Notre-Dame-des-Landes

Aux "100 noms", l'évacuation des zadistes du toit d'un hangar

  • PubliĂ© le 9 avril 2018 Ă  19:27
  • ActualisĂ© le 9 avril 2018 Ă  21:55
Des manifestants ont déployé une banderole avant leur explusion de la ZAD de Notre dame des Landes le 9 avril 2018.

Les gendarmes font descendre des zadistes un à un du toit d'un hangar, au lieu-dit les "100 noms" sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes: ils étaient venus protester contre l'expulsion d'un lieu de vie ou étaient menés des projets agricoles non déclarés, a constaté l'AFP.


"Attention, moutons méchants", pouvait-on lire sur une large banderole installée sur un chalet de bois et de paille de ce lieu-dit, en bordure sud-est de la ZAD, à proximité de l'ex-route dite "des chicanes". Dans le hangar à proximité qui servait d'abri aux moutons, plusieurs dizaines de zadistes se sont opposés aux forces de l'ordre, dont une dizaine étaient grimpés sur le toit. Certains ont jeté de la boue sur les gendarmes.

Des militants ont formĂ© une chaĂźne humaine autour du bĂątiment avant d'ĂȘtre repoussĂ©s dans un champ par les gendarmes, qui ont tirĂ© des grenades lacrymogĂšnes. "Les +100 noms+ resteront", ont criĂ© les zadistes. Au total, huit personnes, cinq hommes et trois femmes, qui vivaient sur place depuis 2013 et menaient des projets qu'ils n'avaient pas dĂ©clarĂ© Ă  la MutualitĂ© sociale agricole (MSA), ont Ă©tĂ© expulsĂ©s. "On leur a donnĂ© 10 minutes pour partir", a indiquĂ© une zadiste Ă  l'AFP.

Lors d'une conférence de presse lundi matin, la préfÚte de la région Pays de la Loire Nicole Klein avait assuré que les personnes qui avaient déposé des projets agricoles ou qui comptaient le faire ne seraient pas visées par les expulsions. "Le projet agricole (des 100-noms") n'est pas complÚtement évident. Mais c'est surtout la proximité de la route (D281, NDLR)" qui justifie ce démantÚlement", a expliqué Mme Klein par téléphone à l'AFP.

Un jardin vivrier et une bergerie ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©s sur ce site avec Ăąnes et moutons. Un paysan crĂȘpier, qui mĂšne son activitĂ© dans un autre hameau du bocage, vivait sur place en s'occupant de la bergerie. Parmi les personnes venues soutenir les occupants, des retraitĂ©s arboraient des panonceaux "Stop violence", "Patience et raison" ou encore "Place au dialogue".

Françoise, venue de Saint-Nazaire, est restĂ©e jusqu'au dernier moment sur le balcon du chalet. "Je tenais Ă  dĂ©fendre la maison et ses projets de vie, c'est une alternative Ă  une vie conforme et stĂ©rile. Ce sont des projets  enrichissants et attractifs", souligne-t-elle.La sexagĂ©naire, cheveux gris courts, qui a "de l'Ă©nergie Ă  revendre et des causes Ă  dĂ©fendre", se dirige vers les autres maisons menacĂ©es d'expulsion. "Il faut Ă©viter le massacre. Tout va ĂȘtre rasĂ© sinon", interroge-t-elle.

- "Créativité"-

Un occupant qui se fait appeler "Camille", 34 ans, cheveux courts et fine barbe, vit aux "100 noms" depuis 2013. Ancien enseignant en BTS, il a participé à la construction du chalet, détruit par un incendie puis reconstruit en 2014. "Une des choses qui m'a amenée à venir ici, c'est une inquiétude grave et profonde pour l'avenir, pour la situation de nos enfants, à cause du changement climatique", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Camille" ne s'est pas inscrit à la sécurité sociale agricole. "Je cultive des poireaux que je ne vends pas. Je ne tire pas de revenus de mon activité agricole, ce n'est pas le but", a-t-il expliqué. "Ici, on a un projet de territoire innovant. Il y a de la créativité, de nouvelles façons de s'organiser, une économie pas basée sur le systÚme marchand mais sur l'échange et le partage", ajoute-t-il.

Guillaume, qui vit aussi sur place, oscille entre Ă©motion et colĂšre: "Ils disent dĂ©fendre l'Ă©tat de droit mais on n'a mĂȘme pas vu l'ordonnance d'expulsion de l'huissier". "On s'est dĂ©clarĂ©s il y a cinq ans, on est identifiĂ©s, on a une boĂźte aux lettres, le facteur passe, on avait un troupeau qui grossissait, on avait juste besoin de temps pour dĂ©velopper l'infrastructure", dĂ©plore le jeune homme, qui compte "venir pour reconstruire".
AFP

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