud-Est, c'est la chasse non rĂ©gulĂ©e dans les forĂȘts plutĂŽt que la destruction de l'habitat qui a le plus grave impact sur la biodiversitĂ©", souligne Tom Gray, un biologiste de l'ONG Wildlife Alliance interrogĂ© par l'AFP.

Mais pour l'heure, les vendeurs de Skun rĂ©ussissent toujours Ă  offrir chaque jour des centaines de tarentules fraĂźches, qui grouillent dans d'Ă©normes sacs de jute, Ă  ceux qui veulent les cuisiner eux-mĂȘmes ou en faire des potions de mĂ©decine traditionnelle.

Certains commerçants comme Chea Voeun proposent aux touristes d'apprendre Ă  les cuisiner et de s'initier Ă  la technique de capture des tarentules, dans les prĂ©s alentour. Il s'agit de creuser un puits Ă  la verticale de leur terrier souterrain, reconnaissable par la toile d'araignĂ©e obstruant l'entrĂ©e. "La tarentule est rĂ©putĂ©e dans le monde entier pour son goĂ»t dĂ©licieux et ses qualitĂ©s mĂ©dicinales", assure Chea Voeun. On peut acheter sur le marchĂ© des dĂ©coctions de tarentules, macĂ©rĂ©es dans de l'alcool de riz: les croyances populaires leur prĂȘtent les vertus de remĂšdes anti-toux et anti-mal de dos.

On trouve au Cambodge comme en ThaĂŻlande, des araignĂ©es grillĂ©es, des criquets et des scorpions, les insectes Ă©tant un aliment traditionnel dans le Sud-est asiatique. Et au Cambodge, les tarentules se sont rĂ©vĂ©lĂ©es ĂȘtre une source de protĂ©ine prisĂ©e pendant la pĂ©riode des Khmers rouges, qui a vu prĂšs de deux millions de Cambodgiens mourir, souvent de malnutrition dans des camps de travail.

AFP

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