Lendemain qui déchante

Au FN, la ligne et parfois la candidate Le Pen remises en cause

  • PubliĂ© le 8 mai 2017 Ă  19:45
Marine Le Pen Ă  Paris, le 7 mai 2017

SonnĂ©s aprĂšs leur sĂ©vĂšre dĂ©faite, mĂȘme s'ils ont obtenu un nombre de voix record, les membres du Front national questionnaient lundi la ligne et la stratĂ©gie de la campagne, mais aussi les capacitĂ©s de leur candidate Marine Le Pen Ă  mener le combat.

Pour expliquer la défaite du "premier parti de France", dont la candidate a recueilli 33,9% des voix, les frontistes accusent depuis dimanche soir le "systÚme coalisé" contre les "patriotes". "En dynamique, on s'attendait à gagner dans la premiÚre semaine (de l'entre-deux-tours), ensuite on a acté que ce serait pas une victoire, mais on espérait un score meilleur", résume Jean Messiha, coordinateur du projet. En privé, les cadres interrogés par l'AFP parlent de "déception", voire de "gùchis".

La ligne "ni droite ni gauche" est en cause pour certains, alors que l'électorat de droite traditionnelle s'est majoritairement reporté sur Emmanuel Macron (à 61% selon l'Ifop). "Le cÎté trop clivant, lutte des classes, est stupide", juge un élu. La sortie de l'UE et de l'euro a été un "épouvantail pour un grand nombre d'électeurs", a relevé lundi Pascal Gannat, patron du FN en Pays-de-la-Loire. Il faut "un aggiornamento sur l'euro", a plaidé Robert Ménard, maire de Béziers allié du FN.

Au pilori également, selon un bon connaisseur du FN, "les zigzags" de Marine Le Pen pendant six mois de campagne "entre la ligne Philippot et une ligne plus droitiÚre, sans cohérence". "Marine Le Pen a un potentiel énorme, mais elle ne sait pas s'entourer", tranche aussi un conseiller régional. "Tous ne sont pas des professionnels", euphémise un eurodéputé. Visés notamment, Florian Philippot, vice-président du FN, et Philippe Olivier, beau-frÚre de Mme Le Pen.

- Au-delĂ  du ripolinage -

Pour un Ă©lu du Sud-Ouest, il faut carrĂ©ment "du balai!" dans l'organigramme, y compris parmi les proches trĂšs discrets que sont FrĂ©dĂ©ric Chatillon et Axel Loustau, en procĂšs pour le financement des campagnes 2012 et accusĂ©s de sympathies pro-nazies. Quelques partisans de la fille de Jean-Marie Le Pen vont au-delĂ , dans ce parti extrĂȘmement vertical : mettre en cause "Marine".

Il y a certes eu le "coup" de la visite aux Whirlpool d'Amiens, ainsi que l'accord avec Nicolas Dupont-Aignan, une "brÚche" réussie dans le front anti-FN. Mais la prestation de Marine Le Pen lors du débat télévisé du 3 mai, devant 16,5 millions de téléspectateurs, cristallise les critiques.

Elle "a dĂ©mobilisĂ©" jusqu'Ă  des "fidĂšles", assurent des responsables locaux. "Je ne l'aurais pas conduit comme ça", a froidement estimĂ© Bruno Gollnisch sur LCP. "Elle est grillĂ©e", lĂąche un Ă©lu. C'est une question "posĂ©e par des cadres, qu'on ne peut pas nier" confirme l'Ă©lu du Sud-Ouest. Mais les critiques en conviennent aussitĂŽt : "DerriĂšre, c'est le vide". Longtemps vue comme une alternative, Marion MarĂ©chal-Le Pen a certes demandĂ© dimanche soir une "rĂ©flexion" interne sur les raisons de l'Ă©chec, mais elle rĂ©flĂ©chit Ă  arrĂȘter la politique.

Pour lancer un nouveau cycle, Marine Le Pen a annoncĂ© une prochaine "transformation profonde" du FN, vieux de 45 ans. Florian Philippot ou David Rachline, son directeur de campagne, se sont dits favorables Ă  un changement de nom. "Si on ripoline la façade en gardant les mĂȘmes branquignols... Ça servira Ă  rien", s'agace dĂ©jĂ  un membre de la campagne. "Marine Le Pen prĂ©sidente du parti des fleurs, ce sera toujours Marine Le Pen et je serai toujours Marion MarĂ©chal-Le Pen", contestait cette derniĂšre en janvier.

D'aucuns attendent le CongrÚs, prévu à l'hiver, pour une grande explication. "Jusqu'aux législatives, on soutient. Mais des cadres veulent ruer dans les brancards au CongrÚs. Sinon, on restera une machine à gùcher des cadres compétents", prévient un élu régional.
Objectif ? Faire "enfin" coïncider la structure frontiste avec les résultats électoraux... ce qui était déjà l'objectif du précédent de novembre 2014 à Lyon.

Cela se fera sous la menace d'enquĂȘtes judiciaires concernant le patrimoine des Le Pen, les soupçons d'emplois fictifs d'assistants parlementaires europĂ©ens, et surtout d'un procĂšs annoncĂ© pour des soupçons d'escroquerie au dĂ©triment de l'État dans le financement des campagnes 2012.

AFP

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