Depuis octobre 2025, Mathieu Laï Hok Tim, un Réunionnais, père de deux enfants, est incarcéré dans une prison du Costa Rica en Amérique centrale. Il est accusé de violences conjugales après une plainte déposée par sa compagne. À La Réunion sa famille se dit "épuisée à force de frapper à des portes qui ne s'ouvrent pas", "de voir un homme innocent se consumer dans une prison étrangère, à des milliers de kilomètres de sa famille". Ses proches dénoncent également "l'abandon de la diplomatie" française. (Photo : DR)
Fin 2024, Mathieu Laï Hok Tim, sa compagne et leur petit garçon de 5 ans sont partis s'installer au Costa Rica pour "changer de vie", explique sa mère, Éliane, à Imaz Press.
À 44 ans, il avait comme projet d'acheter une propriété et d'y construire une table d'hôte.
Ils concrétisent leur projet. "Il achète la propriété où sera construite la table d'hôte et met tous les papiers au nom de sa femme avec qui il est marié depuis 2019" raconte Éliane.
Selon elle, c'est à partir de ce moment que la situation se dégrade. La jeune femme porte plainte pour violences conjugales, détaille la mère de Mathieu Laï Hok Tim.
Au Costa Rica le chef d'inculpation de violences conjugales constitue un crime grave, passible d'une lourde peine d'emprisonnement ferme.
Le Réunionnais est donc interpellé. Depuis il est emprisonné dans des conditions très difficiles. "Il est incarcéré avec 60 personnes dans une cellule conçue pour 40 personnes" note Éliane.
"Il a pour codétenus des narcotrafiquants, des criminels" dit encore la mère de Mathieu Laï Hok Tim. "Il est terrorisé en permanence, d'autant qu'il ne parle pas un mot d'Espagnol" ajoute-t-elle.
Lors de la dernière audience devant un tribunal, le 2 juin 2026, le Français originaire à La Réunion a écopé de quatre mois supplémentaires de détention au Costa Rica, "sans motivation détaillée ni visibilité sur la suite de la procédure", dénonce sa famille.
- Un Réunionnais accusé de violences conjugales au Costa Rica -
"Mon fils est en prison sur la base d'une fausse accusation de violences conjugales. Cinq avocats au Costa Rica et en France ont reconnu que le dossier est vide", expliquent ses proches.
La famille estime que "tout a été monté de toutes pièces pour obtenir de l'argent".
De plus, "à 15.000 kilomètres de son île et à des milliers de kilomètres de ses deux enfants, dès l'interpellation, les conditions légales élémentaires n'ont pas été respectées, ses droits ne lui ont pas été lus dans une langue qu'il comprend, et aucune explication claire des charges retenues contre lui ne lui a été fournie".
Pour lui venir en aide, "des sommes considérables ont été dépensées en honoraires d'avocats. À cela s'ajoutent des versements informels, indispensables selon les proches pour assurer sa sécurité physique à l'intérieur même de la prison, dans un environnement carcéral décrit comme violent et précaire", poursuivent ses proches.
- L'état de santé de l'homme incarcéré préoccupe sa famille -
Une inquiétude supplémentaire pour ses proches, "sa santé se dégrade. Il souffre de bronchite chronique et d'asthme, il a aussi une dégénérescence osseuse" énumère Eliane.
Des pathologies sérieuses, dont la prise en charge en milieu carcéral est insuffisante. "Il y a une négligence médicale grave et soulèvent la question de la responsabilité des autorités costariciennes dans la dégradation de son état de santé", peste sa famille.
Eliane a pu dialoguer avec son fils en appel vidéo en octobre 2025. "Lorsque je l'ai vu en visio, je ne l'ai pas reconnu. Il avait perdu 10 kilos. Il m'a dit maman "je ne mange pas à ma faim, on me vole ma nourriture", c'est visiblement la loi du plus fort" poursuit très émue la mère de famille.
"Lorsque je l'ai eu au téléphone ce dimanche 31 mai, Mathieu m'a dit : "mon co-détenu s'est pendu". Il m'a aussi dit "si je dois rester longtemps ici, je préfère mourir". Je suis très inquiète, je ne suis plus quoi faire, vous êtes mon dernier recours" souffle Eliane.
- La famille dénonce "l'abandon de l'État français" -
La mère de l'homme incarcéré explique : "j'ai dû alerter moi-même le consulat". "La présence du consul à la dernière audience - le 2 juin 2026 - n'a été obtenue qu'après des mois de démarches insistantes auprès du Quai d'Orsay, appuyées par son ex-femme. C'est n'est pas de la diplomatie, c'est de l'abandon", dit-elle.
Malgré les démarches répétées de la famille auprès des services consulaires et diplomatiques français, "aucune assistance concrète n'a été apportée. Aucune action officielle n'a été lancée pour garantir le respect de ses droits fondamentaux, pourtant protégés par les conventions internationales" dit encore la famille.
Selon les proches du Réunionnais, "les autorités costariciennes - police ou administration pénitentiaire - ont détruit les documents d'identité de Mathieu. Son passeport, sa carte d'identité et son permis de conduire ont été détruits durant sa détention". Cela "prive Mathieu de toute possibilité d'identification légale et complique considérablement toute démarche en vue de son retour en France".
Ce que souhaite la famille "que la vérité soit entendue". Elle demande que la lumière soit faite sur cette situation, et que l'État français exerce ses obligations envers ses ressortissants détenus à l'étranger afin que le Réunionnais puisse revenir en France, être soigné correctement et défendu dignement.
Contacté ce vendredi matin, le ministère des Affaires étrangères n'a pas donné suite à nos sollicitations à ce stade.
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