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Au Grand-Bornand, la résignation des professionels face au "gachis" d'une saison blanche

  • PubliĂ© le 21 janvier 2021 Ă  23:04
  • ActualisĂ© le 22 janvier 2021 Ă  00:37
Des tĂ©lĂ©siĂšges Ă  l'arrĂȘt au Grand Bornand en Haute-Savoie, le 21 janvier 2021

Une poignée de lycéens, futurs pisteurs-secouristes, cassent la croûte au pied d'un télésiÚge dont ils sont les seuls à pouvoir profiter. En contrebas, la station du Grand-Bornand (Haute-Savoie) semble au ralenti, comme sonnée par l'annonce du gouvernement qui a quasiment sonné le glas de la saison mercredi soir.

Dans son grand manteau rouge, StĂ©phane Deloche dĂ©rape et s'arrĂȘte en bas de la piste. Le directeur de l'Ă©cole de ski locale, "s'y attendait": il ne pourra pas accueillir les clients en ski alpin dĂ©but fĂ©vrier, comme en a dĂ©cidĂ© mercredi le gouvernement. "Les moniteurs, on va leur trouver une activitĂ© qui sera peut-ĂȘtre un dixiĂšme de ce qu'ils avaient l'occasion de faire", lĂąche-t-il, ski en main, se disant "rĂ©signĂ©".

Son collÚgue Renaud Laubry est un peu abattu. Son métier, d'habitude, c'est de faire tourner cette grande "station-village" de 24 remontées mécaniques et 84 km de pistes avec environ 200 pisteurs, techniciens, guichetiers et autres salariés des remontées mécaniques.

Au pied des pistes et prÚs d'un parking presque vide, le directeur des remontées mécaniques fait part à l'AFP de sa "frustration" à ne pas pouvoir faire profiter les skieurs de ces "conditions parfaites": il y a plus d'un mÚtre de neige au bas du télésiÚge.

Avec environ 25.000 lits touristiques, la station du massif des Aravis réalise 60 % de ses nuitées pendant les mois d'hiver - et le mois de février est le véritable pivot de cette économie de la montagne.

A l'office du tourisme, face à l'église du village, les coups de fil s'enchaßnent. "Il y a ceux qui décident d'annuler leur séjour", reconnaßt sa directrice Isabelle Pochat-Cottilloux, mais il y a aussi ceux qui, souhaitant maintenir leur location, demandent "quelles sont les autres activités disponibles".

Pour l'instant, la station observe un taux d'occupation moyen de 50% pour les quatre semaines des vacances de février, et espÚre capitaliser sur un "panel trÚs large d'activités" pour limiter la casse de l'absence de ski alpin.

-"On s'y attendait"-

LĂ  oĂč dĂ©filent d'habitude des skieurs alpins claudiquant dans leur chaussures rigides, quelques vacanciers empruntent raquettes aux pieds les rues enneigĂ©es du village. Chez Patrice et StĂ©phanie Angelloz-Nicoud, les 20 paires de ski de randonnĂ©e sont rĂ©servĂ©es chaque week-end.

Au fond de leur magasin, en haut de la station, les skis alpins de location prennent la poussiĂšre. "Tout le monde s'y attendait", regrette Patrice, qui confie ressentir un "grand sentiment de tristesse et de gĂąchis" face Ă  la dĂ©cision du gouvernement. Et encore, "on ne sait pas de quoi va ĂȘtre fait fĂ©vrier, on ne peut pas se projeter". Pour l'instant, leur magasin tourne Ă  "5-10%" de l'activitĂ© habituelle, et pour l'heure ils sont seuls Ă  gĂ©rer un magasin qui emploie normalement une dizaine de personne au pic de la saison.

Le seul embauché est en activité partielle. Un autre saisonnier a, par exemple, préféré conserver son emploi en maçonnerie. La station, 2.200 habitants à l'année, propose en temps normal prÚs de 2.000 emplois saisonniers.

Mercredi soir, le gouvernement a jugĂ© "hautement improbable" une rĂ©ouverture mi ou fin fĂ©vrier. "Pour nous la saison (de ski alpin) va ĂȘtre blanche et on espĂšre quand-mĂȘme qu'on va pouvoir accueillir les gens pour faire de la raquette, de la randonnĂ©e et qu'ils viendront passer du bon temps en montagne", espĂšre Patrice.

Face à une casse sociale qui se profile, "il faut maintenant que l'Etat mesure toutes les conséquences (de sa décision) et prenne des engagements" pour soutenir "cet écosystÚme montagnard", prévient le maire André Perrillat-Amédé.

"Un euro dépensé dans le forfait des remontées mécaniques correspond à 6 euros dépensés au niveau d'une station", explique-t-il. "Nous avons d'ordinaire un chiffre d'affaire qui dépasse les 16 millions d'euros au Grand Bornand. Vous devinez un petit peu le manque à gagner qui existe actuellement" pour l'ensemble des acteurs économiques, peste-t-il.

"La station n'est pas morte, mais ça manque un peu de pep's", résume Denise Maniere, une retraité iséroise en vacances. "On se fait une raison", assure-t-elle, mais cette skieuse de fond regrette surtout une chose: avec le couvre-feu, son "vin chaud du soir" au café du coin n'existe plus.

AFP

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