Au Mexique, bain de soleil pour les défunts avant le Jour des morts

  • PubliĂ© le 1 novembre 2025 Ă  12:59
Les restes d'une personne dans un ossuaire avant un nettoyage pour les cĂ©lĂ©brations du Jour des Morts au cimetiĂšre de Pomuch, dans l'État de Campeche, au Mexique, le 18 octobre 2025

Sous un soleil ardent, Maria Couoh dĂ©poussiĂšre le crĂąne de son dĂ©funt oncle Tomas, perpĂ©tuant la tradition consistant Ă  nettoyer les os des ĂȘtres chers avant le Jour des morts, l'une des fĂȘtes les plus importantes du Mexique.

À la fin de sa vie, Tomas n'assistait plus aux cĂ©lĂ©brations familiales en raison de sa cĂ©citĂ©, se souvient dans un sourire cette femme au foyer de 62 ans.

"Tu ne peux pas aller Ă  la fĂȘte, oncle, mais je t'ai apportĂ© une biĂšre", lui disait souvent sa niĂšce.

Le rituel de nettoyage, qui mĂȘle des Ă©lĂ©ments venus des mayas et de la religion catholique, est caractĂ©ristique de Pomuch, village de seulement 9.600 habitants dans l'État de Campeche (sud-est), dont le cimetiĂšre attire dĂ©sormais aussi des touristes et des crĂ©ateurs de contenu Ă©quipĂ©s de drones, sĂ©duits par cette tradition.

"Tout comme on se lave", les restes des ĂȘtres aimĂ©s nĂ©cessitent un nettoyage avant la cĂ©lĂ©bration traditionnelle des 1er et 2 novembre, explique Mme Couoh. "Ce sont des souvenirs sacrĂ©s."

À ces dates, les Mexicains rendent visite Ă  leurs dĂ©funts au cimetiĂšre et dĂ©posent des offrandes chez eux, sur des autels colorĂ©s, avec les photographies de leurs proches disparus et les aliments qu'ils apprĂ©ciaient le plus de leur vivant.

AprÚs avoir nettoyé le crùne de Tomas, Maria le place avec les autres os sur un tissu blanc dans une boßte en bois. L'oncle n'avait pas d'enfants, c'est donc elle qui vient nettoyer ses restes pour qu'ils ne "restent pas trop sales", dit-elle en sanglotant.

La sexagénaire nettoie chaque année les restes d'une dizaine de membres de sa famille.

- Héritage ancestral -

Le rituel à Pomuch commence comme n'importe quel enterrement. Les familles placent les corps de leurs défunts dans un cercueil qu'elles introduisent ensuite dans un caveau.

Environ trois ans aprÚs le décÚs, lorsque la matiÚre organique s'est décomposée, elles brisent la dalle frontale, sortent le cercueil et nettoient les os pour les déposer dans une petite boßte en bois.

Les os sont recouverts d'un tissu blanc, symbolisant les vĂȘtements, qui est changĂ© chaque annĂ©e lors du nettoyage des restes. Ces boĂźtes sont ensuite Ă  nouveau rangĂ©es dans les caveaux.

Parler aux morts pendant le nettoyage est essentiel. Carmita Reyes, femme au foyer de 39 ans, s'excuse auprÚs de sa belle-mÚre de ne pas l'avoir nettoyée l'année précédente. "Vous ne souffrirez plus parce que les autres sont propres et vous non", dit-elle accroupie, tout en passant un pinceau sur l'os d'une jambe.

Carmita est accompagnée de six autres membres de sa famille, parmi lesquels sa fille de 8 ans et son beau-pÚre de 83 ans. Elle souhaite que sa fille apprenne ce rituel.

"Je ne veux pas ĂȘtre incinĂ©rĂ©e, je veux ĂȘtre enterrĂ©e ainsi et qu'on sorte mes os", dit-elle tandis que la fillette court entre les caveaux et que son beau-pĂšre boit de la biĂšre. "C'est une tradition que nos parents nous ont transmise", ajoute-t-elle.

Mais pour un enfant, il n'est pas toujours facile d'ĂȘtre au contact des restes de ses proches.

Lucia May, ùgée de quatre ans, hésite en regardant les crùnes qui dépassent des boßtes en bois, certains encore couverts de cheveux.

La fillette crie puis court effrayĂ©e jusqu'Ă  la rue principale du village, appelĂ©e ChaussĂ©e des Morts, oĂč son pĂšre David la prend dans ses bras.

"C'est la premiÚre fois qu'elle vient, elle a été un peu impressionnée, mais nous essayons de la familiariser avec nos coutumes", explique ce professeur de 40 ans originaire de Pomuch.

AprÚs avoir déposé une offrande florale à son arriÚre-grand-pÚre, dont les restes n'ont pas encore été exhumés, Lucia se repose dans les bras de son pÚre. La fillette dit que les morts "peuvent revenir à la vie la nuit", mais pousse un soupir de soulagement en apprenant qu'il est encore midi.

AFP

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