Que faisait Penelope Fillon ? Pourquoi ces salaires ? OĂč sont les preuves ? JugĂ©e Ă Paris pour des soupçons d'emplois fictifs, la discrĂšte Ă©pouse de l'ancien Premier ministre a essuyĂ© jeudi un feu roulant de questions au cours d'une audience sous tension.
Les thÚmes des rapports pour lesquels elle était rémunérée dans les années 1980 ? "C'est mon mari" qui en décidait, dit-elle, droite à la barre du tribunal correctionnel. L'argent ? "Mon mari". Un passage temporaire à mi-temps ? "Mon mari" aussi.
Sous le regard de François Fillon, Penelope Fillon encaisse la salve de questions du tribunal et du parquet national financier (PNF), qui cherchent à savoir si elle a réellement exercé auprÚs de lui le travail d'assistante parlementaire ou si les Fillon ont détourné plus de 400.000 euros d'argent public entre 1998 et 2002 puis 2012 et 2013.
Le tribunal remonte aux dĂ©buts de la carriĂšre politique de François Fillon, propulsĂ© dĂ©putĂ© dans la Sarthe en 1981 Ă 27 ans. Penelope Fillon, 64 ans, serre-tĂȘte noir dans ses cheveux argent, raconte avoir jouĂ© "dĂšs le dĂ©but" le rĂŽle de "relais" entre son Ă©poux et "les habitants". Pour ses premiers pas dans la Sarthe, cette Galloise diplĂŽmĂ©e de lettres est rĂ©munĂ©rĂ©e par son mari pour des Ă©tudes ponctuelles aux intitulĂ©s parfois nĂ©buleux: "L'amĂ©nagement du bocage sabolien", "Etudes gĂ©nĂ©rales", "Organisation de secrĂ©tariat"...
Ces rapports n'ont pas Ă©tĂ© retrouvĂ©s. Les contrats de travail correspondants, si. "Pourquoi ?", demande la prĂ©sidente, Nathalie Gavarino. "Les rapports, je les ai donnĂ©s Ă mon mari", assure Mme Fillon, voix posĂ©e, lĂ©ger accent britannique. Pourquoi ces fluctuations dans les rĂ©munĂ©rations pour ces travaux, entre 4.700 et 30.000 francs ? "Mon mari a dĂ©cidĂ© du montant, en fonction du crĂ©dit collaborateur" restant dans l'enveloppe, dit-elle, ce que l'enquĂȘte avait Ă©tabli.
- "Ăa marque !" -
Le rapport sur le secrétariat lui avait rapporté 30.000 francs. "Pour organiser le secrétariat de votre mari, vous allez toucher neuf fois le Smic !", insiste Bruno Nataf, l'un des procureurs du PNF. Penelope Fillon n'a rien à répondre, ne s'étant "pas occupée" du montant. En 1986, Mme Fillon signe son premier CDI de collaboratrice parlementaire. Il s'agit alors, assure-t-elle, de gérer "le courrier" arrivé au manoir de Beaucé, d'y recevoir des habitants, de lui fournir "de petites revues de presse"...
Tout cela est prescrit. Mais le tribunal s'interroge: pourquoi Mme Fillon a-t-elle omis d'évoquer ces contrats lors de son premier interrogatoire devant la police ?
"J'Ă©tais vraiment sous le choc, ça m'Ă©tait sorti de la tĂȘte. "Mais Madame, rebondit la prĂ©sidente, une premiĂšre expĂ©rience professionnelle, de premiers salaires, ça marque quand mĂȘme !" Une "amnĂ©sie partagĂ©e" par François Fillon, notent les procureurs. Ce dernier avait lui aussi affirmĂ© que son Ă©pouse travaillait gratuitement avant 1998.
- "Mal pour vous" -
En vertu de quoi a-t-elle touché des "primes exceptionnelles" en 2001 et 2002 ? Penelope Fillon l'ignore. Quid de cet emploi de "conseiller littéraire" à la Revue des deux mondes, concomitant avec son dernier contrat d'assistante parlementaire, entre 2012 et 2013? "Je me suis dit que je pourrais cumuler".
La présidente relÚve que Mme Fillon était par ailleurs, pendant tout ce temps, "trÚs impliquée dans la gestion familiale". Les deux procureurs font le parallÚle entre les naissances des enfants Fillon et les premiers contrats de leur mÚre, qui n'a jamais posé de congé maternité. "On a l'impression qu'à mesure que les besoins financiers de votre famille augmentent, on trouve de nouvelles ressources par l'intermédiaire de ces contrats", ironise Aurélien Létocart.
Le reprĂ©sentant de l'accusation pointe "une coĂŻncidence", la fin des emplois de Mme Fillon en 2013 au moment oĂč voyait le jour la Haute autoritĂ© pour la transparence de la vie publique (HATVP). François Fillon, dĂ©putĂ© de Paris, avait dĂ©cidĂ© "de se prĂ©senter Ă la prĂ©sidentielle", et une assistante maintenant le lien avec la Sarthe n'avait plus lieu d'ĂȘtre, affirme Mme Fillon.
Devant la prĂ©sence Ă la barre de celle qui a toujours fui les projecteurs, "nous compatissons", "nous avons mal pour vous", lui ont assurĂ© les procureurs. "Je suis en empathie totale avec votre cliente, maĂźtre", a lancĂ© Bruno Nataf Ă son avocat, "peut-ĂȘtre plus que vous". TollĂ© sur les bancs de la dĂ©fense, grondement de François Fillon.
Le procÚs est prévu jusqu'au 11 mars.
AFP

